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À la recherche du temps perdu


En L1, seul Brest (5) a encaissé davantage de but dans le dernier quart d’heure que le RCL (3).

Le 8 mars 1918, le nouveau président du Conseil français, Georges Clemenceau, proclamait : « Je continue de faire la guerre, et je continuerai jusqu’au dernier quart d’heure. » . Qu’en est-il des lensois ?

De nombreuses études ont déjà jeté un œil à ce phénomène récurrent dans le football, à savoir le but marqué (ou encaissé selon le point de vue choisi) dans les derniers instants de la rencontre. Un fait de jeu que le RCL a donc connu plusieurs fois cette saison : à Lorient (3-2), contre Bordeaux (2-1) et à Nîmes (1-1).

22,3 % des buts inscrits dans le dernier quart d'heure

Les quinze dernières minutes d’un match de football voient entre 21,1% et 24,8% des buts s’inscrire parmi elles ! C’est la conclusion de la majorité des études universitaires conduites sur le sujet. Une conclusion vérifiée après 5 journées de championnat puisque 22,3 % des buts de l’élite ont été inscrits entre la 76e et la 90e !

Mais plus qu’un simple constat issu d’une compilation de données relatives à plusieurs milliers de rencontres, ces études s’intéressent également aux causes du phénomène.

Les premières d’entre elles sont évidemment physiques. « Les facteurs qui contribuent à l’augmentation du nombre de buts en seconde période incluent la fatigue et la détérioration physique, l’augmentation du rythme des matchs, les rôles tactiques des joueurs, la déshydratation et l’hyperthermie, la diminution des fonctions cognitives qui mènent à faire des compromis et donc accroît les erreurs de défense et induit également une perte de concentration. En quatre-vingt-dix minutes, les joueurs de très haut niveau parcourent environ dix kilomètres avec une intensité moyenne proche du seuil d’anaérobie. » détaille cet universitaire.

Fatigue et détérioration physique comme coupables désignés

Pour en savoir plus sur le seuil évoqué, nous avons contacté un joggeur averti. « Il existe deux seuils : aérobie et anaérobie. Au seuil aérobie (65-70 % de Fréquence Cardiaque Maximale), vous courez avec facilité, sans essoufflement, même si votre respiration augmente et que votre corps accumule progressivement des lactates (l’acide lactique), dont le rôle est de transporter toujours plus d’énergie. Mais la concentration de lactates reste faible et stable. Au seuil d’anaérobie (à 85-88 % de FCM), vous vous trouvez au point de rupture où l’équilibre peut à tout moment être rompu entre la production et l’élimination de l’acide lactique dans le corps. Vous ne pouvez parler qu’avec difficulté, mais vous continuez à courir en équilibre d’oxygène et c’est le but. Si vous dépassez ce seuil, vos jambes deviendront de plus en plus lourdes et vous serez très essoufflé. Bref, vous entrerez dans la zone rouge. »

Un système tactique énergivore

Les joueurs artésiens effectuent-ils trop d’efforts au cours du match pour ainsi se relâcher dans les derniers instants ? Le lien avec leur système tactique est assez simple à effectuer, le 3-5-2 étant réputé pour être assez énergivore. « En 3-5-2, la différence se fait vraiment sur les côtés, il faut avoir des joueurs capables de répéter les courses. » note ce coach amateur dont l’équipe de District a perdu ce week-end.

« Dans ce système, j’appelle les latéraux des pistons, enchérit Alain Casanova, ex-entraîneur lensois. Quand on joue avec trois centraux, on peut avoir deux pistons très libres sur les ailes, et c’est le rôle le plus difficile sur le plan physique et tactique. Cela demande beaucoup de concentration, le piston peut être un attaquant supplémentaire mais il devient défenseur quand le ballon est perdu et peut aussi être sur la ligne des milieux. »


Une rigueur tactique et physique qui requiert donc, sans aucun doute, beaucoup de coordination et de concentration aux joueurs lensois. Ces derniers ne sont encore peut-être pas capables de maintenir ce degré de rigueur durant toute une rencontre.

« Tous ces mouvements et toute cette activité peuvent user les joueurs et donc les amener à rater des mouvements techniques et tactiques ainsi qu’à faire preuve d’inattention. Des joueurs fatigués sont plus prompts à faire des erreurs de jugement dans leurs passes, dans leurs marquages, dans le timing de leurs tacles, dans leurs passes au gardien ou dans leurs dégagements. » rappelle l’universitaire ayant pris part à une des études en question.

Un contexte, une volonté et un adversaire

Une faute d’inattention déjà constatée par le coach Sang et Or mais pas suffisante pour expliquer le retour nîmois (1-1) à cinq minutes de la fin. Selon Haise, il y a « un adversaire, un contexte. Les Nîmois ont mis plus de densité et de pression après la pause. Et Nîmes y a aussi cru jusqu’au bout ! ».

L’entraîneur du Racing déplace le débat. Un but n’est pas seulement le fruit d’une erreur défensive ou de placement collectif, il est aussi le résultat d’une volonté de l’autre équipe. Un argument développé également dans les études déjà évoquées. « De façon surprenante, il y a un élément lié à chaque pays dans les buts à la dernière minute. Alors que la performance générale est en lien avec le talent, les buts dans les dernières minutes semblent liés au comportement. » note l’universitaire.

La culture est ainsi un élément prépondérant au fait de marquer ou non un but dans les derniers instants d’un match. Elle l’est tout autant dans le fait d’encaisser un but ! Car, la volonté de marquer peut parfois se retourner contre l’équipe qui la possède. C’est pourquoi Franck Haise a également évoqué l’efficacité de son équipe au Costière. « Avec plus d’efficacité mes joueurs auraient pu marquer ce deuxième but plus tôt. »

Rappelons que Lens n’a encore jamais marqué dans le dernier quart d’heure. Sa période la plus prolifique est située entre la 31e et la 60e minute de jeu (6 buts marqués, 0 encaissé). Soit le cœur du match.

Avec un avantage de deux buts, le RCL aurait ainsi pu se contenter d’attendre plus sereinement la fin de rencontre, sans avoir à subir le risque de voir l’équipe locale revenir. Car de supporter ce risque l’a fait rechercher le break, qui a conduit à une fatigue beaucoup plus précoce et peut-être permis aux crocodiles de pouvoir revenir à la marque. « On a été costauds, on a reculé en fin de match mais on s'est créés des occasions, on aurait pu tuer le match, juge le capitaine du RCL Yannick Cahuzac . C'est un bon point, mais il y a de la frustration. »

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Un jugement que le gardien Jean-Louis Leca partage. « Prendre ce but à la fin du match est frustrant. La physionomie du match nous déçoit un peu, mais après la pause, on a commencé à perdre des duels. On a manqué de maîtrise au milieu de terrain. Cela dit, on s'est dépouillé collectivement pour ramener quelque chose à Lens. Prendre un point à Nîmes, c'est positif. »

En effet, avec un total de 10 points en 5 matches (3 de plus qu’en 2014-2015 lors de la dernière saison du club dans l’élite), le RCL possède une cadence largement supérieure à celle envisagée par bons nombres d’observateurs. « C’est forcément décevant de se faire égaliser en fin de match, mais cela reste positif sur les cinq derniers matchs et sur la période » conclut Haise, résolument optimiste et surtout heureux d’être là.

On le comprend.



Crédits

photo : butfootball.com, Nord sports mag.

citations : L'Équipe, lensois.com, jogging.com, soccerstats.com

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