Lens vers un nouveau chapitre


 La saison qui arrive marque une nouvelle étape dans l'histoire récente du club.

Après une première saison surprise au regard des résultats obtenus, le RCL souhaite consolider sa position dans l'élite du football français. Le sommet d'un projet lancé il y a déjà plusieurs années.

"J’ai décidé de reprendre la présidence du club puisque Gervais Martel m’a fait part de sa volonté de sortir du conseil d’administration. J’en ai pris acte." déclarait en juin 2018 Joseph Oughourlian, l'actionnaire ultra majoritaire de l'entité Sang et Or.

Nous revoilà au point de départ de l'histoire qui s'écrit encore devant nous aujourd'hui. Car avant d'aller défier Rennes dimanche, les lensois ont bâti tout ce qu'il s'est produit et ne doivent rien au hasard. Dès sa prise de fonction, le fondateur du fonds d'investissement activiste Amber Capital, a imposé sa pâte. Il a réduit le Conseil d'Administration à 5 membres afin de prendre des décisions plus rapides et plus efficaces.

Un an auparavant, déjà au pouvoir, il avait débarqué l'équipe dirigeante en place pour les remplacer par Arnaud Pouille à la Direction Générale et Eric Roy en tant que manager sportif. L'idée était de restructurer le club. "Il y a eu beaucoup de changements, confirmait JO à l'époque. On a changé le directeur sportif, le directeur général, pas mal de gens dans le domaine administratif et à partir de là, on espère pouvoir dérouler ce projet dont l’ambition première reste de retourner en Ligue 1."

Résorber la cassure

Selon le vice-président du groupe de presse espagnol Prisa, le mal était profond. "La cassure vient de loin, des dernières années, des déceptions sportives mais aussi du fait qu’on a un peu perdu, dans le brouhaha médiatique, dans les difficultés financières et les déceptions sportives, notre culture, nos valeurs. Il y a eu une cassure à un moment donné entre nos supporters, l’équipe, le club et ça c’est inacceptable. C’est forts de ce constat que l’on s’est dit qu’il fallait repenser le projet du RC Lens."

L'un des leviers a été l'objectivation des prises de décisions selon des indicateurs de performances mais aussi et surtout un référentiel de valeurs, d'objectifs et d'une culture club qu'il a fallu repenser. "J’ai adapté au club le process que j’ai pour mes entreprises. La partie sportive, c’est le plus gros budget d’un club. J’investis et bâtis dans mon activité professionnelle chaque jour. Quand je prends des analystes ou des gérants de portefeuilles, je suis très attentif, c’est ce qui nous guide également à Lens. Je veux des rapports, réduire les incertitudes, je veux qu’on m’explique, je veux des arguments. Quand vous investissez plusieurs millions d’euros dans une équipe, vous êtes en droit de valider et de demander la raison des choix. Et comme par hasard, depuis, on a quelque chose de cohérent."

Oughourlian n'a certes pas hésité à mettre la main à la poche afin d'investir dans le recrutement mais il a surtout amené le club vers une logique d'autofinancement chère à ses yeux. "On a augmenté la masse salariale de manière substantielle. C’était une promesse suite au plan de transformation. L’argent économisé côté administratif, il est dépensé, en grande partie, côté sportif."

Réduire les déficits tout en garantissant une ambition sportive, voilà bien le secret de la recette du board. Comment on y parvient ? En faisant toujours mieux et pas toujours plus.

Illustration quelques jours après le barrage perdu face à Dijon, en 2019. "Dans ce moment, je suis allé voir chaque joueur pour leur dire que j’étais fier de leur parcours et de leur saison. Et on est sorti renforcé de cette épreuve. On a tiré les leçons. On a été très agressif en début de mercato, c’était un choix tactique."

La saison suivant sera plus aboutie puisqu'elle verra l'équipe menée par Philippe Montanier puis Franck Haise se positionner dans les deux premières places du classement 18 fois sur 28 journées jouées. Des résultats positifs issus d'une bonne gestion du groupe alors même que ce dernier avait été largement renouvelé lors du mercato.

Toujours mieux pas toujours plus

Joseph Oughourlian avait même osé un changement de management en affirmant haut et fort à l'orée du championnat que son club devait monter cette année. En clarifiant ses attentes, il a orienté la culture club vers les résultats et ainsi impliqué et responsabilisé tous les acteurs du club en vue d'obtenir l'accession en L1.

Une fois cette dernière acquise à la faveur du Covid, le dirigeant ne s'est pas arrêté là en investissant à nouveau afin de permettre à son équipe de bien figurer alors qu'elle retrouve l'élite après plusieurs années de purgatoire.




Pas de révolution, l'équipe restant composée dans sa grande majorité des joueurs évoluant avec elle en 2e division. Mais un apport qualitatif à certains postes clés, comme celui de milieu de terrain ou encore de défenseur.

Le recrutement, une fois encore ciblé et inscrit dans un projet économico-sportif clair et cohérent s'est avéré être une des grandes réussites du club artésien. Associé à un management clair mené par Haise, associant humilité et ambition, finalité et contenu, destination et voyage, le RCL a survolé les attentes et fait rêver tous ses supporters.

En ayant ainsi mis fin à l'instabilité structurelle du club, en ayant investi financièrement afin de rebâtir l'effectif et le valoriser et étant parvenu à le maintenir dans l'élite, Joseph Oughourlian et sa bande se voient devant un nouveau chapitre à écrire, celui de la consistance.

La saison de la consistance

Consistant en termes d'organisation interne, de modèle économique mais aussi de développement sportif. C'est notamment pour cette raison que l'effectif en place a été conforté et maintenu, le RCL ne constatant pour l'instant qu'un seul départ important, celui de Loïc Badé. Le recrutement s'est fait en interne, pour ainsi dire.

"Quand vous prenez l'effectif d'aujourd'hui et que vous le comparez à ce qu'il était il y a un an, il faut ajouter toute l'expérience accumulée par nos jeunes joueurs et la progression de tout le monde, souligne Paul Mitchell à propos de l'AS Monaco. Un discours qui s'applique totalement à l'effectif du Racing.

"Une des choses dont je suis le plus fier, c’est l’identité de jeu que l’on a réussi à créer, admet Franck Haise. On voit bien que ça n’arrive pas si souvent que ça dans un club. Elle est aussi en accord avec l’identité de l’équipe sur le plan de l’état d’esprit. Je pense que les deux sont intimement liées. En tant que coach principal, ma grande fierté est que, tous ensemble, on est parvenu à créer cela."

L'un des défi sera donc de renouveler les méthodes de management et de gestion sans pour autant les dénaturer et rompre avec ce qui a fonctionné jusqu'à présent. L'autre enjeu sera financier, bien sûr. D'autant plus avec la crise que les clubs viennent de traverser.

"Je veux qu’on soit autonome financièrement, rappellait le Président Oughourlian avant la crise. Mais ce n’est pas un besoin, c’est quelque chose qui pourra nous permettre d’être plus ambitieux. Je ne clame pas cette ambition mais je ne suis pas venu ici pour jouer le maintien perpétuel en Ligue 1. Mon rêve secret c’est de ramener l’Europe à Bollaert, mais chaque chose en son temps.

Pas sûr que son rêve secret soit si différent aujourd'hui.