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Activisme sportif et financier


En déboursant une somme colossale pour s'offrir les services d'un joueur, le RCL a marqué une rupture stratégique.

Le milieu international ivoirien de 25 ans, Seko Fofana, a quitté l'Udinese (Serie A) pour signer quatre ans avec les Sang et Or, qui ont déboursé 10 M€ (dont 8,5M d'indemnité fixe). 

"C’est l’investissement le plus important réalisé par le club, commente le DG Arnaud Pouille. L’engagement de notre propriétaire s’est donc encore évidemment manifesté concernant ce transfert et je me dois de le rappeler et de l’en remercier."

Le propriétaire Joseph Oughourlian confirme en effet sa volonté de s'engager pleinement pour renforcer le club à tous les niveaux. Après avoir procéder à une augmentation de capital en avril dernier, en promettant d'apporter 20M€ sur cinq ans, et en effaçant les dettes du RCL, il contribue aujourd'hui à la réalisation d'un des plus importants transferts de l'histoire Artésienne. 

Montrer les muscles

 "Je remets au pot pour montrer que les investisseurs sont là. Tout est préparé depuis longtemps." glissait-il au moment d'annoncer l'opération financière. 

Il faut dire que l'environnement du Racing avait besoin d'être rassuré après avoir subi un plan social débouchant sur la suppression de 35 emplois. "Remettre le club sur une base de coûts tenables, ça a été un travail pénible qui a mis un certain temps, confirme le boss. Mais aujourd’hui je suis soulagé pour tous les collaborateurs, tous gens qui se sont investis, tous ces supporteurs qui n’ont jamais arrêté de chanter."

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Toutefois, le Président tenait un autre discours au lendemain de l'accession de son équipe en L1. Interviewé par nos confrères de Ouest France, le dirigeant d'Amber Capital évoquait un plan L1 sur lequel ses équipes travaillaient depuis plusieurs mois. "Notre projet est centré sur la jeunesse. Notre centre de formation doit redevenir le pôle d’excellence qu’il a été."

L'arrivée de Fofana n'entre clairement pas dans cette stratégie, le joueur étant déjà international, âgé de 25 ans et pas loin du pic de sa carrière, car convoité par de nombreux clubs cet été. "Il était tout en haut de notre liste" rappelle pourtant Pouille.

Sportivement parlant, la venue du joueur passé par Bastia se tient. Le Racing affichait une faiblesse au milieu de terrain, à la fois quantitative mais aussi et surtout qualitative. "Seko est devenu notre priorité il y a quelques semaines, quand on a vu qu’il y avait une faisabilité avec lui. Il est le joueur le plus complet que l’on pouvait espérer recruter parmi les pistes dont on disposait" s'enthousiasme d'ailleurs son nouvel entraîneur, Franck Haise.

Une relance Keynésienne

 La capacité d'investissement des Sang et Or peut toutefois étonner, surtout lorsqu'on sait que le club a dû mobiliser les créances des dernières ventes (Duverne, Gomis, Chouiar) pour faire face à la crise sanitaire et qu'il s'était promis de ne plus faire de folies dans les mercatos à venir.

Hors, cet été, Lens a déjà déboursé plus de 5M€ pour Ganago, 3,5 M€ pour Médina, 1,7M€ de prêt payant pour Kakuta (auxquels 4M€ s'ajouteront automatiquement en fin de saison si maintien dans l'élite), 1M€ pour Jean et donc 8,5M€ pour Fofana. Soit un total flirtant avec les 20M€. Soit l'équivalent de l'apport de l'augmentation de capital prévue sur cinq ans.

Une manœuvre qui s'apparente à une pratique économique bien connue des gouvernements des pays développés, à savoir la relance par l'investissement, plus connue sous le nom de relance Keynésienne. "Ce plan s'appuie sur des dépenses supplémentaires afin de passer d'un équilibre sous-optimal (faibles dépenses, joueurs moins talentueux donc moins de ventes et moins de résultats) à un autre plus satisfaisant (dépenses importantes, joueurs à fort potentiel, résultats positifs de l'équipe, ventes importantes)" détaille ce spécialiste en économie. 

Un plan qui ne sort pas du chapeau. "On a une enveloppe budgétaire précise mais on ne souhaite pas communiquer dessus, répond Pouille. Il y a bien une enveloppe déposée à la DNCG avec des hypothèses qui sont prises en termes de masse salariale et d’indemnités de transferts achats et ventes."

Un seuil de ventes à atteindre

 Très actif sur le plan des achats, le RCL va donc chercher dorénavant à vendre quelques uns de ses éléments afin de respecter ses engagements budgétaires. "On est sur un mercato spécial" constate Pouille. Le Directeur lensois ajoute que le board a défini un "effectif cible".

Autrement dit, le RCL sait où il va et par quels moyens il compte y parvenir. 

Le dirigeant est confiant et rappelle aussi que son club s'est adapté à la situation particulière. "On a fixé ce budget de 46M€ en s’adaptant au contexte actuel. C’est-à-dire que notre point d’équilibre budgétaire est amputé de 30 % par rapport à la capacité totale d’accueil de notre public. On a donc intégré une hypothèse d’impact liée à l’incapacité de délivrer une saison normale."

Stratégiquement à contre-courant 

 Les lensois comptent dans leurs rangs des joueurs avec un potentiel de vente non négligeable : Radovanovic, Michelin, Doucouré voire même Banza.

L'idéal sera de vendre sans s'affaiblir sportivement. Mais l'équilibre est difficile à tenir pour Lens comme pour bon nombre de clubs de L1. Une étude du cabinet KPMG chiffrait à 20% de moyenne environ la décote de la valeur des vingt joueurs les plus chers en cas de fin de saison annulée, et de 13% si celle-ci était allée à son terme.

Une tendance déjà palpable sur le terrain selon les dires de certains agents. Le message des clubs serait : "Profitez de ce que l’on vous propose parce que la situation financière va être compliquée.

"C’est l’excuse pour une négociation vers le bas", confie Frédéric Guerra à nos confrères du Monde.

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Le RCL paraît dès lors naviguer à contre-courant en choisissant d'investir massivement dès cet été. La patte d’Oughourlian. "Il est à moitié corsaire, à moitié pirate. Il aborde au sens fort du terme. Car il faut un certain courage, même si l’on ne gagne pas à tous les coups", témoigne Denis Kessler, patron de Scor, un allié fidèle. 

En tout cas, Oughourlian fait le choix d'allouer tous les moyens à son club pour que celui-ci retrouve une solide place dans l'élite. "Je veux toujours mieux, des choses mieux gérées" confesse le Président lensois.

À la tête d'un fond d'investissement activiste, l'homme sait sentir les opportunités. "Ces sociétés se glissent furtivement au sein des conseils d’administration par des prises de participation minoritaires et sont à l’origine de multiples bouleversements pour les entreprises ciblées" explique un analyste.

JO fait ainsi le choix pour le Racing d'être son propre fond activiste afin de maximiser son rendement et ses résultats sportifs. 

Le terrain rendra bientôt son verdict sur cette stratégie audacieuse. 



Photos : VDN, Les échos. 

Citations : Le Monde, L'Équipe, lensois.com 

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