Liberté, j'écris ton nom



 Le public de Bollaert s'apprête à retrouver la ligue 1 grâce à une mesure liberticide ?

Disponible en format papier et numérique, le pass sanitaire est utilisé depuis le 9 juin 2021 pour accéder à des rassemblements ou des événements, dont les matchs de football professionnel.

Son application a ainsi permis le retour du public dans les stades lors de la 1ère journée de championnat. On a ainsi vu plus de 20 000 personnes à La Meinau de Strasbourg, toutes ayant présentées leur précieux sésame avant de rejoindre les tribunes.

Le stade Bollaert-Delelis s'apprête quand à lui à recevoir l'afflux d'environ 38 000 spectateurs dimanche pour assister à la rencontre Lens - Saint-Etienne comptant pour la 2e journée de championnat. Une affluence massive puisque parmi les différentes associations de supporters Sang et Or, aucune ne s'est positionnée contre l'application de ce pass sanitaire et n'a proposé de boycotte de la rencontre.

Les fidèles supporters artésiens n'ont donc pas suivi le mouvement de certains groupes ultras, notamment ceux de Saint-Etienne ou  Montpellier qui ont récemment communiqué leur position. "Nous avons la conviction qu’accepter aujourd’hui le Pass Sanitaire au stade, c’est peut-être accepter la généralisation des billetteries nominatives demain. La conviction que prendre le risque d’accepter que les préfectures puissent décider de nouvelles mesures répressives sans aucun garde-fou, c’est prendre le risque de voir nos tribunes populaires disparaître demain."

Car il est vrai qu'en plus du pass sanitaire obligatoire, le pouvoir décisionnel est laissé aux différentes Préfectures concernant notamment l'application de jauges en fonction de l'évolution de l'épidémie. Le préfet du Pas-de-Calais Louis Le Franc a d'ailleurs annoncé récemment de l’obligation du port du masque dans l’enceinte du stade Bollart-Delelis pour l’ensemble des rencontres de football de la saison 2021-2022.


L'intérêt collectif avant les intérêts particuliers

Alors, le pass sanitaire est-il réellement liberticide ? "Il restreint sans aucun doute une partie de nos libertés, tout comme tant d’autres lois, à l’image de celle qui nous interdit de prendre le volant après avoir consommé de l’alcool, de rouler à la vitesse qu’il nous plaît ou de se servir dans les magasins, note Isabelle Bollène dans le quotidien L'alsace. Le rôle de la loi est de faire passer l’intérêt collectif devant les intérêts particuliers. Certes, le pass sanitaire est un message clair du gouvernement pour inciter les Français à se faire vacciner, mais l’idée est aussi que si on ne veut pas se protéger soi-même en utilisant le vaccin, alors il faut au moins protéger les autres en acceptant de montrer patte blanche via un test PCR négatif ou en s’abstenant de fréquenter des lieux trop publics. C’est un choix qui est laissé à chacun. Il heurte peut-être l’individualisme toujours croissant dans notre société, mais elle ne fait pas pour autant de la France une dictature sanitaire."

On peut définir la liberté comme la possibilité d'exister sans subir de contraintes illégitimes. Selon Spinoza, célèbre penseur néerlandais appartenant au courant du rationalisme, il existe un pacte fondamental dans nos vies en société. "Le pacte par lequel l'individu renonce à son droit d'agir selon son propre jugement".

C'est-à-dire qu'une liberté ne s'exprime que dans un cadre donné. Dans ce cadre est ainsi garanti la coexistence des libertés de chacun. Mais pour que ce cadre subsiste, il est nécessaire d'y appliquer une régulation, qui prend notamment la forme de lois dans notre État. "La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres." dit d'ailleurs cette vieille expression. Cela sous-entend qu'il est nécessaire d'apprendre à restreindre ses libertés en communauté tout restant vigilant contre tout risque d'abus de pouvoir et donc d'entrave à notre propre liberté. "La liberté où je ne dois rien à personne n’existe pas" prévient par ailleurs le Président de la République, Emmanuel Macron.

"Sur la mousse des nuages, sur les sueurs de l’orage, sur la pluie épaisse et fade, j’écris ton nom" écrivait Paul Éluard en messager de la lutte et de l'espoir dans une France occupée. Aujourd'hui, cette liberté s'illustre certes au travers d'un QR code mais elle n'est pas moins savoureuse.

Chacun s'en rendra probablement compte dimanche lorsque tout le stade Bollaert chantera pour Lens. Tout prendra corps alors dans les frissons ressentis, ceux qui ont dans nos cœurs ce goût particulier d'éternité.