Maintenir la bonne gestion




Face à l'incertitude, le RCL oppose sa bonne gestion mais reste à la merci d'une nouvelle crise.

Rappelons en préambule que l'ensemble du football français est doublement touché par la crise : d'abord du point de vue sanitaire avec les effets du Covid (arrêt prématuré de la saison précédente, huis clos) puis du point de vue financier avec l'écroulement du principal détenteur des droits de diffusion pour la période 2020-2024.

Stoppée à dix matches de la fin des compétitions, la saison 2019-2020 a laissé des traces dans les documents comptables des clubs professionnels français. Fin juillet, une étude du cabinet EY commandée par le syndicat de clubs Première Ligue tablait déjà sur 605 millions d'euros de pertes en chiffre d'affaires dues à l'arrêt du championnat.

Par ailleurs, les recettes ont été littéralement asséché cette année du fait des jauges de spectateurs pour les quelques matches estivaux, puis du huis clos général décrété depuis l'automne dernier. "Budgétairement, on cherche des solutions pour finir la saison ! affirmait d'ailleurs sans détour Arnaud Pouille, le DG du RCL, chez nos confrères de la Voix des Sports. Car on a l'impression que tout s'effondre sans savoir jusqu'où.

Une saison blanche au niveau des recettes

Le président du club artésien Joseph Oughourlian confirme les dires de son bras droit. "Le foot français a reçu une avalanche de mauvaises nouvelles. La crise liée au Covid-19 met les recettes billetterie à zéro (7 M€ annuels pour Lens), il y a un impact sur le sponsoring, lui-même indexé sur les recettes guichets. Et une très importante crise des droits télé qui va affecter nos recettes."

Car l'autre versant de la crise est celui lié à l'affectation des droits TV pour la période 2020-2024, initialement remportée par le groupe sino-espagnol Mediapro pour plus de 800 M€ par an. L'écroulement prématuré de son modèle a mis dans la panade tous les clubs pro qui tirent plus d'un tiers de leurs recettes des droits TV (36% pour la Ligue 1 en 2018-2019 selon la DNCG, gendarme financier du foot français).

La Ligue n'en demandait pas tant, elle qui s'est déjà endettée au printemps 2020 avec un prêt garanti par l'Etat (PGE) de 224,5 M€, compensant le manque à gagner en droits TV de l'arrêt prématuré du Championnat, précédemment évoqué. Elle a dû contracter, en outre, un autre prêt de 120 M€ auprès de JP Morgan afin de faire face, cette fois-ci, à l'échéance d'octobre non couverte de Mediapro (172,3 millions).

S'agissant de cette saison 2020-2021, la LFP a su sauver les meubles en parvenant à un accord de gré à gré avec le groupe Vivendi, détenteur de la chaîne Canal Plus. Cet accord prévoyait que Canal+ s'engage à payer le fameux lot 3 jusqu’au bout, soit trois fois 56 millions, et décide de rajouter 35 millions pour un total d’environ 200 millions d’euros pour les finances des clubs. Ce qui ferait au final un total sur la saison de 670 millions d'euros de revenus de droits TV. Soit une perte d'environ 50% par rapport à ce qui était prévu à l’origine avec Mediapro (plus d'1,1 milliard au total).

Une perte moyenne envisagée, supérieure au budget total

"La perte moyenne envisagée est supérieure à notre budget total ! Ça vous donne une idée du gouffre dans lequel on est." souligne Arnaud Pouille. "On espérait 32 M€ sur la base d'une 17e place en L1, précise Joseph Oughourlian. On n'a pas encore l'atterrissage mais il faudra compter sur pas moins de 50 % de cette somme. L'impact est considérable. J'ai déjà fait des efforts financiers très importants pour soutenir le club en L2. J'en ai refait pour le mercato. J'en refais cette saison pour faire face à la crise sanitaire."

L'homme d'affaires basé à Londres tient à bout de bras le club du bassin minier après l'avoir remis à flots depuis sa prise de fonction en 2017. Entre les augmentations de capital, les investissements et l'effacement des dettes, il a injecté plus de 65 M€ dans les veines du RCL depuis son arrivée.

"La L1 ce devait être un autre monde. Le changement le plus significatif, était au niveau des droits télévisés, qui passaient de 6,2 à environ 32,5 millions d’euros", conclut le dirigeant, un brun désabusé mais plus que jamais déterminé à faire face aux difficultés. 

Car la saison qui s'annonce promet d'être riche en émotions et en surprises. 

Le rythme de la vaccination en France est tel que l'ensemble de la population pourrait avoir reçu une première dose aux environs du 15 septembre 2021. De quoi rendre possible un retour dans les stades des supporters, et donc des recettes liées à la billetterie notamment.

Une nouvelle négociation de baisse des salaires programmée

Le président Oughourlian, qui recherche l'autofinancement pour son club, rappelle que la santé du RCL ne prête pas à inquiétude en temps normal. "On fait tout pour éviter de prendre trop de dettes. On est en L1 et si nos supporters reviennent, notre modèle économique est viable. On peut se permettre de s'endetter un peu. On vendra peut-être cet été mais jamais dans une position d'y être obligé."


Un modèle économique qui poussera cependant le dirigeant lensois à renégocier une nouvelle baise des rémunérations pour la saison à venir, comme ce fut le cas en janvier lorsque le club obtint de l'ensemble de ses employés une baisse de l'ordre de 5 à 20% sur tous les salaires. Il attend pour cela d'en savoir plus sur le nouvel accord de diffusion des matches.

Aux dernières nouvelles, la LFP tendrait à diffuser elle-même une large partie de son produit (80 % des matches) en créant sa propre chaîne. 

Sa volonté est guidée par la réticence de Canal à conserver l'intégralité du championnat, au désintérêt de BeIn et à l'absence d'autres candidats crédibles à l'achat des rencontres. 

Les prévisions de la ligue tablent sur des recettes annuelles pouvant atteindre 200 M€, si le nombre d'abonnés est conforme à ses calculs. Le business plan, ambitieux, rappelle alors vaguement celui de la chaîne Mediapro qui fixait son seuil de rentabilité à plus de 3M d'abonnés au prix de 29 € mensuels (sic).

Le risque de fiasco des droits TV

L'instance, elle, pense à un tarif de 11€/mois pour 8 matches de L1 par week-end + la L2 et se fixe l'objectif de 1,9 M d'abonnés en deux ans. Le reste des rencontres seraient diffusées sur Canal Plus pour 380 M€. 

La chaîne cryptée qui milite depuis des mois en sous main pour une diminution du nombre de clubs inscrits au championnat afin de gonfler la part de chacun est sur le point d'être satisfaite.

 L'idée est donc d'atteindre le seuil des 700 M€ de revenus annuels en ajoutant les droits digitaux et internationaux. Loin, très loin du milliard d'euros avancés par Mediapro. Mais une chimère quand même selon Pierre Rondeau, économiste du sport. "On va voir débarquer une nouvelle chaîne sur le marché français et on va devoir rajouter, à nos abonnements déjà onéreux de Canal+, beIN Sport, RMC Sport, Eurosport, Netflix, Amazon, Disney+, l’abonnement à la chaîne LFP. Et la survie du foot français passe par ce nouveau média. Bravo, n’est-ce pas ? Mais quand est-ce que les dirigeants comprendront que les Français en ont marre de payer ? Qu’ils ne raisonnent plus comme dans les années 1990, où l’objet télévisuel était unique et primordial, qu’ils peuvent se tourner vers des centaines d’alternatives gratuites ? Que payer pour des programmes de week-end, la semaine entière est ubuesque et inintelligible ? Que multiplier les diffusions, les chaînes, les abonnements fait fuir les fans, les abonnés, les téléspectateurs ?"

Une incertitude et un risque de fiasco qui planera sans aucun doute sur le mercato à venir et sur les stratégies des clubs français, dont le RCL. 

Ceci étant, la position du club artésien demeure relativement simple : puisque sa relative bonne santé financière, ne dépend ni des actifs joueurs ni de créances auprès de tiers et encore moins d'une stratégie de trading, l'idée est alors de conserver ses meilleurs éléments.

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L'équipe dirigeante a d'ailleurs déjà pris le pouls de ses troupes en procédant à des entretiens individuels afin d'actualiser le statut de chacun et les attentes en termes de performance. Les contrats de tous les membres du staff et en particuliers du coach Haise, sont aussi en passe d'être prolongés et sans doute revalorisés.

Le RCL devrait donc être vraisemblablement guidé par son projet sportif pour aborder sa 2nde saison consécutive dans l'élite. "Il ne faudra pas penser que les choses seront acquises" rappelle toutefois Franck Haise.

Sur le terrain comme en dehors.