L'équation des blocs bas


Souvent cette saison le RCL a évolué face à des blocs bas. Et a rencontré des difficultés.

Dans le football, attaquer et être efficace collectivement sur le plan offensif est bien souvent plus difficile à mettre en place que de bâtir une stratégie défensive.

Aussi, les axes de progression sont mis en surbrillance au cours de ces matches disputés avec un adversaire décider à d'abord bien défendre plutôt que de prendre toute initiative de jeu vers l'avant. 

Dès lors, les problèmes rencontrés devant une défense basse sont le peu d’espaces libres entre les lignes et le peu d’espace dans le dos des défenseurs. 

Un axe de progrès permanent

L'équipe de Franck Haise n'a pas dérogé à cette règle en affichant ses principaux défauts lorsqu'elle s'est frottée à Nice (0-1), Angers (1-3) ou encore Metz par deux fois.

"Face à Nice, on a pêché dans la variété, dans l’attaque de la profondeur. On a pas suffisamment bien fait les choses pour leur poser des problèmes. On doit réussir à se créer plus d’occasions, plus de situations de tir, une meilleure qualité dans nos centres", analysait Haise en janvier dernier.

"On a fait un match avec beaucoup de qualités, en créant beaucoup de jeu face à un adversaire qui était très compact et regroupé, lâchait-il après le nul contre Metz. Après ce qui me fruste, c’est ne pas gagner ce genre de match, c’est pas la première fois, surtout qu’on relance l’adversaire sur l’égalisation, on doit bien négocier ce ballon et le dégager."

Le coach, comme toujours, semblait lucide sur la marge de progression de ses hommes. "On a des problèmes qu’on arrive pas, pour le moment, à résoudre face à des équipes qui ne sortent pas, qui évoluent en blocs compacts. C’est un axe de progrès collectif et individuel d’être plus juste face à ces équipes qui jouent derrière".

Face aux blocs bas, la justesse

Selon lui, le RCL avait les qualités nécessaires pour répondre aux problèmes posés. "Je ne crois pas que ce soit uniquement un problème de maîtrise. Ce qui compte, c’est que cette possession amène des centres, des tirs, des occasions. Il faut alors être plus juste dans nos déplacements."

Car pour faire face à ces problématiques de jeu, des solutions existent. Haise et son staff ont d'ailleurs déployé toute une palette d'armes au fil de la saison afin de déjouer les plans des adversaires faisant le choix de la défense basse.

C'est ainsi que les Sang et Or ont abusé des côtés grâce à l'apport de leurs latéraux afin d'amener un surnombre et plus d'incertitude dans l'organisation de l'équipe adverse. En nombres de centres effectués par match, le RCL compte parmi les toutes premières équipes de L1.

Lens a cherché aussi à faire sortir le bloc adverse en faisant ressortir le ballon par ses défenseurs. Cela permet d’augmenter soit l’espace dans le dos des défenseurs adverses si l'équipe presse en bloc équipe, soit d'étirer les lignes. Dans les deux cas, les possibilités d'attaques sont multipliées. 


Autre méthode employée fut celle de chercher la frappe de loin afin de pousser les défenseurs à sortir sur le porteur de balle. On pense notamment à Doucouré que l'on a vu, au cours de la saison, de plus en plus à l'aise dans l'exercice. 

Par ailleurs, l'ex entraîneur de la réserve a intégré à l'animation de son équipe un aspect asymétrique en s'appuyant notamment sur le côté droit du onze où l'activité débordante de Clauss a offert de nouvelles solutions pour déséquilibrer les adversaires.

Enfin, Haise a sans cesse demandé à ses hommes d'alterner les formes de déclenchement d'attaques, en passant d'une attaque placée à une plus verticale, à du jeu long en déviation vers des mouvements plus courts et au sol, ou à une progression à l'intérieur du jeu débouchant sur des mouvements sur les ailes du terrain.

Garder un temps d'avance 

La ligne directrice est que les lensois doivent toujours avoir un temps d'avance sur l'adversaire. 

Cela dit, certains adversaires ont su déployer leur plan, c'est-à-dire d'attendre pour exploiter la moindre erreur artésienne en profitant des espaces dans le dos des latéraux pour se projeter rapidement sur la cage de Leca.

Les hommes de Haise ont aussi fait montre de quelques sauts de concentration qui ont coûté plusieurs buts. "On affronte des équipes qui ne jouent pas, ou peu, et attendent nos erreurs. Il ne faut pas commettre l'erreur, être efficace sur les premières situations" avouait le coach. 

Au stade Francis Le Blé, le scénario s'est répété puisque les locaux ont ouvert le score sur un corner direct sur lequel les lensois ne sont pas exempts d'erreur d'appréciation. Un but qui a handicapé les candidats à l'Europe tout au long de la 2nde période puisque les Bretons étaient dès lors parfaitement positionnés dans leur camps. 


Pour autant, Lens est revenu avec le point du nul et est parvenu à maintenir sa série d'invincibilité une rencontre de plus. Plus que des chiffres, cette série traduit un investissement de tous les instants des joueurs artésiens. "Il y a eu ce but de Brest sur coup de pied arrêté, on a réussi à ne pas se désunir et à revenir au score malgré tous les faits de jeu qui se sont succédés (deux exclusions à Lens, plus celle de l'entraîneur, une à Brest)" analyse Haise. 

Renforcer ses points forts et s'adapter à ses faiblesses

Une trame que devraient retrouver les Sang et Or contre Nîmes ou Bordeaux d'ici la fin de l'exercice mais aussi et surtout l'an prochain lors de leur seconde saison dans l'élite. 

Car leurs très bons résultats actuels vont à coup sûr modifier durablement le regard que l'on peut porter sur le club et son statut. 

L'habit de promu à la silhouette inoffensive n'ira plus sur les épaules des joueurs lensois. Un costume dont a su manier à la perfection Franck Haise jusque-là. "Moi je suis là pour rappeler qu’on est un promu, qu’un certain nombre de joueurs de l’effectif étaient en L2 ou en N2 ou en U19 l’an dernier, que moi, si je ne suis pas novice dans le métier, je fais ma première expérience de numéro 1 en L1 et que quand le club est revenu en Ligue 1 ces 10 dernières années, c’était pour faire l’aller-retour. Je suis là pour rappeler qu’il ne faut pas oublier ce qu’on est en train de faire. Ce que les joueurs font est déjà très bien et c’est aussi pour tempérer les choses."

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En ramenant ainsi le classement de l'équipe à son origine, il a sans cesse pu opposer cette perspective aux différents jugements  des observateurs du Racing. Ce procédé a aussi pu permettre, auprès des joueurs, de matérialiser leurs progrès. En somme, Haise a su renforcer les points forts de son équipe tout en lui permettant de s'adapter à ses quelques points faibles.

Des ressorts de management qui n'auront plus cours l'an prochain, Coupe d'Europe ou pas. Ce qui n'effraie personne en Artois, tant le Lens de Haise a cette capacité à ne jamais se cacher, à assumer ses ambitions, son statut, son histoire et ses valeurs. Le Lens de Haise semble en phase avec le Lens de toujours, avec le Lens fantasmé par beaucoup.

Aussi, il paraît capable de résoudre n'importe quelle équation.