Maintien des équilibres


 Battu par Angers (1-3), le RCL veut garder le cap.

"Je suis sur des objectifs de maîtrise, de performance, d’unité, de cohésion, de vie de groupe et d’engagement, mais pas de points." rappelait Haise avant cette séquence de trois matchs en une semaine.

Son équipe qui s'en sort avec un 4/9 honorable a malgré tout laissé entrevoir ses limites. Pire, elle semble au prise avec des problèmes dont elle n'a pas de solutions à apporter. "Même si nous sommes promus, les staffs adverses analysent ce que nous faisons mais notre statut n’a pas changé. On gardera notre ligne de conduite. On doit rester ambitieux dans le jeu mais garder l’humilité d’un promu et d’un club comme le notre."

Point d'ancrage entre humilité et ambition

Ce point d'ancrage situé entre l'humilité et l'ambition est le socle de travail du staff Artésien. Il s'illustre dans tous les aspects : physique, psychologique et tactique. Son non respect est l'explication des buts encaissés ou des défaites subies par l'équipe, selon Haise.

L'ex coach de la réserve préfère en effet parler "d'équilibres imparfaits" que de pointer des erreurs individuelles pour justifier des récentes déconvenues du RCL.

L'équilibre recherché touche donc toutes les composantes. Physiquement, il va s'agir de savoir gérer les efforts au cours d'une rencontre mais aussi plus globalement sur l'ensemble de la saison. D'un point de vue psychologique, cette recherche porte sur l'agressivité et l'engagement à fournir tout autant qu'elle porte sur l'état d'esprit général du groupe d'une semaine à l'autre, selon les choix et les résultats. 

Enfin, sur l'aspect tactique l'équilibre va se situer dans la faculté à maintenir le cap des idées mises en place depuis le début de saison tout en sachant évoluer afin d'avoir un coup d'avance sur les adversaires du Racing. 

Le triangle physique-tactique-psychologique

Depuis la reprise du championnat, Lens oscille assez bien  autour de ce point d’équilibre fondamental mais paraît récemment s'en éloigner pour donner l'impression de tanguer légèrement. Contre Nantes, la seconde mi-temps a vu l'équipe n'être que dans la gestion d'un résultat alors que contre Angers, les Sang et Or se sont coupés en deux offrant des espaces géants aux contres adverses.

L'entraîneur lensois partage ses constats. À Dijon (0-1), il notait que son équipe "n'avait pas tout maîtrisé" et dénombrait autant d'occasions concédées que face à Reims (4-4) pour moins de buts encaissés. 

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Contre Nantes (1-1), il avouait que "Jusqu’au penalty, on gérait tout de même plutôt bien et on n’a pas non plus été en grande difficulté".  Et enfin, après Angers : "En seconde période, l’idée était de vite mettre le ballon dans la surface adverse, mais nous sommes passés à travers avec un défaut d’agressivité, de concentration. On a essayé de pousser avec les arguments que l’on avait. Face à un bloc si solide, on a beaucoup tenté et on s’est beaucoup découvert."

Angers, le révélateur 

Car c'est bien ce dernier match plus que son résultat qui traduit le mieux les difficultés lensoises actuelles. Bien entrés dans la rencontre, les hommes de Haise parvinrent à créer des combinaisons intérieures qui leur permet dans un second temps d'exploiter les couloirs et de se montrer dangereux devant le but.

Néanmoins, ils encaissèrent un (joli) but sur un ballon perdu trop vite au milieu de terrain. Un des sauts de concentration combattu par Haise. Le second but angevin provient à peu près de la même cause. Une simple erreur de marquage. À chaque fois, l'erreur a été lourde de conséquences, dixit Haise. "On aurait du éviter d’être mené une première fois. On égalise logiquement. Notre entame de seconde mi-temps est trop approximative à l’image du corner entraînant un 2e but."

Car une fois mené, le RCL s'est à chaque fois découvert pour revenir au score. Et paradoxalement, en agissant ainsi, il est tombé dans le piège angevin qui était d'aspirer les Sang et Or afin de profiter des espaces dans leur dos à la perte de balle. 

Scénario classique

Le scénario est classique. L'équipe menée confisque le ballon avec l'assentiment de son adversaire en position d'attente pour exploiter la moindre faille. Les chiffres le confirment : le Racing a affiché un taux de possession supérieur à 60%, un nombre de passes au-dessus des 600 (presque 2 fois plus qu'Angers), 24 centres et 61 duels remportés.

Mais au final, le SCO a eu bien plus d'occasions de but et l'a emporté logiquement, dégageant au passage une forme de maturité et de cohérence collective qui fait défaut au Racing ces temps-ci. "On s’incline face à un adversaire plus solide" concédait d'ailleurs Haise.

L'équilibre est donc le maintien d'une stabilité entre le physique, le psychologique et la tactique. Pour autant, Lens est-il réellement en déséquilibre ? "On reconnaît une personne en déséquilibre lorsque celle-ci démesurément aux événements extérieurs." nous explique ce psychologue. 

Entre forces et faiblesses

On pense tout de suite à ces bouleversements tactiques opérés par Haise en 2nd mi-temps qui ont vu 4 attaquants lensois être alignés en même temps, coupant en deux l'équipe. Pour forcer la décision et revenir au score, le coach a ainsi sacrifié la cohésion tactique de son groupe, et permis à Angers d'aggraver le score.

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"On ne va pas changer nos principes d’avoir un jeu porté vers l’avant, de défendre en avançant mais en effet on doit mieux gérer ces moments d’équilibre sur lesquels on peut perdre le ballon. On doit agir de façon proactive." répond Haise qui rappelle aussi que les déséquilibres font partie de sa philosophie. "Si l’ambition c’est de jouer vers l’avant, de défendre très haut et avoir des situations de 1 contre 1 sur notre ligne défensive, je l’assume. Cela n’empêche pas que l’on doit être plus vigilants, mais j’assume ces principes."


On voit la difficulté à se situer sur la ligne qui va de l'humilité à l'ambition. C'est à dire de maintenir le cap sans pour autant aller dans le mur, et savoir se réinventer sans se trahir. Cette difficulté se rencontre d'un point de vue collectif et individuel, par exemple dans le choix des joueurs.

La réponse...en librairie !

Ce positionnement fait la force et la faiblesse du RCL alors que sa dynamique de points sur les 5 derniers matches est de 1,0 soit celle d'un 18e au classement.

"Nous avons des ressources avec beaucoup d’envie, de générosité, rappelle Jonathan Gradit. On doit trouver un meilleur équilibre qui nous a fait défaut, ces derniers temps. On est bien étudiés. Il faut trouver des solutions différentes. Il y a beaucoup d’erreurs sur le premier but puis c’est un défaut de concentration sur le second but. C’est dommage. On a eu plus de déchets dans notre jeu. On a un coup de moins bien, mais tout n’est pas à remettre en cause".

Dans tous les ouvrages psy qui fleurissent les rayons de nos librairies, on peut aisément trouver ces conseils d'épanouissement intérieur : être à l'écoute de soi, être conscient de ce qu'on vit, savoir identifier ses contradictions ou encore accepter de ne pas aller bien parfois.

Dans son analyse à posteriori du match, Gradit coche toutes ces cases. Lens ne va donc pas si mal selon les libraires. On les croit volontiers sur parole !


Photo : Laurent Sanson 2020.