Pari tenu


La prestation rendue au Parc illustre la réussite de la saison lensoise.

Pour tenir ce genre de raisonnement, il faut d'abord faire fi de toute considération de résultat et d'incidence potentielle sur le classement. 

Il faut aussi oublier ce stade vide au sein duquel les spectateurs ont été remplacé par d'énormes pancartes publicitaires, et ces maillots sans âme du PSG, qui semblent pousser au paroxysme la démarche marketing dans laquelle la tunique d'un club s'apparente plus à un produit de mode au style urban-street qu'à une tenue de football. 

Il faut aussi passer outre l'identité du diffuseur, à savoir Canal, qui entretient un climat d'incertitude autour du financement de la L1 pour la saison prochaine, dans l'unique but d'obtenir l'acquisition des droits de diffusion à moindre frais. Business is business !

Une fois ces pré-requis remplis, on peut voir dans ce match,  la synthèse de ce que nous ont proposé les Sang et Or depuis août dernier et leur retour officiel dans l'élite. 

Les yeux dans les yeux 

Car Lens ne s'est pas rendu dans la capitale pour prendre sa valise annuelle comme tant d'autres clubs depuis que l'état du Qatar a mis la main sur le club vainqueur de la Coupe des Coupes 1996.

Non, le RCL a affronté le PSG en 5e de L1, conquérant et orgueilleux, sans dévier d'un pouce de la ligne qu'il suit depuis des mois. "On avait l'intention de montrer nos qualités, confirme Franck Haise. On a réussi à jouer les yeux dans les yeux."

L'équipe du bassin minier a eu la même réaction face à l'objectif assigné par le board avant l'entame de l'exercice. 

Sous l'impulsion de son coach, elle a su trouver l'équilibre entre humilité et ambition, entre respect des règles et dépassement du cadre, entre jeu et enjeu tout simplement.

"Soit on met un bus devant le but toute la saison et on prie pour que ça se passe bien. Soit on met de la qualité et on met en avant notre jeu" a notamment prononcé Haise dans les vestiaires alors que son équipe faisait ses débuts dans l'élite. 

En clair, l'ex entraîneur de la réserve a privilégié les moyens au détriment de la fin pour guider toutes ses actions.

Axé sur les moyens, pas sur la fin

Il a fait du maintien non pas la cause de sa méthode de travail mais plutôt la conséquence de son approche du jeu.

C'est pourquoi Lens a démontré tout au long de ces mois de compétition, cette faculté à faire face à l'adversité tout en abusant de ses armes, quelque soit le calibre de l'équipe affrontée.

Aussi face au PSG, les hommes de Haise ont déroulé leurs préceptes habituels (relances courtes, combinaisons de passes dans le cœur du jeu pour se projeter ensuite dans les couloirs, contre-pressing) tout autant que leurs failles récurrentes (saut de concentration, erreurs individuelles, transition défensive).

Qu'importe le classement, l'enjeu et la qualité de l'adversaire. Le RCL connaît parfaitement son identité de jeu et peut dès lors la déployer dès que possible. "Je pense qu'il n'y a pas énormément d'équipes qui ont essayé de jouer comme nous au Parc, note Gradit. On a montré ce qu'on fait depuis le début de saison."

Une ressort existentialiste semble animer le club et l'esprit de Franck Haise, au regard de ces capacités. 

L'existentialisme est un courant de pensée très influent au XXe siècle, popularisé notamment par JP Sartre. "C’est à dire postuler que l’être humain est fondamentalement (et implacablement) libre, et qu’il revient à lui – et à lui seul –, par l’ensemble de ses choix et de ses actions, de donner un sens à sa vie, qui n’en a aucun a priori."

Ce sont ainsi tous les actes, tous les efforts, les performances et toute l'énergie déployée qui ont donné un sens à la saison Sang et Or.

De fait, ils n'ont aucune raison de modifier leur fonctionnement au regard d'un adversaire, d'un contexte ou d'un enjeu. Ni même de se concentrer sur autre chose qu'eux-mêmes. Car tout se trouve déjà en eux : la joie comme la peine, la victoire comme la défaite. 

Par ailleurs, Haise a très vite compris que l'échec ne devait pas être une faille mais bien le ciment qui allait solidifier son groupe. Il en a, dès lors, chassé la peur inhérente. 

La référence Rasta Rocket

Aussi, il sait que ce n'est pas une 5e place ni même une 6e ou une 7e place qui va valoriser le travail accompli. 

C'est chaque instant de chaque rencontre, c'est la force de ce collectif qui a fait front devant toutes les épreuves cette saison, du Covid en passant par les reports de matchs, l'absence de supporters ou les périodes un peu moins bien. Ce sont toutes ces preuves qui donnent du corps à ses compétences, et non les résultats obtenus. 

D'ailleurs, ce n'est pas une compétition européenne sans crédibilité ni saveur qui peut donner une autre dimension à l'une des plus belles équipes artésienne. Elle n'a besoin de rien pour s'ancrer dans la conscience collective.

Cette théorie rejoint donc les propos issus d'une scène du film mythique Rasta Rocket.

Dans cette scène, le pilote jamaïquain de bobsleigh échange avec son entraîneur. Ce dernier en arrive à lui dire : "Une médaille olympique, c'est fabuleux. Mais si tu ne vaux rien sans ta médaille, tu ne vaudra pas plus avec."

Une posture qui demeure aux antipodes de celles qui fut à l'œuvre au club lors du come-back de Gervais Martel en 2013. 

À lire aussi : De la passion aux convictions 

L'ex Président déchu, adepte de l'adage "la fin justifie les moyens" n'avait ainsi pas hésité à s'associer à la mafia Azéri pour reprendre les commandes du RCL et ainsi regoûter coûte que coûte à la L1, après une énième validation de la montée par le comex de la FFF.

Redescendu aussi sec, cette période noire avait plongé les Sang et Or dans le chaos. De sombres souvenirs qui permettent néanmoins savourer à sa juste mesure, la prestation lensoise face au PSG.