La vie ne suffit pas



En pleine crise, le bonheur.

"La mort d'une chose permet la naissance d'une autre chose" écrivait ce poète génial qu'était Fernando Pessoa dans son livre de l'intranquillité en 1982. Il ne pensait pas que ses mots toucheraient bien des années plus tard, le cœur de tous les passionnés du RCL ! 

Car les morts d'un monde, de centaines de milliers de personnes et peut-être même d'un modèle de société pourtant solidement établi depuis des lustres, ont vu la renaissance au plus haut niveau national du club artésien. Un club qui a retrouvé ses couleurs au moment où le monde perdait de son sens !

Une année s'achève donc selon le calendrier en vigueur ici depuis environ cinq siècles "Le calendrier grégorien est un calendrier solaire conçu à la fin du XVIe siècle pour corriger la dérive séculaire du calendrier julien alors en usage, nous explique ce spécialiste en théologie. À la demande de Grégoire XIII -le François de l'époque- des mathématiciens et des astronomes jésuites des universités de Salamanque et de Coimbra préparèrent les bases d'un nouveau calendrier".

Retrouver le temps d'avant ?

Une année s'achève mais uniquement sur le papier. Car les conditions de vies que nous connaissons tous en Europe depuis plusieurs mois ne vont pas, elles, s'arrêter du jour au lendemain. Les masques ne sont pas tombés à l'aube du premier jour de janvier, ni ces fameux gestes barrières que nous effectuons tous machinalement. Non, les jours se suivent et se confondent dans le rythme effréné du temps insoluble du cosmos.

Une année s'achève, disais-je. Une année que beaucoup souhaiteraient oublier au plus vite pour retrouver le temps d'avant la crise sanitaire. Un temps où les seules crises étaient environnementale et sociale, c'est à dire, pas suffisamment marquantes pour ne plus s'amuser, sortir ou se divertir. 

Une année s'achève et elle restera gravée dans le cœur des amoureux du Racing, générant ainsi en chacun une délicieuse ambivalence ! Car c'est elle qui aura vu le club retrouver la L1 sans avoir à passer par la case Comex de la FFF pour entériner l'accession, comme ce fut le cas en 2014.

Certes, elle n'a pas permis la liesse populaire que chacun imagine, mais elle a offert une joie intérieure à chaque âme teintée de sang et d'or.

L'effet Haise

Cette année a également intronisé Franck Haise aux commandes de l'équipe, en remplacement de Philippe Montanier, alors que le RCL se trouvait à la 3e place du classement de L2. Les deux victoires d'avant chaos sanitaire décrochées par le nouvel entraîneur ont permis à Lens, quelques semaines plus tard, de bénéficier du second ticket synonyme de L1 !

Reconduit pour cette nouvelle saison, l'ex joueur de Laval a ainsi insufflé à l'équipe toute sa science du jeu au travers de ce système en 3-4-2-1, permettant à tous les joueurs de pouvoir s'exprimer au maximum de leurs capacités. Son approche managériale, et le développement des aspects hors terrain comme conditions sine qua non au bon équilibre du groupe et des joueurs, permettent à Lens d'être dans le top 10 de L1.


La bonne gestion du mercato ainsi que la santé économique du club, au beau fixe depuis l'arrivée de Joseph Oughourlian à la tête du Racing, font ainsi couler des jours heureux à tous les supporters artésiens, habitués à manger leur pain noir depuis de longues années.

Inversement des pôles

L'inversement des pôles a quelque chose de subtil mais aussi d'effrayant. Subtil car l'on souhaiterait que cette mécanique se poursuive, permettant au RCL de flirter avec le haut du classement de L1 tout en poursuivant son expansion de manière ordonnée, maîtrisée et humaine.

Mais effrayant car chacun souhaite en ce premier jour de l'année, l'avènement d'une table rase généralisée, permettant d'oublier au plus vite ces temps contrariés de l'épidémie et de la contagion.

Un dilemme que seul Pessoa peut nous aider à surmonter. “La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas.

Le RC Lens est la preuve que la vie ne suffit pas.