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La filiation flexible


Le jeu du RCL cette saison a largement été décrypté et est apparu comme relativement innovant. Il s'inscrit toutefois dans une certaine filiation lensoise.

Franck Haise que personne n'attendait à un tel niveau de compétence parmi le grand public et les observateurs éloignés du club artésien, est très rapidement apparu comme un homme limpide sur ses idées de jeu.

C'est d'ailleurs en ce sens que le recrutement lensois s'est opéré : Haise a fait savoir à ses dirigeants que son équipe évoluerait cette saison en 3-5-2 et a pu donc pointer ses réels besoins pour appliquer ses grands principes.

Haise, l'homme aux idées claires

Ses besoins étaient principalement l'arrivée d'un maître à jouer servant de lien entre le milieu et les deux attaquants (Kakuta), un piston droit (Clauss), un milieu plus puissant que Gillet, laissé libre en fin de saison dernière (Fofana) et un renforcement qualitatif de sa défense (Badé, Medina).

À partir de ce cadre extrêmement clair pour tous (dirigeants, joueurs, staff), le coach sang et or a ainsi pu broder d'autres concepts au cours de la saison et au gré des adversaires rencontrés. C'est ainsi que pour surprendre une équipe qui presse les défenseurs artésiens, le libéro (Badé ou Fortes) a eu pour consigne de monter d'un cran au milieu du terrain pour ainsi proposer une solution de passe aux deux autres défenseurs, servant de rampe de lancement à la relance. Avec ce type de jeu en triangle, la première ligne de pressing adverse était ainsi effacée.

Autre exemple, Haise n'a pas hésité régulièrement à déformer le trio du milieu de terrain lensois. Alors qu'il est sur le papier positionné en 2-1, l'animation du jeu et le placement de l'adversaire a pu voir les joueurs nordistes évoluer en 1-2. "Déformer le triangle est une chose qui permet de créer du mouvement, sur le jeu de position on peut avoir une pointe basse ou un double pivot, ce sont des options en fonction aussi de ce que peut proposer l’adversaire. Il y a d’autres choses qu’on peut faire avec les pistons, comme des choses plus asymétriques par exemple."

Les choses plus asymétriques sont plutôt réservées aux adversaires cherchant à adopter les forces du Racing pour ainsi mieux le contrer. Ce fut le cas de Montpellier ou Rennes cette saison, qui ont aligné le même système tactique que le RCL.

En réponse, Haise n'a pas hésité à déséquilibrer son dispositif en positionnant Clauss dans un registre beaucoup plus offensif, à hauteur de Kakuta, et à pousser Fofana a également jouer plus haut. "Chaque entraîneur travaille avec son staff pour qu’il y ait toujours des petites adaptations en fonction des soucis que peuvent poser les adversaires mais aussi des adaptations pour leur en poser, résume Haise. Il y a une base, des principes claires et a côté, chacun essaye d’ajouter un peu de sel, de poivre ou de piment, pour ne pas être trop lisible."

Cette capacité à se montrer flexible sans craindre les potentiels déséquilibres engendrés et sans anticiper la possible incompréhension de ses joueurs n'est en réalité pas commune à beaucoup d'entraîneurs comme se plaît à le dire Franck Haise par pure humilité.

Cela dit, elle a déjà été aperçue dans l'Artois et elle a coïncidée avec les meilleurs saisons du RCL.

De gauche à droite : Strasbourg-Lens 2021 (1-2), Lens-PSG 2001 (1-1), Lens-PSG 1998 (3-0)

Les liens de filiations que nous avons choisi de souligner sont ceux qui renvoient Haise au Druide de 1998, et à Joël Müller en 2002, rien que ça ! Car lors de son arrivée à la tête de l'équipe première à l'été 1997, Daniel Leclercq n'était pas forcément le nom attendu, tout comme Haise aujourd'hui.

L'humilité et l'ambition

Comme le coach actuel, celui qui apportera l'unique titre de champion de France au club, a également surpris par son discours d'investiture en faisant preuve d'une très grande humilité face à la tâche à accomplir conjuguée à une très grande ambition portée sur le jeu à produire pour y parvenir. Comme Müller, Haise n'a pas hésité à donner sa chance à chacun dans le groupe, via l'instauration des doubles matches amicaux avec une équipe A et une équipe B bien définie.

En 2001, à son arrivée, Müller devait prendre la succession d'une saison ratée dans laquelle le RCL n'a terminé qu'avec 3 points de plus que le premier relégué. La mission de l'ex coach messin est donc de reconstruire mais aussi de revoir bon nombres de statuts dans l'équipe. C'est ainsi que Sikora verra la concurrence de Coly se pointer et perdra son brassard de capitaine.

Même choix opérés par Haise avec les cas Fortes ou Gillet qu'il a eu récemment à trancher. Bien que le second soit parti, le premier est toujours dans le groupe mais son rôle a subi une évolution notable. De capitaine l'an dernier, il est aujourd'hui un joueur de rotation en défense.

Pour chacun de ces trois techniciens, le projet de jeu fut tellement clair et précis que le recrutement est apparu tout autant ciblé et maîtrisé : Ziani, Drobjnak (1998), Sarr, Pedron, Wallemme (2002), Kakuta, Clauss, Badé, Fofana (2021).

Non-séparation des phases défensives et offensives

Leclercq que beaucoup caractérisent aujourd'hui comme un entraîneur exigeant était en réalité un amoureux du football et de toutes ses complexités. Son leitmotiv était, comme Haise, de jouer vers l'avant, aussi bien en attaquant qu'en défendant. Il portait ainsi l'idée de non-séparation des phases offensives et défensives, chères aussi à Rinus Michels ou Johan Cruyff notamment.

Pour résumer, puisque la défense et l'attaque sont des idées qui marchent ensemble et ne sont pas indépendantes, l'idée offensive est celle qui déterminera le reste du jeu. 

À partir de cette idée, il cherchait à multiplier les lignes dans ses différents dispositifs tactiques. "Une contre-attaque ne peut intervenir qu'après une erreur. Dans mon dispositif, il y a le plus de lignes possibles pour avoir la possibilité de faire une passe vers l'avant ne serait-ce que d'un mètre. Ainsi, je peux toujours compenser la perte de balle. Après une passe horizontale, c'est impossible !" expliquait dans le même registre le hollandais volant.

De son côté, Joël Müller a lui aussi fait son chemin en faisant évoluer son onze type et ce dès la seconde journée de championnat. C'est à cet instant que la défense à trois s'est imposée et que les différentes couches tactiques sont apparues. "Il y avait un défenseur décroché, deux stoppeurs, un milieu placé en sentinelle. Les deux latéraux pouvaient se trouver entre les stoppeurs et la sentinelle ou bien plus haut. Ensuite, deux animateurs offensifs, soit axiaux, soit déportés sur les côtés. Et enfin, les deux attaquants alignés ou positionnés en 1-1". Un véritable mille feuilles !

Le concept de l'homme libre

Autre point commun entre les trois coachs, ce concept de l'homme libre. En 1998, il était tenu par Stéphane Ziani chargé de s'infiltrer en les lignes adverses à l'intérieur du jeu. En 2002, c'est Stéphane Pedron qui portait le costume d'homme clé. "Au milieu de terrain, Pedron était chargé principalement d'occuper le côté gauche. Cependant, suivant l'évolution de la tactique de match, il pouvait évoluer en meneur de jeu et se placer alors en position axiale. En outre, il était chargé des coups de pied arrêtés." nous rappelle cet observateur. 

Sur l'apport de Kakuta, Haise répond sans détour. "On se devait de créer du lien entre nos milieux, y compris les pistons et nos joueurs offensifs, notamment nos 2 attaquants. Je voulais des attaquants plus proches les uns des autre.

La variante commune à chaque équipe est cette modification du triangle du milieu. L'on peut alors trouver parfois deux meneurs offensifs, assez libres dans leur positionnement. "Ziani était parfois associé à Debève, qui savait couvrir énormément de terrain. À d'autres moments, c'est Foé qui tenait ce rôle, tant sa capacité à avancer était grande." nous explique ce supporter passionné.

Idem sous l'ère Müller où Pedron pouvait être associé à Sibierski qui occupait une sorte de rôle de neuf et demi alors que Pedron avait la liberté d'occuper le flanc gauche et l'axe du terrain. Ce choix se faisait au détriment d'un milieu plus défensif qui pouvait être aligné avec Blanchard.

En 2021, comme évoqué plus haut, Fofana et Clauss peuvent se muer en électrons libres et s'ajouter à Kakuta pour déjouer l'organisation défensive adverse.

L'animation asymétrique

Afin de faire apparaître ces chemins de passes dans l'axe du terrain, c'est à dire dans le cœur de l'organisation défensive adverse, les coachs lensois apportent une importance fondamentale à l'utilisation de la largeur du terrain. 

D'où le rôle crucial joué par les latéraux. En 1998, Sikora occupait le flanc droit, tandis qu'à gauche pouvait alterner tantôt Lachor tantôt Brunel (voir illustration) lorsque le Druide alignait une équipe asymétrique. En 2002, Müller confia l'animation des côtés à Coly (profil offensif) et à Traoré, Lachor (profils plus défensifs).

L'idée est d'abord avoir des joueurs spécialistes du poste mais aussi et surtout d'aligner sur chaque flanc du terrain un profil différent. Si à gauche, je positionne un offensif, à droite je privilégie un rôle plus défensif. Et vice versa.

À lire aussi : La solution asymétrique

Ce choix génère une asymétrie qui elle-même se trouve à la base du déséquilibre censé provoquer chez l'équipe adverse un début de désorganisation. "Le Druide pouvait aligner Brunel côté gauche et ainsi faire jouer son équipe sans latéral gauche."

Même folie chez Müller qui pouvait confier le côté gauche à Pedron, au profil clairement offensif, afin de positionner Sibierski, Diop, Diouf et Moreira ensemble.

Des similarités qui sont plus que de simples coïncidences et qui signifient pour le RCL de belles émotions et de beaux succès obtenus.

Car arrivés sur la pointe des pieds, chacun de ces coachs a marqué le club artésien à sa manière : Leclercq champion de France dès sa première saison, Müller vice-champion de France et élu meilleur coach UNFP, et enfin Haise actuel 5e du classement et en passe de ramener l'Europe à Bollaert l'an prochain.


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