Dans la continuité


 Le premier match de la saison a déjà montré un aperçu du fond de jeu lensois.

Revenus de Bretagne avec le point du résultat nul (1-1), les artésiens ont su répondre présents face à l'une des équipes ambitieuses du championnat. Que ce soit au niveau de l'engagement, des intentions ou des principes de jeu, les hommes de Franck Haise ont plutôt réussi leurs débuts, même si tout n'a pas été parfait. 

"On peut être satisfait du match, commentait le coach lensois. Pour un premier match, on a vu de l'intensité. On a réussi à régler des problèmes que Rennes nous a posés, c'est bien. C'est vrai, il y avait de sérieux clients en face. Je n'avais pas d'inquiétude pour l'axe à trois, même avec des nouveaux. Ils ont, comme le reste de l'équipe, bien travaillé. On a eu un début de match difficile, très clairement. L'égalisation nous fait beaucoup de bien. On sent qu'on a pris, au fur et à mesure du match, de la consistance."

Un match qui aura vu les nordistes affirmer déjà leur identité de jeu que ce soit en possession du ballon qu'à la perte de ce dernier. 

De bon augure pour la suite même si Franck Haise et son staff ont encore quelques points à régler. 


Le repli à travailler

L'une des clés de voûte de la philosophie insufflée par Haise est cet équilibre permanent qui subsiste entre le pressing et le repli défensif. Aussi, dès que l'équipe n'est plus en possession du ballon, Lens réalise lorsque les conditions le permettent, sur un, plusieurs ou la totalité des joueurs adverses une action pour ne leur laisser aucune liberté d'action et, ainsi, casser le jeu dès son origine.

Les joueurs doivent demeurer dans leur ligne à une distance suffisamment courte pour pouvoir réaliser une couverture au partenaire et couvrir l'espace maximum possible, en prenant comme référence le basculement de position du ballon.

Si cette phase de harcèlement n'est pas possible, le RCL entreprend sa transition et se dispose en 5-2-3 où chaque joueur défend sa zone et s'inscrit dans un équilibre collectif que ce soit au niveau de sa position que de ses actions. La finalité est alors d'avoir une occupation rationnelle des espaces en limitant les distances entre les joueurs et les lignes afin d'assurer les couvertures potentielles et les dédoublements défensifs.

L'équilibre entre ces deux actions aux caractéristiques différentes a été l'un des points faibles du Racing version 2020-2021. Une faille que l'on a retrouvée au Rhoazon Park dimanche dernier. "Pour que l'équipe puisse réaliser un repli le plus correct possible, elle doit prévoir le contre adverse dans son placement ou bien obliger l'équipe adverse à initier son jeu depuis une attaque statique ou la rendre sans possibilité de contre attaque. Or le but rennais intervient sur une contre attaque rapide." note pour nous ce fin observateur du jeu.

Car à la perte de balle de Ganago le harcèlement sur le porteur de balle adverse n'a pas été assez tranchant pour interdire la première passe vers l'avant, tout comme le repli du piston droit lensois Clauss n'a pas suffit à fermer l'intervalle. Ce léger manque de réactivité a permis au joueur rennais de trouver la profondeur vers l'ailier gauche Sulemana, qui se retrouvait alors en 1 contre 1 devant Fortes. On connaît la suite. "On est vulnérable à la perte de balle, reconnaissait Franck Haise en janvier dernier. C'est un de nos problèmes le plus important depuis quelque temps. On n'est plus aussi compact, on n'accompagne pas le porteur ou on n'a pas mis de sécurité sur le marquage offensif. L'adversaire est souvent de qualité et sait bien l'utiliser."

Quelques minutes après cette ouverture du score, les hommes de Haise ont su se remobiliser pour appliquer un pressing collectif irréprochable poussant le défenseur adverse à la faute. "Banza ne s'est pas laissé déborder, et les espaces derrière lui étaient couverts par ses coéquipiers. Le porteur de balle s'est alors retrouvé en grande difficulté !"




Se sentant littéralement asphyxié car sans solution de passe, il a perdu le ballon au profit de l'attaquant du RCL qui a su réaliser le bon geste pour offrir le but à son coéquipier et capitaine Fofana. "Le défenseur rennais était positionné plutôt sur le côté, la position idéale pour presser. Les lensois ont su parfaitement l'isoler du reste de ses coéquipiers."


La construction à tout prix

L'autre fondement du jeu imaginé par Haise et son staff s'appuie sur la possession du ballon et sur la recherche permanente de construction. Le principal objectif étant d'avoir le contrôle du jeu au travers le tempo du match.

En phase de relance, les pistons utilisent les parties extérieures du terrain pour favoriser les espaces à l'intérieur du jeu et permettre aussi une passe en profondeur générant un déséquilibre dans l'équipe adverse.

Par ailleurs, les défenseurs lensois ont bien souvent pu compter sur la présence d'un pivot afin de se sortir d'un pressing oppressant. Ce rôle fut tenu par Doucouré qui n'a pas hésité à déformer le triangle qu'il forme au milieu avec Fofana et Kakuta. "Déformer le triangle est une chose qui permet de créer du mouvement, sur le jeu de position on peut avoir une pointe basse ou un double pivot, ce sont des options en fonction aussi de ce que peut proposer l’adversaire. Il y a d’autres choses qu’on peut faire avec les pistons, comme des choses plus asymétriques par exemple. Des fois, on fait tout ça sur des temps courts. Chaque entraîneur travaille avec son staff pour qu’il y ait toujours des petites adaptations en fonction des soucis que peuvent poser les adversaires mais aussi des adaptations pour leur en poser." confirme le coach.

On a par ailleurs retrouvé les forces aperçues durant toute la saison dernière. Les milieux appuient fréquemment le jeu d'attaque en cherchant la passe dans le dos des défenseurs adverses et en combinant avec les pistons.


Une maîtrise de l'intensité

Kakuta a joué le même rôle de liaison avec les attaquants et s'est souvent intégré à cette ligne d'attaque pour créer le surnombre. Les combinaisons de passes intérieures sont bien souvent répétées, les attaquants jouant le rôle d'appui dans l'attente d'un dédoublement des latéraux ou d'un démarquage au centre du terrain.

Enfin, notamment en seconde mi-temps, l'équipe de Haise a laissé cette impression de maîtrise de l'intensité du jeu et du déploiement de ses efforts tout au long de la partie. Un ressenti traduit par les chiffres puisque le RCL a davantage tiré que son adversaire et a aussi eu l'occasion de prendre l'avantage.

"En 2e mi-temps, Lens a mieux pressé, était mieux en place pour contrecarrer nos ressorties et on aurait dû parfois trouver plus vite nos attaquants." confirmait Genesio, le coach rennais. "On sent qu'on a pris, au fur et à mesure du match, de la consistance. On a un bon socle." jugeait pour sa part Haise.

"Les grandes équipes bâtissent essentiellement leurs victoires au cours des quelques secondes qui surgissent à la perte du ballon ou à la récupération." aime à dire Guus Hiddink. Une idée qui n'a pas échappée au coach lensois dans son plan de développement du jeu de son équipe cette saison.