Header Ads

Patience et longueur de temps



Dans une période incertaine, le RCL travaille à limiter l'incertitude.




« Si on montait demain, on aurait un budget conséquent, même si je reste seul actionnaire. » déclarait en décembre 2019 Joseph Oughourlian. Celui qui fut officiellement propulsé aux commandes du club en juin 2018 parce qu’actionnaire principal de la société Solférino, dont la SASP du RC Lens est une filiale depuis 2016, a joint la parole aux actes, une fois la montée des Sang et Or validée par les instances dirigeantes du football français en charge de la gestion de la crise liée au Covid-19.

Le Président a dès lors très vite annoncé une augmentation de capital de 20 millions d’euros, lui qui ne rêve pourtant que d’autofinancement. « L’autofinancement pour une entreprise consiste à recourir à sa propre trésorerie pour financer un investissement, nous explique un expert-comptable. L’augmentation de capital est à l’opposé de ce modèle puisqu’elle consiste à avoir recours à des fonds extérieurs pour assurer le financement. »

Il faut dire que l’homme d’affaires est confronté aux déficits structurels (entre 3 et 4 M€ par an depuis le plan de sauvegarde de l'emploi de 2019) du modèle économique du club, qu’il n’a eu de cesse de repenser pour assainir ses finances. « Ou on se focalise sur cette perte annuelle ou on vend nos meilleurs joueurs chaque année. Ainsi, tous les 4 ans, nous sommes en position de passer devant le tribunal de commerce ! La sagesse est d’arrêter de se mettre en situation de risque. » confiait en 2018 Arnaud Pouille, alors que le résultat lensois affichait une perte d’exploitation de 15 millions.

Cette année, malgré le virus, les finances resteront donc maîtrisée. "On est entre 3,5 millions et 4,2 millions d'impact. Ce n'est pas neutre même si ça ne remet pas en cause la pérennité du club car on a un actionnaire qui s'investit et qui donne de la visibilité, ça nous donne de la sérénité dans cette période très compliquée." avance Arnaud Pouille. Ce dernier, depuis sa nomination à ce poste de Directeur général, n'a eu de cesse de diminuer les risques entourant l'équilibre économique du club.


Chasse aux budgets artificiels

Une démarche vertueuse qui ne semble pourtant pas faire l’unanimité au sein des clubs professionnels français. « Je ne suis pas convaincu que la refonte indispensable du modèle soit aujourd'hui au cœur des débats des Présidents, note Jean-Marc Mickeler, président de la DNCG. L'objectif est de construire un football plus fort, donc économiquement sain, c'est-à-dire moins dépendant des transferts et des droits TV ». 

L’instance de contrôle des clubs prévient déjà de son intransigeance, quand bien même la situation exceptionnelle pourrait justifier une dégradation des finances. « La DNCG ne cautionnera pas des budgets qui seraient en réalité artificiels. Ce serait un échec pour le football professionnel français si les clubs faisaient comme si rien ne s'était passé. »

L’idée d’Oughourlian, en menant cette augmentation de capital, est non seulement d’effacer l’ardoise de dettes mais aussi de pouvoir prétendre au prêt garanti par l’État (PGE). « Conformément à l’annonce du Président de la République du 16 mars dernier, l’ensemble des réseaux bancaires professionnels, en collaboration avec le groupe public Bpifrance, déploient un dispositif inédit permettant à l’État de garantir pour 300 milliards d’euros de prêts, consentis pour soulager la trésorerie des entreprises et des professionnels qui subissent le choc lié à l’urgence sanitaire. »


La LFP emprunte pour dédommager les clubs

Un prêt contracté par la LFP auprès de son établissement bancaire à hauteur 224 millions d’euros. « Grâce à ce prêt, la Ligue sera en mesure de verser aux clubs de Ligue 1 et Ligue 2 l’ensemble des sommes encore à percevoir au titre des droits audiovisuels pour la saison 2019/2020, indique le communiqué de l’instance. Ces sommes couvrent en effet les deux dernières échéances des droits audiovisuels de la saison 2019/2020, respectivement initialement programmées les 5 avril et 5 juin 2020 et permettront ainsi de contribuer au soutien de la trésorerie des clubs de Ligue 1 et de Ligue 2. »



Un autre levier financier influence l’action du board Sang et Or, celui de la future répartition des droits TV. Ces derniers ont considérablement augmenté en L1 pour la période 2020-2024 avec l’arrivée sur le marché de la chaîne Mediapro. Leur montant atteint la somme de 1,153 milliards d’euros par saison. Soit 400 millions de plus que celui des droits actuels.

Aussi, en mars dernier, le collège des clubs de L1 est tombé d’accord pour se répartir cette somme supplémentaire équitablement, à la grande satisfaction des petits et moyens clubs de l'élite. Ces derniers verront donc leurs recettes augmenter de 20 millions € dès la saison prochaine.


Un possible retour sur investissement

Les 726 millions restants seront répartis selon les mêmes critères qu'aujourd'hui :

- Une part fixe (8,097 M€ pour chaque club)
- La licence club (5,398 M€ pour chaque club)
- Le classement sportif de la saison écoulée
- Le classement sportif sur les cinq dernières saisons
- La notoriété sur les cinq dernières saisons

"La licence club instaurée par la LFP en janvier 2013 est assez méconnue du grand public. Pourtant, cette licence, accordée pour une durée d’un an, conditionne une partie des droits TV perçue par les clubs professionnels de Ligue 1 et Ligue 2."

En vigueur depuis l’exercice 2012-13, La Licence Club mis en place par la LFP a pour ambition de récompenser les clubs investissant pour améliorer leurs infrastructures ou leur organisation. Un barème sur 10 000 points est établi. Pour obtenir la Licence, tout club doit obtenir au moins 5 000 points, soit la moyenne.

"Les 10 000 points sont attribués autour de 4 volets. La moitié des points concerne les infrastructures du stade. 2 000 points sont alloués à la sécurité lors du déroulement des rencontres. 2 000 autres points sont attribués à l’évaluation du centre de formation. Enfin 1 000 points sont accordés à la structure salariée du club évalué."

Si le RCL remplit les critères évoqués, et sans prendre en compte les autres données de répartition des droits, il se verrait doté de 13 millions € en plus des 20 millions € du nouvel accord. Rien de comparable avec ce qu'il pouvait percevoir en L2. Pour exemple, les droits TV perçus au titre de la saison 2018-2019, se sont élevés à 5,6 millions €. Soit un delta de presque 28 millions € !

Une stratégie à moyen-long terme

Le risque d'une telle variation est que la part des droits TV dans la globalité des recettes du club deviennent trop importante, créant ainsi une dépendance du modèle économique en place. En 2018, l'argent des retransmissions pesait en moyenne 46% des recettes des équipes de L1, hors transferts selon les données de la LFP.

Pour certains clubs qui n'ont pas multiplié leurs sources de revenus (sponsoring, produits dérivés, billetterie, etc...), le poids peut même atteindre 76 % des recettes hors transactions. C'est notamment le cas de l'AS Monaco. "Sans action volontariste, la viabilité d'un grand nombre de clubs pourrait alors être remise en cause." prévient encore la DNCG.


À lire aussi : L'aurore des ambitions



L'astuce du duo Oughourlian et Pouille est donc de miser sur l'un des actifs du club, à savoir la formation. En le plaçant au centre de leur projet, ils misent davantage sur l'avenir sans pour autant compromettre le présent "C'est un travail de fond, explique Pouille. Et là où forcément ça nous pousse vers la durée, c’est qu’on développe avec tout notre écosystème un affect qui est fort. Il y a dans l’ADN de Lens, peut-être plus qu’ailleurs, un sens du collectif (de l’investisseur aux dirigeants des équipes de jeunes) très fort. Joseph Oughourlian s’est pris à ça et tous les signes qu’il apporte, notamment dernièrement, vont dans le sens d’un investissement plus à long terme que court terme."

Loin donc du modèle en vogue actuellement, celui du trading de joueurs. "Non, on est sur des modèles complètements différents. On a un investisseur qui s’investit à titre personnel, dans un club qui a toujours mis la formation au cœur du projet, parce que c’est son ADN. C’est l’ADN du RC Lens." ajoute encore le DG. Une question de crédibilité selon le dirigeant artésien : "Si on veut rester un grand centre de formation, il faut respecter aussi les joueurs. Quand vous avez un joueur de 20 ans qui a le niveau pour jouer plus haut, si vous le retenez à tout prix, si vous essayez de faire une énorme vente en voulant sauver le club, vous risquez de casser le schéma de confiance dans lequel vous êtes avec vos gars. Donc on est pas comme ça. Et pourquoi ? Car il faut le dire : c’est parce qu’on a un actionnaire qui l’a compris, qui est fort présent. C’est pour ça qu’on peut se permettre de le faire et de travailler sur le moyen-long terme."

Joueurs libres et mercato interne

S'agissant du mercato à venir, le RCL a développé son plan élaboré quelques mois plus tôt avec le concours de la cellule de coordination sportive menée par Florent Ghisolfi et les attentes du coach Franck Haise. La clarté de sa situation financière lui permet d'aborder sereinement les conditions particulières de cette période inédite. "Pour l’instant, on est en train d’agir comme on le peut depuis janvier sur les joueurs libres. Avec un mercato interne aussi en travaillant avec les joueurs que l’on veut conserver sur le plus long terme. C’est une économie qui est très particulière cette année puisque nous sommes en juin et les clubs n’ont pas encore déposé leurs budgets." détaille Pouille.

Contexte inconnu mais plan de bataille dressé. Ce sera d'abord une marché franco-français avant d'élargir les recherches à l'étranger.

En tout état de cause, Lens, en renforçant ses bases, s'est doté d'une grande flexibilité qui devrait lui permettre avec certitudes, de faire face aux incertitudes de l'avenir.



Citations : onzemondial, lensois.com, ouest France, L'Equipe. 
Photo : Challenge
Fourni par Blogger.