Sauver les meubles



L'allégement de la masse salariale est un des leviers souhaités par les clubs pour faire face à la crise.

Les dirigeants de clubs ont sollicité l'UNFP (Union nationale des footballeurs pro) pour discuter d'alternatives face à la crise sanitaire. La principale piste est bien entendu l'allégement des masses salariales en obtenant une baisse générale des salaires des joueurs.

Dans son dernier rapport publié portant sur la saison 2018-2019, la LFP indique notamment que "la masse salariale chargée est le principal poste de dépenses des clubs (54% du total des charges d'exploitation)". Cette masse salariale contient, en outre, la part fixe des joueurs pro & non pro, leurs primes variables, les parts fixes & variables du staff et des autres personnels.

Dans cette somme de dépenses de personnel, les "joueurs professionnels représentent 73% de la rémunération chargée des clubs". L'on comprend donc assez bien, du point de vue des chiffres, pourquoi les salaires des joueurs pro sont ciblés dans une démarche d'économies structurelles.

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Là où les choses se compliquent, c'est du point de vue de la gestion de la négociation qui devrait avoir lieu dans chaque club professionnel du pays, comme en appel l'UNFP. Car agir sur la masse salariale d'une entreprise n'est jamais un acte anodin et ne se ressemble en rien d'un club à un autre en L1. "On va accompagner nos joueurs sur du cas pas cas, a expliqué à l'AFP Sylvain Kastendeuch, co-président du syndic, dont 94% des joueurs sont adhérents. Les situations sont tellement disparates qu'il était compliqué voire contreproductif de partir sur des mesures cadres ou collectives."

"Piloter efficacement la masse salariale de l’entreprise consiste à trouver le juste milieu entre deux éléments : parvenir à satisfaire financièrement ses salariés, et donc les retenir et les motiver (même s’il ne s’agit bien entendu pas de l’unique facteur de motivation en football), et faire en sorte que le poids de la masse salariale de l’entreprise soit conforme à son secteur d’activité et permette à l’entreprise de prospérer, nous explique ce responsable RH d'une PME. La gestion de la masse salariale consiste donc à la fois à faire la gestion financière et de la gestion de personnel."

Une gestion financière et une gestion de personnel

Une gestion financière et une gestion de personnel que les clubs vont devoir assumer pour survivre à court et moyen termes. 

Financièrement, la crise actuelle est gigantesque. Elle prend sa source dans l'épidémie de Covid-19, qui a rognée les revenus  des clubs (billetterie, merchandising, mutation de joueurs). "Pour chaque rencontre disputée à huis clos, le manque à gagner s’élève à 450 000 €" rappelait récemment Joseph Oughourlian. 


Cette crise s'est ensuite aggravée du fait du défaut de paiement du nouvel acquéreur des droits de diffusion, le groupe Sino-espagnol Médiapro, qui prévoyait d'arroser les comptes des clubs de quelques 800 M€ chaque saison pendant 4 ans.

En projetant le manque à gagner actuel jusqu'en 2024, le foot français pourrait devoir faire une croix sur près de 1,5 milliard d'euros. Une somme colossale qui remet en question l'avenir de beaucoup d'équipes. D'où l'appel à la négociation avec les joueurs.

Sauver le football français et la saison actuelle

L'autre pan de la crise est donc social puisqu'il touche les rémunérations. En avril dernier, déjà, un dialogue social avait été entrepris, débouchant sur un accord de réduction de salaires temporaire des joueurs pros. "Le solde de la rémunération brute mensuelle non versée sera donc exigible et payé sans réserve aux joueurs concernés le mois suivant le dernier match officiel de la saison", décrivait l'acte juridique.

Un système de barème avait été mis en place, analogue aux tranches d'imposition en vigueur dans notre pays à propos de l'impôt sur le revenu. "Le principe d’égalité fiscale est d’abord entendu comme l’égalité des contribuables devant l’impôt, nous explique ce fiscaliste passionné. C’est le fondement de la justice fiscale, même si c’est insuffisant pour la déterminer. Certains pensent que celle-ci supposerait une stricte proportionnalité fiscale, alors que le législateur a pu, sans méconnaître l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, mettre en place des taux progressifs afin d’assurer une répartition plus juste de la charge fiscale et de favoriser une égalité de sacrifices financiers (on comprend bien, par exemple, que payer 20% de son revenu est un effort plus important pour un ménage aux revenus modestes, compte tenu de la part élevée qu’il doit consacrer à la couverture de besoins élémentaires – alimentation, logement, chauffage…).

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La clé de la négociation est là : savoir adapter l'effort de réduction à hauteur des salaires des joueurs et du poids des charges dans ces derniers. "On ne gère pas la situation d'un joueur de 18 ans comme celle d'un autre de 30 ans" note Jean-Pierre Caillot le président rémois. Les efforts pourront donc être plus importants à consentir pour les quelques stars du championnat dont le salaire mensuel chargé flirte avec les 6 chiffres.

Le plus haut salaire du RCL : 100 k€ mensuels chargés

Dans l'attente d'un accord, la LFP a pour sa part communiqué, sur un ton cataclysmique au sujet de cet appel à la négociation lancé par le syndicat des joueurs. "Les modalités d'un éventuel accord de réduction des rémunérations des joueurs pourraient permettre de sauver le football professionnel et de voir la saison actuelle aller à son terme."


Du côté du RCL, peu d'éléments de salaires sont connus, et l'éventualité d'une négociation n'a pas encore été évoquée par le board artésien. Cela dit, on sait que les cadres du vestiaire (Yannick Cahuzac, Jean Louis Leca, Steven Fortes et Massadio Haïdara) touchaient, l'an dernier, une rémunération (fixe+variable) comprise entre 25 et 30 k€ bruts mensuels. En ajoutant les charges patronales (42% du salaire brut environ), on atteint pour 30 k€, un coût de 42 k€ mensuels.

En projetant une revalorisation des salaires consécutive à l'accession en L1, on imagine que les plus hauts salaires nordistes avoisineraient cette saison avec les 80 k€ chargés. Le plus haut étant celui de la recrue phare, Seko Fofana, dont l'estimation de salaire chargé atteint les 99 k€ mensuels.

Des économies qu'il est impératif de réaliser pour Lens, quand bien même le club a présenté un budget raisonnable à la DNCG, s'élevant à 46 M€. Ce dernier intégrait malgré tout, pour sa partie recettes, près de 35M€ de droits TV.  "Il est évident que les clubs français sont actuellement en grand danger, puisque les rentrées d’argent sont quasi nulles, admet JO. Il faudra sans doute diversifier nos sources de revenus pour devenir moins dépendant des seuls droits TV."

Les mutations de joueurs, font parties des solutions à disposition du club, l'effectif pro étant doté de quelques éléments attractifs, que le marché observe. Une ressource financière non négligeable en vue des mois difficiles qui seront, quoiqu'ils arrivent, difficiles.



Photos : rmc, voix du nord, ouest france.