Aux avant-postes


Le RCL souhaite se servir du mercato hivernal pour réduire son effectif. Pour diverses raisons.

L'année 2021 débute à peine et le club du bassin minier compte déjà deux lignes à son actif dans ce mercato hivernal. Les deux concernent des départs de joueurs pas du tout exploités par Franck Haise jusqu'ici : Bayala résilie son contrat, tandis que Boli est prêté 6 mois à l'étage inférieur (L2).

Dans l'idée des dirigeants, d'autres départs sont envisagés. Les objectifs de ces mouvements sont multiples et touchent la stratégie, l'économie et le sportif. Tour d'horizon.

La stratégie

L'un des axes forts du plan de développement mis en place par Joseph Oughourlian réside autour de la formation du club Sang et Or. "J'aimerais qu'à terme l'équipe première soit composée de moitié des joueurs issus du centre".

Pour ce faire, le club a enregistré l'arrivée d'Eric Assadourian au poste de Directeur de la formation dont la mission principale est de tisser un véritable réseau régional de recrutements de jeunes joueurs. Un projet confirmé par Arnaud Pouille, le Directeur Général. "Le Racing a un véritable projet de formation. Il croit en ses joueurs et ces derniers, ainsi que leur entourage, peuvent avoir confiance en l'institution. Il y a de la place chez les pros pour les joueurs de la Gaillette".

En pratique, ce retour en L1 n'est pas encore synonyme pour Lens, d'équipe composée de moitié par la Gaillette. Des joueurs formés au club, seuls Boura et Banza comptent des apparitions régulières sur les terrains. Kakuta, au parcours atypique, est l'exception qui confirme la règle.

Les autres ne sont pas parvenus à s'imposer où ont été écarté : Simon a résilié cet automne, Desprez est numéro 3 au poste de gardien, Ducrocq est prêté en N1, Boli vient d'être prêté, Oudjani et Pereira attendent leur tour. Car avec la suspension des championnats amateurs, les jeunes ne peuvent s'aguerrir avec l'équipe réserve et ne peuvent donc être valorisés.

La valorisation des jeunes joueurs est pourtant primordiale dans le modèle de développement du club : elle renforce l'ancrage régionale du RCL en solidifiant sa base et ses racines, elle nourrit qualitativement l'équipe première et elle participe à l'équilibre financier de l'institution. 

L'économie

Le contexte est particulièrement difficile : la crise sanitaire touche presque tous les pans de recettes du club Sang et Or : billetterie, partenaires, merchandising. À cela, s'est ajouté le fiasco de la fin de contrat prématurée avec Mediapro, le principal détenteur des droits de diffusions des rencontres de L1. 

Le groupe Sino-Espagnol devait notamment arroser les clubs pro de plus d'1 milliard d'euros par saison, lesquels ensuite se répartissaient la somme de manière équitable selon plusieurs critères déjà détaillés sur ce site.

Le manque à gagner pour le RCL n'est pas encore totalement défini, mais il sera quoiqu'il arrive conséquent sur les 4 ans que devait courir le contrat.

Dès lors, le board lensois, qui avait déjà établi un budget prévisionnel intégrant des provisions pour risques et charges comme on dit en comptabilité, cherche à réduire au maximum les impacts financiers liés à ce contexte difficile.

Le principal levier réside dans la masse salariale qui représente, en moyenne, selon le modèle choisi par les clubs, 73 % des recettes perçues. Et les recettes perçues sont composées en très grande partie par les droits TV !

Dégraisser ainsi le mammouth a ainsi plusieurs buts : réduire les charges de personnel pour générer des économies qui seront soient réinvesties sur les contrats des joueurs restants (augmentation), soit dans l'acquisition de renforts potentiels.

Car selon nos données, le RCL compte dans ses rangs une quinzaine de joueurs dont le contrat prendra fin en juin 2021. Parmi eux, quelques indésirables (Diallo, Valencia, Bayala, Belon), des jeunes (Desprez, Pereira), des prêtés (Sylla, Farinez, Kakuta) mais aussi des cadres (Cahuzac, Leca, Gradit).


Le sportif

Interrogé sur le sujet en décembre dernier, Franck Haise répondait sans détour. "Je n’ai pas d’attente pour le mercato hivernal. Je suis très content du groupe avec lequel je travaille. J’étais très content du travail de recrutement effectué conjointement avec la direction sportive cet été. Après, certains joueurs réclameront peut-être du temps de jeu qu’ils ne peuvent avoir ici." 

Le coach lensois a, dès sa prise de fonction, imposé son management et ses méthodes de travail. Des paroles aux actes, il a entraîné avec lui tout un groupe de joueurs composé en partie pour répondre à sa vision du jeu qu'allait développer son équipe.

Ses principes ressortent encore plus fortement aujourd'hui alors que le Racing connaît une saison couronnée de succès. "Je pars du principe que le football est composé de l’aspect technique, tactique, mental et physique et que tout est lié à tout moment, détaille Haise. Travailler les différents aspects sur le terrain, c’est mon rôle. Mais ouvrir les joueurs et le groupe à d’autres formes de réflexions, c’est bien aussi. Je suis très favorable à travailler la dimension mentale, la cohésion d’équipe et le partage. J’essaye de dire les choses quand c’est bien, quand ce n’est pas bien aussi. J’essaye d’avoir un management où on échange, parce qu’on a besoin de joueurs responsables."

Mettre les joueurs face à leurs responsabilités afin que chacun d'entre eux se sentent justement considéré, prôner le dialogue et l'ouverture à d'autres dimensions que celle du jeu, et baser la cohésion d'équipe sur une concurrence saine des performances, c'est la méthode Haise.

Une méthode qui réussit pleinement au Racing mais qu'il est beaucoup plus difficile à animer auprès d'un groupe composé de près d'une trentaine de joueurs. "Il  est difficile de faire jouer tout le monde en ayant 26 joueurs de champ. Certains feront peut-être une demande pour partir, certains voulaient déjà partir cet été donc on verra bien."

Réduire le volume du groupe pour, développer les potentiels en devenir et renforcer les liens des joueurs restants, tout en pérennisant le modèle du club. Lens reste bien aux avant-postes de ses succès futurs !

Photos : capture d'écran du doc "Lens, de sang et d'or" /  Le Télégramme