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Les vertus du doute



Avoir des objectifs est motivant, c'est acquis. Mais qu'en est-il de leur atteinte ?

En tant que promu, le RCL a forcément endossé le costume du club à objectif unique cette saison. Ce dernier étant bien entendu le maintien dans l'élite. Philosophiquement et sportivement tout se tient : lorsqu'on parvient au sommet, on souhaite en premier lieu y rester. "Il faut bien l'avouer, le premier objectif, c'est d'y rester et pérenniser le club à ce niveau." cédait Franck Haise en mai dernier, à l'orée du nouvel exercice.

Après des années de purgatoire, les Sang et Or ont connu le bonheur de remonter dans l'élite, à la faveur d'une saison avortée avant son dénouement. Dès lors, tout fut mis en place pour aborder au mieux ce retour aux sources, aussi bien au niveau du décisionnel et du stratégique que de l'opérationnel.

D'un point de vue stratégique, Joseph Oughourlian a choisi le levier de l'augmentation de capital pour combler les dettes opérationnelles du club, et n'a également pas hésité à investir durant le mercato estival. 

SMART, lag & lead measures

Dans la gestion de l'effectif, la méthode est restée en revanche assez similaire à celle mise en place l'an dernier en L2. Un management par objectif a ainsi été proposé aux joueurs. "C'est une approche de gestion des performances qui vise à concilier les objectifs des joueurs avec ceux du club auquel ils appartiennent".

L'objectif principal assigné à l'équipe fut évidemment très simple : d'obtenir le maintien en L1. En ce sens, il répond parfaitement à la méthode SMART, bien connue des entreprises et des manuels spécialisés de développement personnel. "Cette méthode consiste à rendre nos objectifs Spécifiques, Mesurables, Ambitieux, Réalistes, Temporels." nous explique ce consultant en entreprise.

"Chacune des notions est fondamentale. Un objectif doit être spécifique, c'est à dire, qu'il ne doit pas laisser place à l'interprétation. Son côté mesurable doit nous permettre de quantifier notre avancement, tandis que l'aspect ambitieux évoque le fait que l'objectif doit en valoir la peine. Il faut enfin qu'il soit réaliste, c'est à dire en phase avec nos capacités, et inscrit dans le temps, autrement dit défini et limité."

La définition et l'assignation de l'objectif au groupe ont parfaitement été menées par Franck Haise et son staff. En retour, ils ont aussi pris en compte les objectifs individuels des joueurs lorsque ces derniers s'inscrivaient dans la démarche du club. "Le maintien reste l'objectif majeur, mais j'ai mon objectif personnel que je garde pour moi pour l'instant" confiait à ce sujet Seko Fofana, la recrue phare du mercato nordiste.

Le syndrome de l'après-course

Alors que la moitié du parcours est en passe d'être atteinte, le club artésien performe dans tous les indicateurs de suivi établis !

"Peu de promus se donne un tableau de marche à 27 points en 17 matches. C’est évidemment au-dessus de notre plan, se félicite le coach. Il va falloir garder notre qualité de travail, ce qui fait notre force sur l’intensité. Il faut garder l’un des points essentiels, c’est-à-dire l’état d’esprit des joueurs. Ce sera compliqué d’avoir ce ratio de points, mais peu importe. Le plus important sera de rester dans nos valeurs et le jeu que l’on produit. "

L'ex entraîneur de la réserve en a conscience : alors qu'il a mobilisé son groupe autour d'un but commun, la dispersion guette à mesure que le but approche. Le ressort psychologique est connu, et il s'appelle le syndrome de l'après-course.

"Nombreux sont les sportifs professionnels qui parlent d’un vide ressenti une fois le but ultime touché. Lorsque s'y ajoutent une fatigue physique et un organisme qui a épuisé une partie de ses ressources, la sensation de dépression peut s’installer progressivement." affirme Marie-France Tremblay, psychologue sportive. 

Aussi, afin de prévenir toute amorce de baisse d'investissement éventuelle, Haise a préféré établir un cheminement d'objectifs à atteindre au cours de la saison. "La recherche du maintien ne doit pas empêcher l'ambition et de viser le plus haut possible. Restons humbles mais soyons ambitieux !" lançait-il aux journalistes.

Supporter l'incertitude

Ce discours prend de la teneur aujourd'hui alors que ses hommes ont atteint, selon nos estimations, 90% de l'objectif initial, au bout de 17 rencontres jouées. Car avec 27 points engrangés, le RCL ne devrait plus être inquiété par le fantôme de la relégation cette saison, et a donc le devoir de viser plus haut.

Haise tient tout de même a rappelé l'essentiel. "La mission n’a pas changé. Le maintien ! Tant qu’on n’aura pas les points, cette première mission ne sera pas remplie." Avant de se projeter sur la suite. "Il faut que les doutes restent. Avec la confiance qui a été acquise, mais il faut que les doutes restent si on veut rester performants".

L'ambition de l'entraîneur lensois est donc le doute. Celui qui pousse à avancer et à apprendre ! Celui qui sert l'humilité et les valeurs de combat. Celui qui grandit et qui soulève. Une idée à laquelle a répondue Emmanuel Kant, en son temps "On mesure l’intelligence d’un homme à la mesure d’incertitude qu’il peut supporter."

Haise explose définitivement les compteurs.
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