Lille noire


On dit souvent que l'histoire se répète. Les derbys du nord ont confirmé la règle !

Les similitudes sont troublantes : comme à l'aller, les Sang et Or se sont avancés dans cette rencontre particulière forts d'une dynamique enthousiasmante. En début de saison, les hommes de Haise n'avaient ainsi connu la défaite qu'une seule fois à Nice (1-2) avant de se rendre à Mauroy se faire étriller (0-4). Cette fois-ci, les artésiens avaient certes été défaits au Parc une semaine avant (1-2) mais cette déconvenue faisait suite à une série d'invincibilité culminant à 13 rencontres.

Autre fait commun, celui de l'enjeu sportif. En octobre, le vainqueur de la rencontre prenait les commandes du championnat, tandis que pour ce match retour, programmé à 3 journées de la fin, se révélait être un tournant pour les deux équipes. Lille d'abord, sous la pression du PSG, ne devait pas perdre pour conserver sa place de leader. Lens, enfin, s'accrochait à sa 5e place synonyme de Coupe d'Europe bis la saison prochaine.

Des similitudes entre les deux déroutes


L'emballement populaire fut également identique entre octobre et mai. Les Sang et Or ont ainsi vécu une procession lors de leur déplacement en bus qui a rappelé celle qu'ils avaient connue en se rendant à Lille, lorsque des supporters démontraient leur présence sur chaque pont surplombant la route empruntée.

Sur le terrain, comme à l'aller, l'affrontement n'a pas eu lieu. Le LOSC surclasse à tous les niveaux sont voisins qui figure tout de même parmi les meilleurs promus d'Europe. L'équipe de Galtier a affiché une sérénité, une force collective et individuelle et une maîtrise technique que les lensois ne peuvent, pour le moment, contrarier.

Il faut dire que le huis clos n'aide pas à générer ce nivellement des forces, qu'une pression populaire intense dans un stade comme Bollaert a pu de nombreuses fois provoquer.

Les Sang et Or ont ainsi rencontré grosso modo les mêmes problèmes qu'à Mauroy. Ils ne sont pas parvenus à régler le cas Yilmaz, déjà buteur en octobre, et double marqueur à Bollaert. Idem concernant Araujo qui a mis à mal le côté gauche de la défense artésienne. À l'aller, Haïdara et Radovanovic avaient pris le bouillon tout au long du match tandis que vendredi soir, c'est Michelin et Fortes qui ont subi les foudres de l'ailier nordiste.

Lens, pas à forces égales


Le milieu de terrain a également tourné à l'avantage des leaders du championnat. La paire Xeka - Soumaré a dicté sa loi à la triplette du Racing composée de Cahuzac - Doucouré et Fofana. À Mauroy, les deux premiers nommés avaient bien du mal à exister face à la paire André - Sanches.

Par ailleurs, les 4-4-2 lillois ne plaît guère aux lensois. En effet, la disposition des joueurs dans ce système permet de bien quadriller le terrain sur la largeur avec les deux fameuses lignes de 4 au milieu et en défense. Il permet aussi aux joueurs d'être proches les uns des autres et donc de pouvoir se couvrir facilement en effectuant peu de distance. 

Le LOSC a ainsi pu défendre en bloc médian (entre sa moitié de terrain et celle de l’adversaire) et presser, profitant que Yilmaz et David agressent constamment les défenseurs lensois quand ils avaient le ballon. De plus, les deux milieux excentrés ont fait sans cesse les efforts pour sortir rapidement sur nos latéraux quand la balle se retrouvait sur un côté. 





Dès lors, toute l'organisation lensoise fut perturbée ! D'autant plus que les hommes de Haise se sont collés le handicap d'être menés dès la première minute de jeu. Probablement le pire scénario contre une équipe aussi solide et aussi à l'aise dans le jeu de transition.

Pire encore, les lensois ne sont pas restés à forces égales très longtemps. Comme à l'aller, Michelin a écopé d'un carton rouge, laissant ses coéquipiers dans la panade. "A 11 contre 11, je pense qu'on était mieux collectivement, confie Haise. Mais un match ne dure pas 30 minutes. L'expérience s'est vue sur le jeu et dans d'autres aspects aussi. C'est une des raisons qui peuvent expliquer nos deux larges défaites contre Lille (0-4, 0-3). Je ne vais pas sauter au plafond. L'accueil des supporters était magnifique, et c'est sans doute pour ça qu'on est frustrés aussi. On a joué avec nos arguments, mais après 30 minutes c'était dur, on aurait aimé donner un peu plus."

Les derbys ou ces révélateurs des progrès à accomplir


Le coach lensois fait ainsi le pont entre les deux défaites qui, du fait de leurs similitudes, ont forcément des racines communes. Aussi, les axes de progrès pour la prochaine saison dans l'élite doivent être clairement identifiés pour être anticipés au maximum, d'un point de vue collectif et individuel.

Les lensois ont ainsi failli dans leur faculté à élever ensemble leur niveau de jeu. Le système choisi par Haise, cette sorte de 3-6-1, ne les a semble-t-il pas vraiment aidé. Le choix du coach est d'ailleurs étonnant, lui qui a dès sa prise de fonction en Artois, cherché à créer du lien entre la doublette d'attaquants axiaux et le milieu de terrain.

En se positionnant ainsi, on a vu Ganago, seul sur le front de l'attaque, légèrement isolé, car privé de la présence de Sotoca par exemple. Kakuta, dont le rôle devait être similaire à celui de ce qu'on appelé jadis un neuf et demi, n'a pas vraiment réussi à exister dans ce rôle, avant d'être déporté sur un côté du fait de l'exclusion.

Enfin, les Sang et Or doivent gagner en maturité d'un point de vue émotionnel, afin de ne pas perdre trop d'énergie dans l'avant match d'une rencontre à haute intensité et alors de disposer de toutes leurs facultés physiques et psychiques.

Ces dernières se définissent comme "Un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter des tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté " dixit un site spécialisé.

Il est clair que dans ce double affrontement régional, les lensois n'ont pas su préserver leur équilibre psychique pour évoluer au zénith de leurs capacités. Comment les en blâmer, eux qui ont tellement accompli depuis le début de saison ?

Il faut donc davantage se réjouir des progrès à accomplir, plutôt que de s'attrister sur les manques constatés. À la fin de l'album L'île noire, Tintin se rend compte que le gorille qui terrorisait tous les habitants alentours n'était en fait pas si effrayant car ne répondant qu'à une souffrance engendrée par son maître. Une fois libéré de cette emprise, l'animal posa même en photo avec le célèbre reporter.

Les lensois ne doivent donc pas s'attrister des manques constatés mais davantage se réjouir de tous les progrès restants à accomplir.