En plein budget prévisionnel



Juin est une période clé d'un point de vue budgétaire. Le RCL y travaille dur !

Le budget prévisionnel est une étape indispensable dans le développement d'une entreprise ou d'un club. Il est basé sur une estimation réaliste des dépenses et des recettes et peut permettre d’anticiper votre futur résultat. 

Grâce à cet exercice, le board peut ainsi planifier les besoins en trésorerie, revoir les objectifs à la hausse ou à la baisse et motiver les équipes. "Le foot aujourd'hui, c'est la sidérurgie il y a 40 ans ! On est exsangues financièrement, tout le monde le sait. Les clubs ne savent même pas comment finir l'exercice !" souligne le Président de la LFP, alors que les droits TV viennent d'être enfin attribués jusqu'en 2024.

Car alors qu'en temps normal, l'exercice du budget prévisionnel n'est pas celui qui se révèle être le plus simple, il est cette année particulièrement complexe du fait des crises multiples qu'a dû traverser le football français.

Dans l'ordre, la crise sanitaire liée à la pandémie, l'arrêt des compétitions 2019-2020 puis la défaillance de Mediapro qui venait de promettre des rentrées d'argent colossales pendant plusieurs saisons. De quoi mettre à plat toutes les prévisions pluriannuelles établies auparavant par les clubs.

En pleine crise de recettes

Le budget prévisionnel est le reflet de la santé financière d'une entreprise et d'un club. Son objectif est de vérifier la viabilité, la performance et la rentabilité du projet à partir de chiffres réels et projetés. L'établissement d'un budget prévisionnel consiste à recenser, identifier et classer vos dépenses puis vos recettes, puis à réaliser des ajustements pour atteindre l'équilibre ou la marge espérée. En cas de manque de recettes ou de charges trop élevées, vous risquez un déficit budgétaire.

"D’un point de vue financier, 2020 représente de grosses pertes, explique Joseph Oughourlian le Président lensois. Après les droits TV, la billetterie est la source de revenus la plus importante du club, avec environ 7 millions d’euros annuels. Pour chaque rencontre disputée à huis clos, le manque à gagner s’est élevé à 450 000 €. Et nous sommes l’un des clubs les plus touchés par l’absence de public, puisque chaque fois qu’un match s'est déroulé à huis clos, nous avons remboursé un peu plus de 22 000 abonnés. L'impact est considérable !"



Le dirigeant d'Amber Capital a ainsi dû combler des déficits budgétaires en cours de saison afin de combler les manques dans les comptes artésiens. Une manœuvre qu'il sera peut-être amené à répéter pour la saison à venir, comme le préconise d'ailleurs la DNCG : "Au cas où le budget pour 2021-2022 ferait ressortir un déficit d’exploitation qui, à défaut de fonds propres suffisants au 30 juin 2021, serait couvert par des prévisions de plus-values sur des mutations de joueurs, des apports d’actionnaires d’un montant équivalent devront être réalisés en début de saison en comptes courants bloqués et/ou en capital afin de sécuriser la situation de votre club."

Des budgets à l'équilibre

En clair, le gendarme financier du football français ne tolèrera pas des trous dans les budgets prévisionnels comblés par de potentielles ventes de joueurs ! Tout montant de vente fictive placé dans les recettes devra être couvert par un apport équivalent des actionnaires.

Ce point sur la table de la DNCG a pu surprendre même s'il faut bien dire que la pratique est courante dans le football et qu'elle s'est amplifiée ces dernières années avec l'apparition du modèle basé sur le trading. "Au cœur d’un écosystème de plus en plus tourné vers la création de valeur et la rentabilité des investissements, de nombreux clubs français et européens se tournent vers ce modèle de développement pour générer des revenus conséquents et maintenir le navire à flot, détaille le site Ultimodiez. Concrètement, le trading de joueurs consiste à recruter des jeunes footballeurs à très fort potentiel, pour des sommes assez basses, dans l’optique de les faire progresser rapidement pour les revendre beaucoup plus cher après une ou deux saisons au plus haut niveau".

Le bout du tunnel ?

Aussi, la LFP et les pouvoirs publics ont cherché à éclaircir l'horizon économiques des clubs en leur permettant enfin de projeter leur modèle de financement sur plusieurs saisons. 

Ces derniers ont permis aux clubs de souscrire à des prêts garantis par l'Etat, dont le remboursement a été différé à l'année prochaine. Par ailleurs, l'accélération de la vaccination (30M de français primo vaccinés) devrait permettre le retour prochain des supporters dans les stades. 

Cette bonne nouvelle a permis au RCL de pouvoir lancer sa campagne d'abonnement pour la saison à venir ! De quoi sécuriser une rentrée d'argent plus que bienvenue.

Autre éclaircie dans le ciel couvert des clubs, celui de la fin du feuilleton de l'attribution des droits TV. L'accord a été conclu avec Amazon, Canal-BeIn et Free pour un total par saison L1-L2 de 663 M€ (hors droits internationaux de 75M€).


Pour autant, cet accord ne garantit pas la fin des difficultés pour les pensionnaires de l'élite du football français. " On a toujours un risque de dépôt de bilan généralisé ! Charge aux clubs de se prendre en main pour réduire la voilure" encourage Vincent Labrune, président de la LFP.

Réduire la voilure, pas l'ambition

Une démarche déjà entreprise depuis plusieurs saisons en Artois. On se rappelle du plan de sauvegarde des emplois, mis en œuvre à l'automne 2018, débouchant sur la suppression de 35 postes. L'idée des dirigeants était d'adapter l’organisation du club à sa situation économique tout en lui permettant de préserver ses ambitions sportives.

Une ligne directrice qui tend à asseoir le modèle économique du RCL sans que sa bonne santé ne dépende de ses résultats. Cette ligne s'est appliquée lors de la remontée en L1 puisque le board n'avait par exemple que budgétisé en recette, l'équivalent d'une 17e place au classement.

À quoi s'attendre dès lors pour la saison à venir ? Arnaud Pouille a rappelé la doctrine du RCL en avril dernier lorsqu'une rumeur de liste de joueurs à recruter a été évoqué dans la presse : la situation actuelle économique du football français appelle au calme.

Comprendre que le club ne fera pas de folies mais n'a pas l'intention pour autant de vendre ses meilleurs actifs afin de renflouer les caisses. Joseph Oughourlian a d'ailleurs d'ores et déjà prévenu que le RCL n'était pas dans l'obligation de vendre.

Dans l'obligation d'acheter ? Peut-être, au regard des départs et des besoins sportifs remontés par Franck Haise et son staff.

La clôture de cette phase de construction budgétaire marquera en revanche le coup d'envoi réel de la nouvelle saison. "Le budget prévisionnel a son importance en matière de management. En temps de crise, si vous êtes amené à revoir vos prévisions à la baisse, la présentation de votre budget sera l'occasion de préparer vos collaborateurs à l'imminence d'une période difficile. A l'inverse, un prévisionnel ambitieux démontre la santé d'une entreprise et constitue un puissant levier de motivation pour les salariés."