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La culture de la défaite

La défaite n'est pas amère, elle a le goût qu'on lui donne.

Habitués depuis plusieurs saisons en L2 au statut de favoris du championnat, les lensois entameront le prochain exercice dans l'élite avec un tout autre profil.

Il y a un an, le Président Joseph Oughourlian déclairait ouvertement que "Lens doit monter" sans peur de crisper les joueurs. "Si on avait pas l'équipe qu'on a, je n'oserais pas le dire mais on a des hommes structurés".

 En fixant ainsi cet objectif fédérateur, le dirigeant Sang et Or souhaitait donner du sens à toutes les actions du club. Il imposait, dans le même temps, la pression de la victoire et du résultat à son club. Un modèle de fonctionnement toujours plus présent dans le football d'aujourd'hui. "Le meilleur médicament c'est la gagne." confirme d'ailleurs Laurent Blanc.


Ne pas supprimer la prise de risque

Dans l'idée de l'ancien entraîneur parisien, la victoire apparaît comme un remède. Une solution à un problème persistant. "Il y a un postulat de départ dans le foot qui dit que la confiance vient avec le succès." nous confie ce philosophe, spécialiste de la question du sport. "Mais pour gagner, il faut oser, il faut savoir prendre des risques. Pour faire tout cela, ne faut-il pas avoir confiance en soi ?".

L'important donc est de ne pas lier le résultat à tout. La victoire, bien qu'espérée et recherchée, ne peut-être l'unique grille d'analyse des progressions engendrées et des qualités déployées. Car à refuser de perdre, on peut ne plus savoir gagner. "Le pire est d'éviter de perdre, finalement. Car en faisant tout pour éviter la défaite, je supprime cette prise de risque, cet élan vers l'avant et renie, en réalité, toute mon envie de gagner."

Un point de vue partagé par Michel Serres. "Le sport, c'est surtout savoir perdre. A mes yeux, c'est la finalité première du sport. Quiconque a exercé une activité physique sait ce que perdre veut dire. En fait, nous perdons tout le temps. Qui gagne? Un, de temps en temps. L'exception qui confirme la règle. Le problème est que les médias n'accordent d'importance qu'à cette rareté. C'est dommage parce que c'est la perte qui est intéressante et profitable. "



Des arguments que le coach du RCL semble avoir à l'esprit lorsqu'il répond à la question des objectifs de son équipe pour la saison à venir. "Il faut bien l'avouer, le premier objectif, c'est de rester en L1 et pérenniser le club à ce niveau. Mais cela ne doit pas empêcher l'ambition et de viser le plus haut possible. Restons humbles mais soyons ambitieux."

Humilité et ambition, deux valeurs sur lesquelles il s'agira de s'appuyer dans les moments où la victoire sera une denrée rare.


Rester invaincu dans la défaite

Un rapport avec la défaite dont se souvient Thierry Laurey, coach du RC Strasbourg, monté il y a quelques années avec le Gazélec Ajaccio. "Oui, il faut s'habituer à perdre un peu plus de matches et à se remettre en cause un peu plus souvent."

Une culture de la défaite primordiale pour pouvoir évoluer sereinement au cours du championnat. "L'essentiel lorsque la probabilité de défaite devient importante est de déplacer sa vision de la réussite, explique encore notre spécialiste. D'un point de vue immédiat (résultat d'un match), elle doit être lue à plus long terme (l'issue d'une saison). En déplaçant ainsi son analyse, on permet l'accomplissement et la démarche d'amélioration de se poursuivre dans le temps, malgré de potentiels échecs dans l'instant."

En d'autres termes, chasser de son esprit ces mots du sélectionneur de l'équipe de France de football "On ne peut pas être complètement satisfait s'il n'y a pas le résultat au bout."

Lens devra pourtant trouver son chemin d'accomplissement sans le recours régulier de la victoire comme fin justifiant ses moyens. Il y aura d'autres axes d'analyses, d'autres indicateurs à suivre, d'autres objectifs à valoriser. Haise en est persuadé. " Travailler les différents aspects sur le terrain, c’est mon rôle. Mais ouvrir les joueurs et le groupe à d’autres formes de réflexions, c’est bien aussi. Je suis très favorable à travailler la dimension mentale, la cohésion d’équipe et le partage."

 Une part de victoire estimée à 29%

Via notre rubrique Lens Lab qui s'intéresse de près aux chiffres, à partir desquels s'établissent des tendances, une projection en points a été établie. Qualifiée de résolument optimiste par nos fidèles lecteurs, elle place le Racing à J38 à une reluisante treizième place (47 points).

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Plus que le classement, c'est la part de victoires qu'il est ici intéressant de relever. La projection en dénombre onze, soit 29 %. Moins d'un match sur trois. Comment aborder le mieux possible ces périodes de disettes au sein desquelles le doute peut s'installer chez les joueurs et les supporters, si ces derniers fondent toute leur confiance sur les résultats ? Comment traverser la turbulence si la performance n'est reconnue que par le prisme de la victoire ?


C'est à ce type de questions que Franck Haise et son staff doivent actuellement plancher pour préparer ensuite les joueurs. "Avec le club, on a souhaité développer un département assez large allant de la performance au bien-être, détaille l'ex Lavallois. C’est important que les joueurs soient prêts physiquement mais qu’ils soient aussi bien dans leur tête. On a travaillé sur ces deux aspects pour élargir le staff."

Développer le bien-être indépendamment du résultat et de la dynamique de points. Un travail de fond essentiel pour sans cesse pouvoir jouer sans peur et sans retenue. Pour obtenir le meilleur, il ne faut pas craindre le pire. Il faut combattre le neutre. Le néant.

Concluons cette tribune par les mots de Machiavel, ce penseur de la Renaissance Italienne, probablement passionné de football, déjà. " Il perd, celui qui sait ce qu'il va faire s'il gagne. Il gagne, celui qui sait ce qu'il va faire s'il perd."


Crédits photos : L'Équipe. 
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