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Le krach avant le crash ?

 


Déjà impactés par la crise du Covid, les comptes du RCL vont pâtir du naufrage de Mediapro.

La nouvelle a pu faire sourire lors de sa révélation : le groupe sino-espagnol Mediapro, propriétaire des principaux droits de diffusion de la L1 pour la période 2020-2024, a annoncé son retrait du jeu et la fermeture "dans les meilleurs délais" de sa chaîne Téléfoot.

Sourire car le fiasco était annoncé par presque tous les amoureux du foot au regard de la stratégie de développement choisie par le groupe. "Ce qui se passe sur Mediapro n’est pas très surprenant, note Joseph Oughourlian le Président du RCL. C’est une société qui fait de l’évènementiel, de la production télé et ils sont frappés de plein fouet par la crise. Ils sont en plus très endettés. Ils n’ont sans doute pas les reins suffisamment solides. Leur modèle économique était hyper agressif et la crise Covid a mis tout ça à plat. Il faut rapidement que nos amis de la Ligue trouvent une alternative et renégocient quelque chose qui puisse tenir debout d’un point de vue économique."

Un mur de Planck économique

Le modèle en question était le suivant : trouver des partenariats de diffusion (Netflix, SFR) et proposer un abonnement à un tarif élevé en misant sur la qualité du produit, à savoir la L1. Le nombre d'abonnés n'ayant jamais atteint les seuils requis, la stratégie s'est alors très vite heurtée à un "mur de Planck" économique. "En fait, le mur de Planck est tout simplement l'instant à partir duquel nos modèles standards ne permettent plus de calculer ce qui précède." nous explique cet astrophysicien. S'agissant de Mediapro, leur modèle ne permettait pas de calculer ce qui allait suivre hormis le crash !

Ce grossier échec n'a toutefois plus rien de drôle lorsqu'on l'aborde par le prisme de l'équilibre financier des clubs professionnels français. Car les recettes liées à l'audiovisuel pèsent lourd dans les budgets ! Lors de la saison 2018-2019, avec l'accord précédent (748,5 millions d'euros par an), elles représentaient 35 % des recettes nettes des clubs. Assez pour faire du krach un crash ?

La LFP fait krach-krach avec les diffuseurs

Explication de texte. "Le phénomène de krach débute par une hausse des cours fondée sur une croissance avérée de l'économie. Cela attire un grand nombre d'investisseurs, souvent des particuliers, qui souhaitent bénéficier de cette hausse. L'investissement peut alors se faire en masse sur un grand nombre de valeurs (effet grégaire). L'afflux de capitaux frais entraîne une envolée boursière. Le phénomène peut alors s'amplifier si les investisseurs s'endettent pour continuer à profiter de la hausse. Or cette hausse supplémentaire se décale progressivement des résultats réels de l'économie : c'est alors une bulle spéculative. On arrive alors dans une phase attentiste où seuls les investisseurs les plus avertis sortent de cette bulle. La publication d'une statistique sur la surévaluation du marché donne souvent le signal d'alarme qui conduit au krach : les investisseurs, souvent des petits porteurs, vendent en masse leurs titres et une course à la liquidité s'ensuit."

Traduisons. La L1 a vu son cours progresser ces dernières années, attirant un grand nombre d'investisseurs (Canal, BeIn). La LFP avait d'ailleurs anticipé la négociation du précédent accord des droits TV afin d'en tirer un meilleur prix. L'afflux de ces capitaux a alors entraîné une envolée boursière et les investisseurs se sont endettés pour continuer à profiter de la hausse (Médiapro). Or cette hausse supplémentaire s'est décalée des résultats réels de l'économie, autrement dit de la valeur réelle du championnat de france.

Cette perte s'ajoute à celles déjà supportées par les pensionnaires de L1 qui doivent se passer des recettes de billetterie, et déplorer une baisse du merchandising du fait du virus. "D’un point de vue financier, 2020 représente de grosses pertes, avoue Oughourlian. Après les droits TV, la billetterie est la source de revenus la plus importante du club, avec environ 7 millions d’euros annuels. Pour chaque rencontre disputée à huis clos, le manque à gagner s’élève à 450 000 €. Et nous sommes l’un des clubs les plus touchés par l’absence de public, puisque chaque fois qu’un match se déroule à huis clos, nous devons rembourser un peu plus de 22 000 abonnés."

La L1, un autre monde

L'homme d'affaires n'a toutefois pas attendu le krach financier de la L1 pour sécuriser les arrières artésiennes. Il a en effet procédé à une augmentation de capital de 30 M€ au printemps dernier. L'objectif était "d’effacer les dettes passées et actuelles afin de faire bénéficier au club des prêts garantis par l'État".

Le Président nordiste ajoute que "Le RC Lens est structuré comme un club de L1 depuis plusieurs saisons, alors que nous étions en L2 avec des coûts de fonctionnement supérieurs aux recettes financières. La L1 ce devait être un autre monde. Car le changement le plus significatif, c’est au niveau des droits télévisés, qui passent de 6,2 à environ 32,5 millions d’euros. En temps normal, cela génère aussi des recettes supplémentaires de billetterie, une meilleure visibilité pour nos sponsors et des revenus de merchandising en hausse."

Saison 2018/2019


Cette saison, le RCL affiche donc un budget de 46M€ dont 35 de droits audiovisuels. Fabrice Wolniczak, le directeur du développement commercial du RC Lens, se veut rassurant. "Le sponsoring comptera pour 15 % du budget du Racing. 38 des 40 plus gros partenaires continuent, 4 – 5 nouveaux sont rentrés, alors que les tarifs ont augmenté de 30 à 50 %, Ligue 1 oblige.

En grand danger

Selon lui, cette apparente solidité du sponsoring s'explique : "La stratégie marketing du RC Lens mise sur la proximité et la singularité". Néanmoins, l'inquiétude reste grande face à la crise. "Il est évident que les clubs français sont actuellement en grand danger, puisque les rentrées d’argent sont quasi nulles, admet JO. Il faudra sans doute diversifier nos sources de revenus pour devenir moins dépendant des seuls droits TV."

La suite dépendra aussi du prochain accord de diffusion qu'obtiendra la LFP. Le rôle clé est aujourd'hui tenu par Canal, alors mis au ban deux ans plus tôt au profit de Médiapro. Le quotidien L'Equipe s'est intéressé à la perte envisagée, selon un prix attribué qui sera quoiqu'il en soit bien moins élevé que celui "payé" par la société gérée par Jaume Roures.


Pour cette saison, Mediapro n'a payé que 143 M€ sur les 828 prévus. Le groupe espagnol est encore redevable de 100 M€ de pénalités. Canal, en cas d'accord, pourrait alors verser un montant calculé au prorata des matches encore à jouer, soit 473 M€. En cumulant les sommes, la LFP "pourrait espérer toucher au maximum 858 M€" soit une perte de 373 M€. Sans compter le coût du prêt (120 M€) contracté auprès d'une banque étrangère en octobre afin de palier au manquement de Mediapro.

Une croix sur 1,5 milliard d'euros

En projetant jusqu'en 2024, terme de l'actuel contrat de droits de diffusion, le foot français pourrait devoir faire une croix sur près de 1,5 milliard d'euros. 

Le train de vie des clubs pros français risque fort d'en prendre un coup, ces derniers étant déjà en déficit lors de l'exercice 2018-2019.

À l'échelle de Lens, la perte n'est pas encore chiffrée. En effet, la répartition des recettes parmi les clubs du championnat répond à plusieurs critères. "Actuellement les droits TV de la Ligue 1 sont répartis selon trois critères, rappelle ce spécialiste. 47% du montant global est réparti à parts égales, 28% selon le classement sportif du club à l'issue de la saison et enfin 25% selon le nombre d'apparitions dans les premiers choix des diffuseurs."

Néanmoins, rien que sur la part répartie à parts égales (47% du montant global), un rapide calcul nous indique que le produit perçu par les clubs passera de 28,95 M€ à 20,16 M€ cette saison.

Un découvert couvert

Des contraintes que les dirigeants Sang et Or avaient anticipées au moment d'établir le budget prévisionnel de la saison. "Nous avions intégré une hypothèse d’impact liée à l’incapacité de délivrer une saison normale" étaye Arnaud Pouille, le DG.

Pouille souligne aussi que l'exercice financier précédent fut déjà impacté par le virus. "Il y a forcément un déficit. Il devait être de quatre à cinq millions d’euros avant la crise du COVID-19. Ça ne s'est donc pas amélioré". 

À lire aussi : Activisme sportif et financier

Le retour annoncé du public dans les stades, les bons résultats de l'équipe ainsi que la bonne gestion du board depuis plusieurs années permettent aujourd'hui au RCL de traverser cette crise sans trop d'inquiétude. 

Par ailleurs, l'effectif est composé de plusieurs joueurs dont la cote ne cesse de grimper offrant au club des éléments d'actifs intéressants en cas de besoin, même si ce n'est pas du tout l'idée qui prévaut en Artois ces temps-ci.

"J’ai aussi une pensée pour toutes les activités parallèles au foot. Tous ces prestataires à qui on ne peut plus faire appel pour les soirs de matchs. Cela fait beaucoup de « victimes » collatérales. En temps normal, l’activité autour des matchs, c’est environ 240 emplois créés… C’est compliqué pour les habitants de notre territoire."

Le Président Oughourlian prend de la hauteur. Respect.

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