On dirait le sud



Lens s'est imposé à Marseille (0-1) avec la manière.

En proie à des difficultés ces dernières rencontres et à des résultats en deçà de ceux obtenus depuis le début de la saison, l'équipe nordiste a frappé les esprits en s'imposant au stade Vélodrome en match en retard de la 9e journée.

Ce succès est intervenu alors que les principes de jeu du RCL semblaient être arrivés à bout de souffle sur certaines séquences entrevues contre Strasbourg (0-1) ou Nantes (1-1). Pour autant, les hommes de Haise ont entamé le match fidèles à leurs idées et à la conviction de leur entraîneur. "On restait sur trois matchs sans victoire, mais il y avait de bonnes choses à retenir. On ne s’est jamais affolé et on a gardé notre sérénité" confie Steven Fortès.

Jeu en triangle

Rappelons brièvement le concept de jeu lensois cette saison. Articulé autour du 3-4-1-2, il est basé principalement sur une animation de jeu au sol avec l'utilisation fréquente de redoublements de passes impliquant 2 voire 3 joueurs. Haise, depuis sa prise de fonction, a en effet instauré une habitude de mobilité dans son équipe. Que ce soit en phase de possession ou en phase de récupération, tous les joueurs sang et or sont ainsi inscrits dans un mouvement coordonné du bloc. 

Lorsqu'un lensois porte le ballon, Haise souhaite voir ses joueurs proposer des appels durant chaque temps de passes. Pour passer un adversaire, ce dernier va très souvent s’aider d’un partenaire en appui qui va lui remettre le ballon en une ou deux touches. Le porteur passe ensuite directement à un troisième joueur qui a fait un appel court ou en profondeur. Ce rôle est généralement tenu par les pistons, l'équipe lensoise étant celle qui centre le plus en L1.

Le principe du triangle est donc que le porteur a deux partenaires qui lui proposent une solution. Les partenaires peuvent être en appui, en soutien ou en profondeur. Le triangle est en constante évolution.

Alternance jeu court - jeu long

Toutefois, le RCL made in Haise est une équipe protéiforme. En ce sens qu'elle sait aussi user du jeu long et miser sur davantage de verticalité dans ses attaques. Toujours animé autour d'un triangle, le jeu à 3 selon Haise doit permettre également de jouer court à 2 pour rechercher ensuite un joueur en profondeur, le but étant de déstabiliser la défense adverse. Cette situation peut également permettre un renversement de jeu.

À la perte de balle, les promus ont pour consigne de défendre en avançant. Derrière cette expression couramment utilisée dans le football se cache une volonté d'harcèlement du porteur de balle adverse afin d'empêcher au maximum la progression de l'action.



Les lensois vont donc très souvent cadrer le porteur de balle en réduisant les espaces de jeu adverses, mais également ceux figurant entre les lignes de l'équipe tout en coupant les lignes de passes. Les attaquants doivent garder cette faculté de pouvoir changer de statut, c'est à dire de passer de leur rôle premier à un plus secondaire, à savoir défenseur. Cette métamorphose est primordiale pour empêcher une projection rapide de l'adversaire vers le but de Leca.

Maîtrise de l'espace-temps

Cette maîtrise de l'espace et du temps, c'est à dire de pouvoir quadriller le terrain à sa guise tout en dictant le tempo des différentes phases de jeu, est à mettre à l'actif de Franck Haise et de son staff qui n'ont de cesse de travailler ces notions depuis leur prise de fonction.

Aussi, les joueurs Sang et Or ont parfaitement su intégrer ces principes de jeu, ce qui fait du RCL une équipe très difficilement maniable lorsqu'on cherche à lui imposer un rapport de force. 

Les seules équipes qui parviennent à mettre en difficulté la mécanique artésienne sont celles qui d'une manière plus ou moins recherchée, ont choisi de lui laisser toutes les initiatives de jeu en ne se focalisant que sur les éventuelles erreurs commises pour mieux les exploiter lorsque les faits de match le permettent.

Car la faille du concept de jeu lensois, basé on l'a vu sur une habitude de mobilité et d'implication de toute l'équipe dans chaque temps de jeu, est la transition, c'est à dire ce moment où le onze doit muter d'une fonction à une autre.

Solides et fidèles, les lensois

Happés par l'enthousiasme offensif de son entraîneur, qui l'a lui-même puisé dans l'ADN du club, les lensois sont parfois pris à revers par des adversaires très habiles et rapides en contre-attaques. Une contrepartie que Haise et ses hommes apprennent à accepter en restant fidèles à leurs principes, comme ils l'ont démontré hier contre Marseille.

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En suivant cette ligne, le RCL possède à la 20ème journée, un total de 31 points et a d'ores et déjà atteint son objectif de maintien dans l'élite. La revue à la hausse des objectifs n'est d'ailleurs plus un sujet tabou en Artois. "On a 31 points après 20 journées, c’est assez confortable, note Haise. Par la qualité du travail et l’investissement on peut continuer à définir des objectifs en étant ambitieux dans notre état d’esprit et notre jeu".


On dirait le Sud

Le temps dure longtemps

Et la vie sûrement

Plus d'un million d'années

Et toujours en été.



Photos : francetvinfos, butfootballclub.fr