La guerre de transition


La défaite subie contre Strasbourg (0-1) a mis en exergue une évidence : le RCL peine dans sa gestion des espaces.

Un match de football n'est finalement qu'une somme d'indices faisant l’environnement du jeu : le ballon, le porteur de balle, les partenaires et les adversaires. Tout le travail des entraînements est donc de coordonner deux points de vue : celui que le joueur possède à titre individuel avec l'expression collective de l'équipe à laquelle il appartient.

L'entraîneur cherchera donc à perfectionner deux phases particulièrement importantes dans les rencontres de football : la possession du ballon et la perte de ballon. Le passage de l'une à l'autre de ces phases s'appelle la fameuse transition, si célèbre dans le jeu d'aujourd'hui.

Célèbre car c'est dans cette transition que se détectent généralement ce que l'on appelle "les détails" dans le foot de haut niveau. Plus cette transition sera fluide et rapide, plus l'équipe sera difficile à déséquilibrer et donc à battre ! "Les grandes équipes bâtissent essentiellement leurs victoires au cours des quelques secondes qui surgissent à la perte du ballon ou à la récupération." rappelle d'ailleurs très souvent Guus Hiddink.

Une possession inoffensive ?

Le RCL de Franck Haise a des lacunes récurrentes dans cette phase mais aussi au moment où il porte le ballon : sa possession de balle bien qu'importante selon son ratio (aux environs de 52% en moyenne cette saison) n'est pas suffisamment percutante et tranchante pour mettre en difficulté toutes ces équipes "bien en place" qu'il affronte.


Les chiffres confirment cette analyse. Le RC Lens est ainsi l'une des équipes dont la possession de balle moyenne est supérieure à % la moins bien classée (devant Nice). Suffisant pour se dire que le club nordiste souffre du syndrome de la possession stérile ? "Repartir de derrière pour ne pas se créer d'occasions, ça sert à quoi ? se demandait Didier Deschamps en 2017.

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Par ailleurs, son placement à la perte du ballon n'est pas non plus optimal, notamment lorsque l'adversaire mise sur le jeu direct de contre-attaque, et exploite l'étirement vertical conséquent du bloc sang et or.

Il faut dire que les artésiens, lorsqu'ils sont en possession du ballon, cherche à avancer collectivement en variant leur jeu : appuis intérieurs, remises, séquences de passes répétées, projections sur les côtés. Bien souvent, ces mouvements se concluent par un centre amenant un tir ou une tête d'un attaquant démarqué.

Gestion des espaces

Mais lorsque cette phase n'aboutie pas au résultat attendu et que l'adversaire récupère le ballon prématurément, Lens est alors quasiment à chaque fois en danger ! "Le message qu’avec le staff nous faisons passer c’est que l’on joue les matches pour marquer des buts, rappellait Haise après le succès à Monaco (0-3). On ne commence pas en se disant qu’il ne faut pas en prendre mais qu’il faut en marquer. On joue pour gagner et pour ça, il faut marquer. On met nos options et animations en place pour marquer, de différentes manières. D’ailleurs on est plutôt bien équilibrés concernant nos attaques placées, coup de pied arrêtés ou transitions."

Un équilibre qui s'est quelque peu fracturé depuis, que ce soit à Metz (0-2) ou contre Strasbourg (0-1). À chaque fois, le Racing a eu le ballon mais n'a pas su se montrer suffisamment dangereux et efficace pour scorer. 

Illustration : entrainementfootballpro.fr


La principale difficulté rencontrée par les hommes de Haise est cette gestion des espaces en phase de possession ou comment passer de l'espace de conservation à celui de progression jusqu'à atteindre ce point de déséquilibre qui génère une occasion de but.

À retenir : Lens a dépassé 8 fois cette saison le taux de 60% de possession au cours d'un match. Le bilan y est de 3V, 1N et 4 D.

Aussi, on a fréquemment assisté, dans ces deux rencontres, à un enchaînement de passes latérales dans l'espace de conservation avant de tenter une transition plus longue vers Kakuta, chargé de trouver la solution individuellement ou vers un attaquant qui décroche entre les lignes pour une déviation ou une remise.

Dépendant de l'efficacité

Pas toujours suffisant pour faire la différence auprès d'adversaires, qui ont dorénavant analysés les schémas de jeu du RCL, et ont donc trouvé certaines parades pour contrarier les plans sang et or. Bloquer les couloirs, étouffer Kakuta et gêner la première relance assurée par les deux stoppeurs lensois. "On savait comment leur faire mal" confirme Thierry Laurey, le coach strasbourgeois.

Tournée vers l'attaque, l'équipe artésienne n'hésite pas à se découvrir généreusement pour chercher à marquer, au détriment parfois de son placement défensif et de tout principe de prudence. Une prise de risque qui se retourne contre elle lorsque l'efficacité n'est pas au rendez-vous. "On a besoin d'être très efficace, confirme le coach. Quand on prend la possession, il faut aussi être plus solide et plus équilibré sur les transitions offensives. On est un peu trop emporté par le jeu." confirme Haise.

Un amour de l'offensive ancré dans l'ADN lensois mais qui peut s'avérer problématique lorsque la transition n'est pas optimale. "On est vulnérable à la perte de balle, a déjà reconnu Franck Haise. C'est un de nos problèmes le plus important depuis quelque temps. On n'est plus aussi compact, on n'accompagne pas le porteur ou on n'a pas mis de sécurité sur le marquage offensif. L'adversaire est souvent de qualité et sait bien l'utiliser. Les causes sont multifactorielles. Après avoir été bien, voire très bien individuellement et collectivement, il y a peut-être eu un relâchement."

Fermer les intervalles

Haise pointe ainsi plusieurs éléments défaillants : le pression à la perte de balle, c'est à dire au départ de l'action adverse, le comportement défensif des joueurs (erreurs individuelles et collectives) et enfin la gestion des espaces (le repli) décrits plus haut qui se transposent lorsque le Racing perd le ballon.

Des failles purement techniques décrites précisément par l'ex coach de la réserve après la défaite contre Strasbourg. "C’est pourtant tellement simple à régler, il suffit de fermer l’intervalle, mais on ne l’a pas fait." 



S'agissant du repli défensif, là encore, le RCL connaît des soucis récurrents. Certains l'attribuent au dispositif tactique (3-4-2-1) dont le principal inconvénient recensé est précisément ces espaces laissés derrière soi lorsqu'on attaque. 

Pas pour Haise qui renvoie aux capacités de ses joueurs. "On doit être en mesure de s’adapter et de poser des problèmes à l’adversaire quand on est contrés". Pour rappel, le repli défensif se définit comme "une organisation collective visant à interdire la 1ère passe de l’adversaire vers l’avant", mais aussi comme "le repositionnement des joueurs dans le dispositif défensif afin de construire une série de rideaux".

Vulnérables dans le repli

Une phase qui voit les défenseurs artésiens se retrouver trop souvent en un contre un face aux attaquants adverses. "C’est de la lecture de situation ! s'agace Haise. il faut savoir s’il peut y avoir danger et si oui où il se trouve. Contre Strasbourg sur le but, il ne pouvait venir que dans l’axe, c’est là qu’il fallait fermer et pas dans le couloir. Mais on n’est également pas assez agressif dès le départ de l’action."

Techniquement cela se traduit par un recul frein collectif dans l'axe défaillant, une protection des couloirs pas suffisamment assurée et un pressing trop bas de l'adversaire à la perte de balle, qui a ainsi le loisir de pouvoir se projeter très rapidement devant le but lensois.

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Néanmoins, le très bon classement de l'équipe (top 10 de L1) ainsi que les qualités confirmées de son groupe, ne laissent pas Haise très inquiet pour la suite. "On a une équipe qui a des repères dans le jeu, qui a un état d’esprit qui lui permet de rebondir même quand elle n’a pas été récompensée ou qu’elle est passée à côté d’un match."

Dont acte.