Marge à l'ombre


Au cœur d’une saison inédite et d’un contexte instable, le RCL a de la marge et apparaît dès lors très serein.

Rien n’est pourtant très simple à Lens depuis l’officialisation de la remontée en mai dernier. Confronté comme l’ensemble du football français à des incertitudes portant sur le déroulé de la compétition, sur son financement, sur la façon d’accueillir du public et sur les impacts économiques à court et moyen termes de la crise, le club du bassin minier fait le dos rond et paraît avancer tel un géant des mers dans la tempête.

Marge sanitaire

Largement infecté par le virus en octobre, le club a traversé des heures d’angoisse et subi de plein fouet ce que tous les témoins touchés par cette maladie racontent depuis plusieurs mois. Le Covid surgit alors qu’on ne l’attend pas, et frappe de façon aveugle et parfois brutalement. Car non content de mettre au tapis nos économies mondialisées et nos modèles de société basés sur la densification des interactions humaines, le virus a failli renverser tout ce que le Racing a construit depuis la nomination de Haise. « J’ai eu peur de voir le club partir dans tous les sens » raconte le principal intéressé lorsque son entraîneur des gardiens Thierry Malaspina fut transporté en urgence à l’hôpital d’Arras pour intégrer l’unité de soins intensifs.

Au milieu du tunnel, tout le club s’est adapté pour faire front. Haise assistait, isolé, aux entraînements depuis une chambre du centre d’entraînement en arrivant avant tout le monde. Son adjoint Lilian Nalis a assuré la continuité du travail en « réduisant le volume et l’intensité des séances pour ne pas trop puiser dans les ressources des joueurs ».

De cette période, l’équipe paraît en sortir grandie. Malaspina avoue « qu’il relativise beaucoup de chose » tandis que Haise constate « qu’on a préservé notre mental » illustrant son argumentation par le résultat nul obtenu devant Reims 4-4.

Par ailleurs, en étant ainsi touché massivement par cette maladie, le groupe lensois a sûrement gagné une immunité collective qui devrait lui permettre d’être plus tranquille durant quelques temps, sans pour autant relâcher une once de vigilance quand aux gestes barrières et au respect des protocoles en vigueur.

Marge d’effectif

Comme a fait mine de le découvrir récemment le président de l’OM, le déroulé de cette saison ne ressemble à aucune autre ! Du fait, déjà, qu’elle a commencé bien plus tard que la normale mais aussi à cause des contaminations successives d’un club à l’autre, poussant parfois la LFP a reporté certaines rencontres.

Le RCL n’est pas en reste dans cet exercice puisqu’il n’aurait déjà pas dû jouer contre Nice (le club des aiglons ayant à cette époque un quota de joueurs supérieurs aux seuils positifs au Covid), a vu son match contre le PSG repoussé d’une dizaine de jours et compte aujourd’hui deux matchs en retard à disputer.

Cumulées aux parenthèses internationales, ces semaines off ont certes paru très longues pour les amoureux du Racing mais ont aussi permis à plusieurs joueurs de pouvoir se rétablir sans manquer trop de compétition.

On pense notamment à Seko Fofana qui a bénéficié de ces périodes pour parfaire sa condition physique et ainsi fouler la pelouse du stade Gaston Gérard dimanche dernier. Entré en jeu le 19 septembre contre Bordeaux, l’ex milieu de l’Udinese avait subi une rechute de sa blessure musculaire.

Mais là où dans une saison normale, il aurait manqué près d’une dizaine de rencontres officielles, il n’a pas pu prendre part qu’à quatre rencontres depuis sa blessure ! Un moindre mal pour les Sang et Or qui ont investi massivement, un peu à la surprise générale, sur ce joueur dont les qualités ont sauté aux yeux des observateurs lors de la victoire à Dijon. « Il a une maîtrise technique sous pression, se projette après la récupération, et casse des lignes balle aux pieds » résumera son entraîneur, ravi.

Dès lors, ce dernier dispose dorénavant de l’intégralité de son groupe à l’orée d’une séquence fastueuse d’un point de vue du calendrier : 7 matchs d’ici la trêve de Noël. « J’ai 25 joueurs de champ, ils ne joueront pas tous mais on ne fera pas des performances sur ces 7 matchs, à onze ! » lance le coach.

Le temps des choix est ainsi venu en Artois, choix dont les premières « victimes » à Dijon furent Haïdara et Boli. Néanmoins, Haise souhaite maintenir tout le monde à flots « Cela va être le moment de donner de la place à tous, même si beaucoup ont déjà trouvé la leur. »

 

Marge tactique

En se passant des services de Gaël Kakuta au coup d’envoi du match à Dijon, Franck Haise a démontré que son organisation était mouvante et ajustable. Adepte de la défense à 3 depuis sa prise de fonctions, il sait en revanche adapter son schéma tactique selon les joueurs dont il dispose et selon les constats établis au cours d’une rencontre qu’il observe depuis le banc. « On était sur un 3-4-3 au départ tout en sachant qu’il nous faudrait animer l’interligne milieu-attaque autrement qu’avec Gaël » décrypte l’entraîneur. La charge revenait aux deux joueurs de couloirs Jean et Kalimuendo, qui n’hésitaient pas à rentrer dans l’axe pour notamment libérer des espaces aux pistons Sang et Or tout en proposant des solutions de transition aux milieux.

En difficultés, les hommes de Haise ont alors vu leur coach les repositionner. Sotoca alors en pointe, a reculé d’un cran pour gêner la construction dijonnaise face au pressing artésien. Le but est venu dans la foulée de ce réajustement. Par ailleurs, son équipe a brillé défensivement aussi bien individuellement avec un grand nombre de duels remportés, que collectivement, réduisant quasiment à néant la dangerosité dijonnaise sur le but de Leca en maintenant la position de son bloc-équipe que ce soit en phase de repli ou de possession. « Les lignes de la défense et du milieu sont facilement repérables et elles se resserrent très vite si le ballon est joué entre elles. » note cet observateur avisé.

Un exemple qui démontre que Franck Haise fait partie de ces entraîneurs qui paraissent avoir sans cesse un coup d’avance sur son adversaire. Ce dernier passant alors son temps à chercher les solutions plutôt qu’à mettre en place son propre jeu.

Marge de points

En affichant 17 points après 9 rencontres, le RCL possède un ratio ppm (1,88 points obtenus par match) équivalent à une équipe se classant 5e ! C’est-à-dire, bien au-delà des attentes, focalisées sur le maintien dans l’élite. « C’est presque une moyenne de points par match, note Haise. Il reste beaucoup à prendre mais pour un promu il vaut mieux avoir ces points-là. »

Il est vrai qu’en projetant un maintien aux environs de 38-40 points à l’issue des 38 journées, on calcule assez vite que le RCL a déjà réalisé 42% de son objectif alors que l’on passe à peine le cap du quart du championnat.

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Une marge intéressante dans la manière d’aborder les rencontres à venir puisqu’elle réduit considérablement la pression liée à l’obligation de résultat dans l’esprit des joueurs qui peuvent ainsi davantage privilégier le plaisir de jouer dans leur préparation mentale, évitant ainsi les pertes d’énergie liées au stress notamment. « Même si certains évènements ou situations sont plus stressants que d'autres, c'est surtout la perception que l'on a de cet évènement et de l'idée que l'on a de nous-même (ses ressources, ses capacités, ses expériences antérieures...) qui vont déterminer l'intensité de notre stress explique Karine Noger, directrice de l’Institut de Ressources en Psychologie du Sport.  Si nous pensons ne pas avoir les ressources suffisantes pour répondre à l'évènement, alors il y a stress. Plus l'écart entre l'évènement et nos ressources nous semble grand plus le stress devrait être grand. »

Niché à la 9e place du fait de ses deux matchs en retard, le RCL navigue donc à l’ombre des projecteurs médiatiques de la L1 tout en creusant l’écart avec ses poursuivants.


Crédits : citations issues du journal L'Equipe. Photos : butfootballclub.fr