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L'école du fort


Face à Reims (4-4), le RCL a remonté un retard de deux buts en quelques minutes. 

Tous les observateurs de cette rencontre disputée à huis clos relatent le même ressenti : celui d'avoir vu les Sang et Or portés par cette volonté de ne pas lâcher le match, même lorsqu'ils accusaient un retard de deux unités à quelques minutes de la fin.

"Je vois des joueurs qui donnent, qui donnent, lâche Haise, qui a poussé ses joueurs à ne pas renoncer lorsque les vents étaient contraires. La moindre des choses, c’est que je les accompagne".

Son accompagnement s'est illustré d'abord par un langage physique : il est resté debout, droit et a encouragé ses hommes dès qu'il a pu, du regard ou par des mots. 

Mais il s'est aussi montré proactif en osant bouleverser son organisation tactique par deux fois. On a ainsi vu le jeu lensois s'animer en 4-4-2 puis en 4-3-3. 

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Des changements qui ont sans doute déstabilisés les joueurs de Reims. "On n’a pas connu de souci contre Strabourg ou Montpellier. Les garçons savent quoi faire face à un système à 5. Cela fait 3 semaines qu’on bosse dessus car ça fait 3 semaines qu’on joue contre ces équipes. Je pense que les garçons ont été capables de faire des choses intéressantes, relatait le coach Guion. Mais à 4-2, on doit mieux gérer la fin de match. Je n’ai pas senti de relâchement mais j’ai senti un manque d’agressivité alors qu’il n’y avait pas trop de danger. Après il ne faut pas retenir que ces 10 minutes."


Mais plus que des modifications tactiques, le RCL a fait preuve d'une remarquable ténacité individuelle et collective pour ainsi revenir dans le match. Un fil rouge dans l'identité Artésienne depuis deux ans et l’arrivée de Philippe Montanier.

Projet de vie

L'ex coach rennais avait en effet insisté sur le "projet de vie" qu'il comptait mettre en place. "Avant de parler de jeu, on va parler de valeurs, d'humilité, d'état d'esprit. L'important, c'est le projet de vie".

Un projet qui s'est notamment matérialisé à Troyes lors du second tour des playoffs préalables au barrage d'accession à la L1. Alors réduits à 10 dès la première mi-temps, les lensois avaient arraché leur qualification en prolongations. 

Montanier qui avait traversé toute la saison avec l'idée de privilégier le groupe à l'équipe, pouvait se réjouir. "C'est comme si on était habités par le peuple sang et or, par toutes ces énergies, avec les blessés qui sont avec nous et toutes celles qui circulent dans et autour de l’équipe. Elles nous donnent ce supplément d’âme qui permet de déplacer des montagnes".

Un état d'esprit ça se construit

Les hommes de Haise, qui ont connu pour certains cet épisode, bénéficient-ils de cet héritage ? Assurément selon ce spécialiste de psychologie sportive. Selon lui, l'état d'esprit d'une équipe résulte d'un travail en amont. "Cela se crée, puis s’alimente. Vous ne pouvez pas mettre 30 types avec un staff et croire que cela va bien se passer. Il convient d’abord de créer un cadre de vie, de partages. Qui sommes-nous ? Qui sont les joueurs ? Quel est notre dénominateur commun ?"


Un état d'esprit qui est en tout cas au centre de la mécanique développée par le coach du RCL depuis la reprise de l'entraînement en juin dernier. "Avec le club, on souhaitait développer un département assez large allant de la performance au bien-être, détaillait Haise cet été. C’est important que les joueurs soient prêts physiquement mais qu’ils soient aussi bien dans leur tête. On a travaillé sur ces deux aspects pour élargir le staff."

Connaître ses valeurs

Pour faire simple, l'idée de Haise est la suivante : le football se joue sur le terrain par l'intermédiaire des joueurs. Afin de tirer le maximum du potentiel de ces derniers, il faut insister sur le bien-être et la préparation mentale. "Travailler les différents aspects sur le terrain, c’est mon rôle. Mais ouvrir les joueurs et le groupe à d’autres formes de réflexions, c’est bien aussi. Je suis très favorable à travailler la dimension mentale, la cohésion d’équipe et le partage."

L'ex entraîneur de la N2 s'est également attaché à faire connaître très tôt ses valeurs afin de les transmettre à son groupe. "Connaitre ses valeurs revient à comprendre ce que l’on cherche dans tout projet, dans toute action, note ce consultant en entreprise. Ce qui nous fera plaisir, et nous permettra de se sentir satisfait. L’important est de trouver vos principales sources de motivation. Il sera ensuite plus simple de mettre vos actions au diapason, et d’éviter ainsi la frustration."

Exigences du quotidien

Les exigences morales de Haise sont ainsi l'humilité, le partage, la discipline, la solidarité et le dépassement de soi.

Sa manière de gérer les matches amicaux estivaux est ainsi évocatrice de cette notion de dépassement de soi. En identifiant clairement une équipe A et une équipe B, il a mis les joueurs devant leurs responsabilités. Sur les matchs, la hiérarchie est très claire. "Si on commence à lâcher, parce qu’on est pas dans l’équipe A du jour, mais plutôt dans l’équipe B, c’est qu’on n’a pas compris qu’il faudra un groupe costaud pour aller chercher le maintien. Je pense que ce sont simplement des moments de doute pour certains." confiait-il à l'époque. 

En procédant ainsi, il a en tout cas tracé de manière très claire et très concrète le cadre dans lequel les joueurs allaient évoluer sous ses ordres. Offrant à tous la possibilité d'y trouver sa place. 

Cohésion du club 

Dans le même temps, le club s'efforce depuis plusieurs saisons à recruter des joueurs compatibles à ce mode de fonctionnement. Une analyse du profil de l'homme est ainsi réalisée par la cellule sportive, menée par Florent Ghisolfi, avant de se positionner sur un joueur.


Lens en récolte les fruits aujourd'hui en comptant sur un collectif uni et endurant. "L'endurance est la capacité de maintenir dans le temps un certain niveau d'intensité exigée, nous explique ce scientifique. Aussi, on peut dire sans détour que c'est bien une caractéristique du Racing cette saison."

Un constat partagé par Corentin Jean, remplaçant au coup d'envoi. "On fait pas mal d’erreurs mais l’état d’esprit était là, les rentrants ont fait du bien. En fin de match, je pense qu’on leur a marché dessus. Ils n’arrivaient plus à ressortir. S’il reste 5 minutes, on peut gagner."

Lens est souverain à Bollaert 

"À domicile, Lens est souverain dit Guion. Peu d'équipes mettront 4 buts ici. C’est surtout une question d’état d’esprit. Il faut avoir une grosse solidarité et une solidité pour ne pas encaisser ici."

Mais le plus gros apport de Haise est sans nul doute sob rapport à la défaite qu'il a très vite su partager, dès sa prise de fonction en février dernier alors que tout un peuple n'attendait que la remontée dans l'élite. 

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En rappelant que l'échec restait une éventualité à accepter, il a insufflé cette dose d'humilité qui fait la force du RCL ces temps-ci. "Il est très facile de gagner mais il est beaucoup plus difficile de perdre, commente notre consultant. Il est fondamental d’apprendre à se relever et à repartir dans l’apprentissage et le travail. On apprend beaucoup de ses erreurs ! Voilà pourquoi il est important de se remettre en question afin de progresser et de s’améliorer."

Si bien que face à Reims, Lens n'a pas eu peur de perdre, même mené 2-4 à une minute de la fin, et a ainsi su se transcender tout en gardant ses préceptes de jeu en tête. Le résultat parle de lui-même. 

Une démonstration de force.


Photos : L'Équipe, footmercato

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