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La solution asymétrique


Lens continue de surprendre à l'image de son match dans l'Hérault (2-1), remporté notamment grâce à un dispositif tactique asymétrique.

L'un des nombreux points forts de Franck Haise, l'entraîneur lensois, est son approche tactique des rencontres que son équipe a à disputer. Dans son esprit, le mode opératoire est simple. "Il y a une base, des principes claires et a côté, chacun essaye d’ajouter un peu de sel, de poivre ou de piment, pour ne pas être trop lisible".

Le coach fixe donc le cadre général ainsi que le cap et laisse libre court à ses idées lorsqu'il s'agit d'innover et d'inventer à l'intérieur de cet espace. Car Haise fait partie de ces entraîneurs hybrides, c'est à dire, à mi-chemin entre la volonté de poser des problèmes à l'adversaire et celle d'apporter des réponses aux plans établis par l'équipe qu'il affronte. "Chaque entraîneur travaille avec son staff pour qu’il y ait toujours des petites adaptations en fonction des soucis que peuvent poser les adversaires mais aussi des adaptations pour leur en poser."

Avec le staff, on a des convictions fortes sur ce que l’on fait. On les partage avec les joueurs au quotidien, mais on sait aussi que ce n’est pas ça qui va nous faire gagner tous les matchs.

Concrètement, au RCL, cela se traduit ainsi. L'esprit général de jeu est constant depuis l'entame de la saison : l'équipe cherche la maîtrise des espaces et du temps. Des espaces, à travers son dispositif tourné vers la largeur du terrain (3-4-1-2), qu'il utilise en phase d'attaque en sollicitant activement les ailes, mais aussi en phase défensive, en obligeant l'adversaire à passer par l'axe du terrain. Et du temps, en alternant lorsqu'elle attaque, les combinaisons de passes et la possession, avec un jeu de projections verticales plus direct fait de longues passes à destination des attaquants, utilisés dans un rôle de pivots. Alors qu'en phase de repli, l'idée de maîtrise du temps se retrouve dans la volonté de couper toute progression rapide adverse, par le pressing collectif et par le positionnement.

Haise, lui, le résume ainsi. "Sans rentrer dans les détails, on doit être une équipe difficile à bouger. On arrive, on est promu, je ne vais pas dire : "On va prendre le ballon et on ne va pas le rendre à l’adversaire". Il faut d’abord qu’on soit une équipe compacte, intelligente quand elle défend. J’aime bien les gens qui sont en lecture. J’aime éveiller la curiosité des joueurs parce qu’on gagne du temps. Après, on doit être en mesure d’attaquer vite et bien, de trouver des déséquilibres, de sortir avec variété le ballon, Je ne vais pas résumer mes principes en les décrivant l’un après l’autre. Voilà les grandes idées."

À relire : La mutation tactique

Tout ça, c'est pour l'esprit général donc. Pour le reste, rien n'est inscrit dans le marbre. Et le coach tient à cette capacité d'adaptation voire de métamorphose. "Déformer le triangle est une chose qui permet de créer du mouvement, sur le jeu de position on peut avoir une pointe basse ou un double pivot, ce sont des options en fonction aussi de ce que peut proposer l’adversaire. Il y a d’autres choses qu’on peut faire avec les pistons, comme des choses plus asymétriques par exemple."


Les quelques modulations asymétriques observées contre Montpellier le 30/01/2021. © Lens absolu


L'asymétrie est un terme à la mode dans le football d'aujourd'hui lorsqu'on évoque la tactique. Elle fut, notamment, utilisée par Didier Deschamps lors du dernier sacre mondial des Bleus en Russie. La clé était notamment ce poste d'ailier gauche dans le 4-2-3-1 français, occupé par Blaise Matuidi. L'ex joueur parisien se positionnait en effet beaucoup plus bas et à l'intérieur du jeu que son alter égo côté droit Mbappé.

La notion d'asymétrie indique donc ici un espace inoccupé soit dans la première ligne offensive, soit dans la deuxième, et fait que le dispositif peut prendre plusieurs formes selon les déplacements plutôt libres des joueurs, et l'utilisation du ballon. 


Lorsque les deux schémas sont identiques, chaque adversaire sait où trouver son vis-à-vis. Lorsque vous introduisez de l'asymétrie, vos adversaires peuvent se sentir déboussolés !


L'objectif de Franck Haise est donc toujours de surprendre l'adversaire en déjouant ses attentes, surtout lorsque ce dernier utilise un dispositif similaire, comme c'était le cas du Montpellier de Der Zakarian. Avec sa défense à 5 éléments, il était clair pour les lensois que leur habituelle utilisation des couloirs allaient s'avérer plus délicate. Aussi, avec leur coach, ils ont imaginé ces formes hybrides dans leur positionnement et dans l'animation. "L'essentiel dans le foot est de créer des espaces ! observe ce consultant. Il vous faut donc nécessairement mettre en place des choses innovantes pour en créer."

Et l'innovation plaît à Franck Haise qui semble toujours en recherche d'idées nouvelles s'agissant du football. Il n'a ainsi pas hésité à déformer son équipe pour trouver de nouvelles solutions. On a donc vu Fofana, Clauss, Kakuta, Michelin ou Sotoca sortir de leur zone initiale pour jouer les troubles fêtes entre les lignes adverses. "Vous avez certaines parties durant lesquelles deux organisations se calquent l'une sur l'autre, explique Reynald Denoueix, l'ex entraîneur nantais. L'asymétrie vous permet de sortir de cela. Lorsque les deux schémas sont identiques, chaque adversaire sait où trouver son vis-à-vis. Lorsque vous introduisez de l'asymétrie, vos adversaires peuvent se sentir déboussolés. C'est quelque chose que vous pouvez mettre en place sur un match, si vous avez identifié une faille chez l'adversaire."


L'autre idée à laquelle l'asymétrie répond est celle d'enrichir l'organisation en affectant des profils différents sur des postes identiques. La variété des capacités qui en découle apporte indubitablement un plus selon bon nombres d'entraîneurs, dont Haise semble faire partie. Aussi, sur les postes de pistons, il n'hésite pas à placer Clauss à droite qui a des caractéristiques beaucoup plus offensives que Haïdara côté gauche.

Dans le foot, à un moment, il faut être pragmatique, les gens attendent que l’on gagne des matchs. C’est un peu réducteur de dire ça, évidemment, je le fais un peu exprès, mais l’entraîneur doit finalement transmettre à ses joueurs qu’ils sont les premiers acteurs, les premières personnes à pouvoir influer sur le cours du match. Le rôle de l’entraîneur et de staff, c’est de faire en sorte de les amener à réfléchir, à vivre des situations.

Même idée concernant Michelin pour suppléer l'absence de Gradit en défense centrale. Alors que son physique et ses caractéristiques ne se prêtent pas de prime abord à ce genre de rôle, sa rapidité et sa qualité technique ont finalement beaucoup apporté au jeu lensois. Il a permis de couvrir le côté droit délaissé par Clauss, tout en bénéficiant d'une relance assurée par la précision des passes de l'habituel latéral.

La méthode lensoise sur cette rencontre est en tout cas l'illustration d'un élément essentiel dans l'approche de Haise depuis sa prise de fonction, à savoir son ambition. Pour rappel, à l'orée de cette saison, et alors que le maintien était érigé comme seul et unique objectif, faisant du résultat obtenu le seul prisme de lecture de réussite ou d'échec de son équipe, le coach sang et or dénotait en soulignant l'ambition dans le jeu qu'il comptait transmettre à ses hommes.

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Cet état d'esprit s'exprime, dès lors, par une recherche d'amélioration continue qui irrigue le groupe sang et or cette saison. Elle influe sur le jeu employé mais également dans la gestion des hommes, toujours plus adaptée aux capacités de chacun. "L’entraîneur doit avoir la volonté de faire progresser chacun, dans des compartiments différents : technique, tactique, aspect athlétique, gestion des émotions. Il y a toujours moyen de trouver des axes de progrès." rappelle Haise.

L'asymétrie, n'est donc qu'un levier parmi d'autres ! Il répond en tout cas aux besoins du RCL lorsqu'il affronte des équipes calquées sur son organisation, et permet aux joueurs de pouvoir s'exprimer encore plus librement sur le terrain. En gardant en tête ce principe élémentaire, que le coach Sang et Or aime répéter pour garder les pieds sur terre. "La meilleure tactique ne gagne pas toujours. Des fois, un match se joue sur rien."



Credit Photo - Icon Sport

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