La chute dans le temps


En obtenant le résultat nul à l'arraché sur le terrain de Nantes, le Racing a confirmé sa mauvaise passe.

Franck Haise l'a confirmé récemment : la position flatteuse au classement de son équipe est en partie due aux performances réalisées en début de championnat, où Lens a su prendre le maximum de points. Selon lui, après avoir "surperformé par rapport aux attentes" lors des neuf premiers matchs (1,90 point par match) au rythme d’une équipe de haut de tableau, le RCL est revenu à une moyenne de promu sur les neuf suivants (1,10 point).

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Le classement des 12 dernières rencontres place en effet le RCL en 14e position avec 15 points, soit 5 de plus que le 17e de ce classement...Nantes. Une position conforme à celle imaginée dans l'esprit collectif artésien à l'orée de l'exercice.

Le biais de l'objectif presque atteint

Dès lors, toutes les analyses que peuvent avoir les observateurs du jeu lensois apparaissent comme biaisées car bien souvent mis en perspectives avec ce fameux capital points dépassant toutes les attentes. "Peu de promus se donnent un tableau de marche à 27 points en 16 matchs. C’est évidemment au-dessus de notre espérance" confiait Haise après le succès contre Brest. "J’espère que la confiance des joueurs n’est pas trop ébranlée par rapport à tout ce qu’ils ont produit depuis le début" ajoutait-il encore récemment.

Le coach du Racing fait donc le choix de la fidélité. Fidélité à l'égard de ses principes et des performances obtenues par ses joueurs grâce aux méthodes mises en place. Une forme de résistance est à l'œuvre, en Artois.

Or, selon l'écrivain, tout le travail de la pensée est sous la dépendance du refus : "Penser, c'est dire non, dit-il. Ce qui fait que le monde me trompe, […] c'est que je consens, c'est que je ne cherche pas autre chose. C'est à elle-même que la pensée dit non […]. Elle combat contre elle-même […] Réfléchir, c'est nier ce qu'on croit".

Refuser la philosophie du refus

Aussi, Haise prend le contrepied en refusant de tout remettre à plat, de nier ce qu'il croit, et de rechercher autre chose, quand bien même les indicateurs clés de son équipe paraissent moins probants qu'autrefois. 

Sur les trois dernières rencontres, par exemple, l'indice xG n'a dépassé 1,00 que lors du dernier match contre Nantes. Cette statistique permet de mesurer la qualité d'une occasion de but, autrement dit, le RCL ne paraît plus être en capacité de se montrer réellement dangereux pour l'adversaire. "Je ne suis pas inquiet vu ce que je vois aux entraînements." rappelle le coach.


Du point de vue des chiffres du match de Nantes et de l'œil du technicien, Lens a eu "la mainmise sur une bonne partie du match". Avec près de 60% de possession de balles et une centaine de passes de plus que l'adversaire, il est vrai que le promu a répondu présent dans certains aspects du jeu. Mais d'autres données peuvent offrir une autre analyse. Par exemple, le nombre d'occasions de but qui est à l'avantage des canaris ou bien celui des tirs tentés.

Une animation moins animée

Ces chiffres mis en parallèle avec l'observation des derniers matches lensois peuvent ainsi laisser perplexe, car les artésiens peinent véritablement à retrouver un niveau technique suffisant pour assurer à un rythme soutenu, leur multiplication de passes horizontales et verticales qu'ils pratiquent fréquemment au cours d'une rencontre.

Par ailleurs, l'animation de leur système disposé en 3-4-1-2 semble leur poser problème. Les projections sur les ailes ne débouchent plus aussi souvent par des décalages intéressants, ni n'offrent guère davantage d'occasions de buts. De même que l'influence de Kakuta paraît avoir baissé, à mesure que les adversaires ont pris la mesure du danger qu'il représentait.

La baisse de l'indice xG impacte également le taux d'efficacité du Racing qui, dès qu'il ne parvient pas à marquer, voit son emprise sur le match devenir au fil de la rencontre, devenir un danger plus qu'un atout.

Mais tous ces signaux d'alertes sont évidemment balayés par l'observation globale de la situation du RCL aujourd'hui. Détenteurs de 28 points à la moitié de son parcours en championnat, les hommes de Haise sont parfaitement positionnés pour obtenir le maintien à l'issue de la saison. "Lorsqu'on met en place une démarche d'amélioration continue, il est primordial de mesurer l’efficacité des actions initiées, et de comparer les résultats obtenus avec les objectifs ou prévisions fixés." explique ce consultant en entreprise.

Conservatisme vs risque

De ce point de vue, la mesure de l'efficacité des actions du Racing ne peut s'avérer que positive en parallèle des résultats obtenus avec les objectifs fixés. Dès lors, pourquoi prendre le risque de tout remettre en cause au risque de bouleverser cet équilibre qui a apporté un nombre important de satisfactions ? 

Et c'est là que nous rencontrons tout à coup une question absolument essentielle dans la philosophie du refus que nous avons évoquée. C'est la question de risque, de la difficulté majeure qu'on doit affronter lorsqu'en refusant une chose qui existe on est obligé de s'en remettre à une chose qui n'existe pas encore, c'est-à-dire lorsque le refus paraît conduire à l'inconnu ou au néant.

La part de conservatisme propre à chaque esprit humain peut, dès lors dans ces circonstances, se manifester avec plus ou moins de force. Et toute amorce d'analyse s'avérait vaine.


Photos : francefootball, Butfootballclub.fr