Comme avant


De l'ambiance au résultat, tout rappelait le monde d'avant à Bollaert.

Certes l'histoire ne fait que commencer, ce qui donne aux leçons que l'on tire à l'issue des rencontres, l'épaisseur d'un papier à lettre. Néanmoins, au sortir du match nul entre le RCL et les Verts de Saint-Étienne, beaucoup ont dû ressentir ce goût particulier du passé.

D'un passé d'abord ancien, presque oublié. Celui dans lequel figurait une époque où les stades étaient remplis, festifs et animés. Où les frissons d'avant-match rue Maurice Carton étaient monnaie courante à Lens. Les chants accompagnaient chaque minute du match, chaque action opérée. Debout et bruyants, au plus de la pelouse, les supporters brillaient de leur présence en arborant les différentes tuniques Sang et Or.

Lens a fait du Lens

Dimanche, le bruit fut celui d'un tonnerre déchaîné par la joie et la passion. Il a mêlé durant le match deux temporalités qui n'ont guère l'occasion de se croiser : le temps et l'instant. L'éternel et l'éphémère. L'instant de présent pur qui permet de tout ressentir de manière concentrée sur le tempo de chaque seconde qui passe, et le temps éternel de la trace que nous laisse le fait d'être certain d'avoir été vivant pendant quelques instants.

Ce vacarme incessant n'a pourtant rien changé au regard d'un autre passé, plus récent, qui a vu Lens se maintenir aisément dans l'élite en finissant à la 7e place du classement. Car comme avant, le RCL n'a pas su s'imposer sur sa pelouse et affiche aujourd'hui un ratio de 3 victoires sur les 12 rencontres disputées à Bollaert en 2021.

La faute sans doute à des sauts de concentration que l'adversaire parvient à exploiter au mieux, comme au bout de quelques secondes de jeu (0-1). Les hommes de Franck Haise débutent alors un match avec un handicap, comme lors du dernier derby où Yilmaz avait douché l'enthousiasme lensois aperçu à l'époque dans les rues de la ville.

Sans douter ni renoncer, les Sang et Or vont alors déployer l'étendue de leur palette de jeu : des combinaisons intérieures, des projections dans les couloirs, des renversements, des frappes puis des centres, jusqu'à ce qu'un voit le ballon terminer au fond, par l'intermédiaire de Ganago (1-1). Le retard est comblé, restera la seconde période pour basculer devant.

Comme avant, le jeu a penché à droite, le RCL profitant de l'activité de Clauss et des montées de Gradit. Kakuta a également tendance à zoner dans ce secteur puisque Fofana, côté gauche, a passé quasiment toute la rencontre à sa hauteur.

Des caractéristiques de jeu bien ancrés

Comme avant, le RCL n'a pas su bien démarrer le deuxième acte et a vu l'ASSE reprendre la tête avant d'avoir l'occasion d'assommer le score. Il aura fallu beaucoup d'abnégation et quelques changements pour les artésiens reviennent au score grâce à leur capitaine (2-2). En fin de match, le Racing aurait même pu l'emporter mais le portier adverse a su sortir le grand jeu.

Le contenu du match apparaît donc fidèle à l'ADN du groupe de Haise, dans le bon et le moins bon. Le bon est cette capacité à remonter le score et à faire face à tous les évènements possibles. C'est la force collective que le RCL dégage, comme sur l'action du but issue directement d'un schéma de passes travaillé à l'entraînement. C'est aussi cette manière de dicter son rythme et d'imposer une haute intensité à la rencontre tout comme cette faculté de se projeter en nombre dans la surface adverse afin de porter le danger.

Le moins bon, c'est finalement la fragilité défensive de nos côtés, ce sont les transitions adverses qui transpercent nos lignes assez facilement surtout lorsque l'équipe s'est engagée vers l'avant sur toute sa largeur et ce sont toutes ces imprécisions, qu'elles soient défensives à l'image de Wooh qui a affiché trop d'approximations et de lenteur, ou offensives avec ce ratio tirs tentés / tirs cadrés trop faible (31 %).

"On pourrait jouer long et il y aurait moins d'erreurs" rétorque le coach Haise à tous ceux qui s'agacent de tous ces buts évitables que Lens a concédé ces derniers mois. Une façon de dire qu'on n'a rien sans rien et de renvoyer à la balance bénéfice-risque bien connu en médecine. "Une étude clinique n'est éthique que si le bénéfice espéré est supérieur au risque. La déclaration d'Helsinki, adoptée par l'OMS, déclare que la recherche biomédicale ne peut être faite de manière légitime que si l'importance de l'objectif est en proportion avec le risque encouru par le sujet."



De fait, Haise estime que le bénéfice espéré et constaté durant toute la saison passée, est supérieur aux risques encourus. On souscrit ! Néanmoins, le fait d'avoir retrouvé quasiment à l'identique les forces et faiblesses du RCL d'avant la trêve peut être apprécié de deux façons. 

Lens doit se réinventer

C'est d'un côté rassurant puisque cette formule a parfaitement fonctionné jusqu'à présent et permis au club de rivaliser avec toutes les équipes du championnat. Les joueurs se connaissent, et ont atteint un degré de maîtrise du point de vue de la tactique et de l'animation.

Mais d'un autre côté, cela peut aussi s'avérer inquiétant quand on sait que le succès dans le football dépend en partie de cette faculté qu'ont les équipes à s'inventer et se réinventer en permanence afin de détenir toujours un coup d'avance sur l'adversaire.

Or la prestation rendue par le Racing est connue et reconnue de tous aujourd'hui. "Notre équipe doit corriger ses défauts. Mais en revenant trois fois au score en deux rencontres, on envoie un signe." note Franck Haise. Le signe d'une équipe qui résiste, oui. Mais à quoi ?