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La tentation de supporter



Le derby du nord a donné aux supporters Sang et Or l'occasion de démontrer leur incroyable ferveur.

Ils étaient des milliers dans les rues, sur les ponts, aux abords des ronds-points, massés au passage du bus amenant les joueurs du RCL jusqu'au stade de leurs voisins lillois. 

Armés de fumigènes, d'écharpes, de drapeaux mais surtout de cet élan passionné et irrationnel qui submerge, bien souvent, les amoureux du football au point que les observateurs plus distants s'interrogent sur les leviers de ce genre de soulèvement. 

Car de l'esprit purement cartésien ces observateurs, un match seul (qui plus est de L1) ne peut suffire à transcender une foule entière.

Plaisir primitif

Pourquoi étaient-ils là ? Pour montrer aux joueurs lensois leur présence, tout simplement. Le Covid ayant cassé ce lien élémentaire et physique qui existe entre les joueurs et les tribunes, cette action avait d'abord un but premier. 

Celui du retour de la simple expression d'appartenance. "Dans le stade, on peut laisser libre court aux émotions, totalement à l'opposé d'une société dans la retenue. Joies et peines sont exprimées sans honte, et les insultes et les gestes déplacés y sont autorisés" souligne psychologue américain Daniel Wamm.

La rue prend donc la fonction du stade, lieu proscrit aujourd'hui. Mais pourquoi le football et pas un autre sport ? Pour Christian Bromberger, ethnologue, ce sport "apparaît comme un jeu profond qui condense et théâtralise les valeurs fondamentales du monde contemporain"

Dans le malheur ou la gloire 

Selon lui, "le football valorise le travail d'équipe mais aussi la performance individuelle. Il prône la solidarité, la division des tâches, la planification. Bref, on retrouve les images fortes de la société et du monde du travail. Et le hasard existe dans le footballle mérite ne suffit pas toujours, sur le terrain comme dans la vie, pour devancer les autres". 

Mais les supporters lensois sont à ce point atypiques qu'ils paraissent se désintéresser des performances de leur club. "Dans le malheur ou la gloire, nous on est là" reprennent-ils d'ailleurs tous en chœurs très régulièrement. Les résultats ne sont donc pas cette variable d'adhésion, propre à certains autres clubs. 

"Disons qu'ils ajoutent à leur passion pour le football le sentiment d'appartenance à une communauté, mais aussi qu'ils intègrent et revendiquent les codes de conduite propres à leur équipe." note cet observateur spécialisé en sociologie.

 "Le point d'ancrage est, pour le RCL, clairement identifié : le passé minier de la région, dont le club est comme la flamme sortie des profondeurs qui survit éternellement. " Le blason porte d'ailleurs une lampe de mineur qui servait à prévenir du coup de grisou. D'elle venait le salut.

Un Lens-Dijon incandescent 

Cet épisode rappelle en outre la fièvre qui s'était emparée des Sang et Or au cours des barrages d'accession à la L1 en 2019. Durant trois rencontres, les supporters lensois ont ainsi été pris de folie à mesure que l'exploit de retrouver l'élite prenait corps. 

Le point culminant fut la rencontre à Bollaert-Delelis contre Dijon (1-1) disputée dans un stade et une région en fusion.

La joie ressentie par toutes les personnes présentes paraissait disproportionnée au regard de l'événement en lui-même, Montanier le coach de l'époque déclarant après coup : "On avait l'impression d'avoir gagné la coupe du monde alors que nous n'avions pas encore joué."

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Une étude réalisée en 2009 par la Harvard Medical School affirme que le fait d'être supporter "améliore notoirement la sociabilité, l'estime de soi et l'optimisme"

En ces temps sombres, supporter Lens pourrait donc être prescrit par bon nombres de médecins et de thérapeutes !

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