Header Ads

Destruction derby


Le derby est de retour !

Après des années de purgatoire, le RCL regoûte depuis quelques semaines aux joies simples du football. Pouvoir suivre son équipe chaque journée de championnat de L1 avec le bon espoir qu'elle y obtienne un résultat satisfaisant y participe.

Un autre plaisir, vieux de près de 80 ans, est celui d'affronter le voisin Lillois, qu'il se présente sous la bannière de l'Olympique Lillois, du SC Fivois ou dans sa forme actuelle, issue de la fusion des deux.

Les joies simples d'une adrénaline 

De ces confrontations émergent des légendes comme Stanis côté Sang et Or ou Baratte côté lillois, qui se sont affrontés à Colombe en 1948 en finale de la Coupe, finalement remportée par le LOSC (3-2) grâce notamment à un doublé de Baratte répondant à celui réalisé par Stanis.

La joie amène l'enthousiasme qui, bien souvent, dans le sport, peut se trouver être le ciment de dérives plus ou moins importantes. "Le sport est sorti du sport, explique Alain Ehrenberg, il est devenu un état d’esprit, un mode de formation du lien social, du rapport à soi et à autrui pour l’homme compétitif que nous sommes tous enjoints de devenir au sein d’une société de compétition généralisée".

Cet esprit se trouve alimenter et décupler par tous les moyens de communication que notre époque dispose. Aussi, les actions d'influence se multiplient depuis quelques jours, la plus significative étant ce drapeau hissé par des supporteurs du club Artésien au sein même de l'enceinte du club rival. Selon les informations du quotidien La Voix du Nord, le LOSC déposera une plainte pour «  intrusion et incitation à la haine. » 

Entre humour et agressivité 

Car en plus de l'intrusion, c'est davantage le caractère insultant figurant sur le drapeau Sang et Or qui a enflammé les réactions de part et d'autres. "Dans le langage des tribunes, les insultes sont récurrentes. Les ultras rejettent la morale du fair-play. Pour eux, le sport est un combat entre deux camps où l'on peut discréditer l'adversaire et, du coup, l'insulte, volontairement exagérée, fait partie du répertoire. Les ultras oscillent entre humour et agressivité, c'est ce qu'ils appellent « chambrer », ça fait partie de la culture du foot." estime pour l'Agence France-Presse le sociologue Nicolas Hourcade, professeur à l'École centrale de Lyon et membre de l'Instance nationale du supportérisme (INS).

Selon le prof, le combat est davantage dans la compréhension et le dialogue plutôt que dans la répression et la condamnation. "La question est : jusqu'où peut-on tolérer les insultes ? L'enjeu, c'est de faire un travail avec les supporters sur ces questions-là. Les condamnations morales venues de l'extérieur, ça ne produit pas d'effets. Par contre, discuter avec les acteurs, comprendre cette culture où l'insulte de l'adversaire est profondément ancrée et la violence verbale acceptée, et essayer de fixer ensemble des lignes infranchissables, ça me paraît utile."

Une fusion avortée 

L'antagonisme entre les deux équipes phares de la région est ancien, pour autant, l'idée d'une fusion était encore envisagée il y a un peu plus d'une vingtaine d'années par Gervais Martel notamment. "Avec les grosses écuries qui se montent à Paris, Marseille, Strasbourg ou Bordeaux (sic) plus le temps de tergiverser ni d'éparpiller nos forces [...] la loi Pasqua interdit les subventions des collectivités en faveur des clubs. Il s'agit donc de trouver des nouveaux moyens de financement. Dans ce contexte, je pense que la guéguerre entre le RCL et le LOSC est dépassée".

L'histoire ne verra jamais ce rapprochement s'opérer et pour cause. Le rapport de forces, en faveur du club minier à la fin du siècle dernier, s'est même inversé et creusé depuis le rachat du club lillois par Gérard Lopez en 2017.

Aujourd'hui, le site spécialisé Transfertmarkt valorise l'effectif des dogues à hauteur de 231 M€ alors que celui des lensois n'atteint que 47 M€. Par ailleurs, la stratégie économique de l'un est aux antipodes de celle adoptée par l'autre. Alors que Lille s'est spécialisé dans ce qu'on nomme communément le "trading", le RCL est lui dans une logique de rationalisation de ses coûts de gestion dans le but de garantir son équilibre financier. Un effort impulsé par Joseph Oughourlian depuis sa prise de pouvoir en 2017.


"Concrètement, le trading de joueurs consiste à recruter des jeunes footballeurs à très fort potentiel, pour des sommes assez basses, dans l'optique de les faire progresser rapidement pour les revendre beaucoup plus cher après une ou deux saisons au plus haut niveau." nous explique le site Ultimodiez.

Trading vs bastion

Le LOSC est ainsi devenu une simple plateforme sur laquelle transitent des actifs financiers (les joueurs). Un modèle de plus en plus répandu dans le football d'aujourd'hui, auquel l'équipe de Galtier semble s'être adapté puisqu'elle a fini 2e en 2019 et 4e en 2020.

Côté lensois, la volonté du board est tout autre. Oughourlian a souhaité "renforcer les bastions du club" depuis son arrivée. Ses chantiers se sont portés sur la santé économique du RCL, son organisation interne (politique sportive claire), son lien avec ses supporters (tribune debout) et sur l'image véhiculée par le club. "L’objectif principal, avec tout le respect que j’ai pour les autres clubs, c’est de remettre Lens - et son bassin qui a beaucoup souffert ces dernières années - à sa place dans l’échiquier du football, affirme Arnaud Pouille. C’est compliqué, car c’est un domaine ultra-compétitif. C’est un domaine aussi où parfois, on a peut-être manqué d’humilité, quand on était très haut. Et c’est normal, parfois on est grisé, on se perd dans des cercles, on se coupe un peu du reste du monde. Donc il y a tout ce travail de fond à faire. Et là où forcément ça nous pousse vers la durée, c’est qu’on développe avec tout notre écosystème un affect qui est fort. Il y a dans l’ADN de Lens, peut-être plus qu’ailleurs, un sens du collectif (de l’investisseur aux dirigeants des équipes de jeunes) très fort."

Pourtant, le profil de Joseph Oughourlian pouvait laisser craindre le pire aux amoureux du Racing, tant il illustrait la financiarisation du football qui est à l'œuvre. "La holding d’Amber Capital (qui est un fonds speculatif) basée à New-York, détient des parts dans un club de foot colombien, tout en gérant les fonds d’une société pétrolière. Le fait que ce fonds spéculatif rachète le RC Lens montre bien que la financiarisation du foot est effective, avec des gens qui ne sont là que pour la spéculation." analysait Dominique Rousseau, spécialisé en foot business en 2017.

Plus rien ne rapproche donc ces deux clubs hormis la proximité géographique et le fait que, cette saison, les deux équipes sont à la lutte au classement. De quoi attiser la rivalité déjà amplifiée par la frustration de ne pouvoir aller au stade depuis des mois.

À lire aussi : Reporting


Les hommes de Haise, auteurs d'un début de championnat remarquable et remarqué pointent à la 3e place alors que le LOSC, sûr de sa force, se trouve juste devant. Une rencontre que Galtier,  coach lillois attend. "Les LOSC-Lens, c’est la suprématie régionale à la clé. C’est toujours plaisant à préparer, à jouer. Il y a une ambiance. C’est vraiment une bonne chose de retrouver le derby en Ligue 1".

En somme, une unique lutte de territoire comme en offre le règne animal depuis toujours. "Le Lion utilise différents moyens pour marquer les frontières de son territoire, détaille ce fan des reportages diffusés sur Arte. Ils déposent selles et urines pour marquer les limites du territoire occupé. Ils peuvent aussi gratter le sol et les arbres avec leurs pattes avant comme arrière afin de déposer une substance sécrétée par des glandes ano-génitales présentes au niveau des coussinets. Les marqueurs principaux sont donc olfactifs et destinés en particulier aux autres lions, clans ou solitaires qui seraient susceptibles de vouloir s'installer. En cas d'approche ou d'intrusion les lions mâles utilisent également leurs rugissements pour faire savoir que le territoire est occupé et ne doit pas être pénétré."

Instructif. 
Fourni par Blogger.