Dans le rouge



Le RCL se retrouve en difficulté financière malgré un modèle économique sain.

Plusieurs fois évoqué sur votre site favori, la situation économique du football français est assez limpide : le secteur est sinistré et nombre de clubs sont pris à la gorge. 

La faute au Covid et à la défaillance du principal partenaire financier sur la période 2020-2024, à savoir le groupe Mediapro détenteur d'une grande partie des droits de diffusion du championnat.

Depuis son retrait, les promesses de recettes annuelles qui allaient avec se sont envolées. Car le nouvel accord conclu par la LFP avec Amazon et le groupe Canal Plus notamment, n'est plus aussi rentable pour les clubs professionnels.

Un manque à gagner que les clubs doivent dorénavant gérer. Les mesures d'urgence sont ainsi celles "liées au budget de la saison dernière durant laquelle il y a eu l’accident Mediapro en plein milieu d’exercice, dixit Arnaud Pouille, le DG lensois. Cette année, il nous appartient à nous, de faire le budget en toute connaissance de cause."

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Les données sont relativement simples. L'an passé a vu la colonne "recettes" du compte de résultat s'afficher très loin des prévisions établies lors du précédent budget. "Aujourd'hui, le 17e de L1 ne perçoit plus que 14 M€ de droits télés contre 33 M€ du temps de Mediapro" rappelle Pouille. Soit un trou de près de 20 M€ dans les recettes qu'il faut maintenant combler. 

Des pertes abyssales dans l'équilibre du budget du club Sang et Or, qui se retrouve aujourd'hui, de fait, d'un point de vue structurel, en grande difficulté. "On est dans une situation proche de la L2" lâche Pouille. 

À l'époque, le RCL affichait des pertes opérationnelles du même ordre. "Sur l’ensemble du club, on est sur des masses d’argent et de dépenses qui sont hors normes par rapport à la situation sportive." prévenait d'ailleurs le DG en préambule d'un Plan de Sauvegarde des Emplois (PSE) provoquant la suppression d'une trentaine de postes dans l'organigramme artésien. La vision du dirigeant était claire. "On parle de l’aspect sportif, mais il ne faut pas oublier que nous sommes une entreprise. Il faut avoir un projet transversal qui soit renouvelé et corrigé chaque fois qu’il est nécessaire."

Compenser les pertes de recettes

Alors que la reprise vient d'avoir lieu et que Lens s'apprête à vivre sa 2e saison dans l'élite, le temps d'un renouvellement du projet d'entreprise est venu. Mais la situation, bien que délicate, trouve ses difficultés dans la conjoncture et non dans la structure même du modèle économique lensois.

Aussi, le board entend activer tous les leviers possibles pour faire face à cette séquence de manque à gagner. "Pour l’instant, il est prévu beaucoup de choses dans le budget."

En premier lieu, Lens sait qu'il possède plusieurs actifs hautement valorisés par les très bons résultats obtenus l'an passé. Le plus sollicité ces derniers jours est le jeune défenseur Loïc Badé, arrivé libre l'été dernier, et pour lequel le club négocierait un départ en échange d'une indemnité située aux alentours de 20-25 M€.



D'autres joueurs pourraient être sollicités et donc concernés par un départ (Fofana, Clauss, Medina) même si Lens prévient miser sur la stabilité de son effectif et ne s'autoriser qu'un total de 2 départs maximum. Dans l'absolu, une offre hors norme serait forcément acceptée, et le joueur parti, remplacé.

Une doctrine qui s'applique aussi du point de vue des arrivées puisque l'équipe qui a frôlé l'Europe l'an passé va davantage miser sur le qualitatif que sur le quantitatif. Le cellule sportive, dirigée par Florent Ghisolfi, n'a pour le moment ciblé que les postes de piston gauche et de milieu de terrain. "On ne fera pas pour faire. On veut des joueurs qui apporte quelque chose de différent."

Prendre en compte l'aspect sportif

Car Lens a les reins solides financièrement, même au cœur de la tempête actuelle. C'est pourquoi le board ne souhaite d'ailleurs pas entamer, comme c'était prévu, une nouvelle phase de négociations concernant la baisse générale des rémunérations.

La logique n'est pas non plus, vous l'aurez compris, à procéder à des ventes massives pour combler les besoins en trésorerie générés par les crises. Tout le club souhaite au contraire poursuivre le travail engagé en misant sur la stabilité du groupe afin de maintenir une forme d'ambition sportive progressive et maîtrisée.

C'est pourquoi Lens compte solliciter un prêt d'un montant de 20 M€, selon les révélations du quotidien L'Equipe. En faisant ainsi appel à l'endettement, le club souhaite d'abord combler le trou creusé par la baisse de ses recettes tout en maintenant à flot ses stratégies de développements économiques et sportives. "Nous sommes dans une logique budgétaire, précise Arnaud Pouille. C'est à dire que nos coûts sont prévus sur un cycle long de 3 ans. Aussi, il n'y a pas d'urgence concernant la vente potentielle de joueurs."

Une pratique courante dans la gestion d'entreprise. "Les entreprises font souvent appel à la dette soit pour financer leurs opérations stratégiques lorsqu’elles ne disposent pas suffisamment de capitaux disponibles ou plus simplement comme outil de gestion financière." nous explique Laurent Dufour, le fondateur du Blog du dirigeant.

Selon lui, il est important de distinguer de type de dettes. D'abord celles de court terme qui "serviront à financer le cycle opérationnel appelé BFR (besoin en fonds de roulement)" et ensuite celles de moyen et long terme qui "sont utilisées pour financer le cycle d'investissement".

Le RCL se situe donc dans la première catégorie puisque ses dettes vont servir à financer son cycle opérationnel, aujourd'hui en déséquilibre du fait d'une conjoncture défavorable. 

"On reste attractif" conclut Florent Ghisolfi. Plus que jamais !


Sources : L'Equipe, lensois.com, madeInLens, Le Blog du dirigeant.