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Lettres à un jeune promu


Comme Rilke en poésie, partageons quelques conseils pour éviter à Lens de faire l'ascenseur.


Le club Sang et Or a certes une histoire assez dense en L1, il n'y est plus apparu depuis l'exercice 2016. Une éternité en football. Il peut donc être considéré aujourd'hui comme un "jeune promu", c'est à dire une entité dont la solidité va être mise à rude épreuve en évoluant à ce niveau.

Correspondance d'expériences de quelques acteurs ayant connu la transition périlleuse L2-L1 et des intentions lensoises actuelles.

C'est l'angoisse de tout dirigeant de club venant d'accéder au sommet du football français : faire l'ascenseur. Car si le plus dur est bien de gravir les échelons, se maintenir au plus haut l'est sûrement tout autant.

La première réflexion est de parier sur les forces internes, celles qui ont permis de connaître le succès. "Pour nous, il fallait rester sur cette ligne directrice, celle de notre travail de construction entamé il y a trois ans." témoigne Olivier Pickeu, l'ex directeur sportif angevin. Une idée partagée en Artois, selon les dires du Directeur Général, Arnaud Pouille "Notre recrutement commencera par l’interne en gardant nos meilleurs jeunes. Je l’espère. Ensuite, on essayera de renforcer le groupe." Des propos confirmés par le Président, Joseph Oughourlian "Notre projet est centré sur la jeunesse. Notre centre de formation, d’où sont sortis Varane, Thorgan Hazard, Bourrigeaud, doit redevenir le pôle d’excellence qu’il a été."

 Au-delà des forces des uns et des autres, ce groupe est humainement d’une grande qualité. Ce groupe a de très belles valeurs et mérite de monter en Ligue 1. Haise

Une nuance est tout de même apportée par Thierry Laurey, dont le souvenir de la dernière montée avec le GFC Ajaccio est encore bien présent. "On souhaitait garder l'état d'esprit et ne pas croire qu'on était des joueurs de Ligue 1 parce qu'on était en Ligue 1. En L2, on avait eu une bonne gestion humaine grâce au recrutement de trois anciens qui n'ont pas arrêté de faire passer le message suivant : avoir de l'ambition tout en restant les pieds sur terre."

Comment rester les pieds sur terre ? En ciblant le recrutement avec précision et en établissant les profils dont l'équipe a besoin. "Il faut embaucher des joueurs qui entrent dans le moule d'un promu, capables de s'adapter, qui prennent du plaisir à se maintenir, enchérit Pickeu. Et ça existe : il faut prendre des gars qui ne connaissent pas beaucoup l'élite, qui sont susceptibles de passer des caps. Il faut trouver le bon compromis entre qualités footballistiques et qualités mentales."

Des précautions vitales selon Thierry Laurey, aujourd'hui à la tête du RC Strasbourg. "Il s'agissait de ne pas se planter par rapport au travail fait depuis deux ans, alors que nous étions en National. Il fallait garder cette logique parce que si c'est pour prendre des fous furieux qui viennent mettre le bordel dans le vestiaire, ce n'est pas envisageable. Il faut du talent, mais aussi un cerveau !"


Le taux de retour en L2 dès la première saison, pour les promus dans l'élite s'élève à 17% depuis 2017.

Des propos en phase avec la doctrine mise en place par Éric Roy, lors de son mandat de Directeur Sportif Sang et Or. Il était, à l'époque, à la tête du vaste projet de revalorisation de l'effectif, après le fiasco du dernier mercato made in Gervais Martel. "Je prendrai toujours un joueur un peu moins bon mais sur lequel je sens une réelle envie de progression et un respect pour son travail." déclarait-il à l'époque.

Une logique de ciblage puis de recrutement toujours à l'oeuvre dans le bassin minier, et animée de manière collégiale par Florent Ghisolfi, Arnaud Pouille et Franck Haise, dont la présence sur le banc l'an prochain paraît scellée. "On commence à travailler en janvier avec les joueurs libres, témoigne Pouille. Donc on a déjà commencé, tout en ne sachant pas de quel côté de la barrière on serait."

"Oui, il y a un plan Ligue 1 sur lequel on travaille depuis trois mois dans la plus grande discrétion." renchérit son Président. Une méthode de travail basée sur la collecte d'informations selon différentes sources, d'observation des matches et de prises de contact régulières avec les joueurs identifiés.


"Lens m’a contacté au mois d’avril (2019), se souvient Yannick Cahuzac. C’était assez flatteur, car c’est un grand club. Au début, je ne me projetais pas trop, car j’étais bien à Toulouse et je comptais y rester. On s’est rapidement mis d’accord sur un contrat avec Lens, mais j’avais prévenu les dirigeants du RCL que je voulais être honnête avec le TFC, qui est venu me chercher quand j’étais dans la difficulté avec Bastia et, ça, je ne l’oublierai jamais. Ma priorité était de rester à Toulouse. J’ai donc contacté la direction du TFC pour leur expliquer que j’avais une proposition de 2 ans à Lens." On connaît la suite.

Outre la stabilité et la notion de renforcement, est également primordial pour tout bon promu, le changement de statut. Car tandis qu'à l'étage inférieur, le club se mettait à gagner régulièrement et à être en haut du classement, sa présence dans l'élite lui promet des heures plus difficiles à gérer et un rôle de candidat à la descente qu'il s'agit d'accepter le plus tôt possible. "Oui, il faut s'habituer à perdre un peu plus de matches et à se remettre en cause un peu plus souvent." confirme l'ex coach du Gaz.

↦ À lire aussi : Le cas Haise

Des tumultes venus des résultats et du terrain qui se propagent aisément dans toutes les strates du club. Plutôt que de les craindre, il faut ainsi s'en servir pour s'épaissir le cuir et progresser. "J'avais envie de voir où ça allait brûler, où est-ce que ça allait faire mal, avoue Pickeu. Je n'avais pas envie que tout soit lisse. J'avais envie qu'on se trompe pour justement corriger derrière. Etre capable de trouver des solutions dans les moments difficiles, c'était le maître mot."

Une perspective face à laquelle Joseph Oughourlian paraît très serein, lui qui a mis en place, depuis sa prise de pouvoir dans l'Artois, tout un tas d'outils de gestion et de pilotage permettant de professionnaliser le club tout en lui assurant une pérennité économique et financière. "[Cette montée], c’est l’aboutissement de quatre ans de travail. Après deux années d’observation, on a décidé de reprendre la tête du club en direct. On a alors procédé à de nombreux changements dans les services, dans le management, sur le plan sportif. Une vraie révolution. On a beaucoup travaillé. Arnaud Pouille, le DG, a fait un travail remarquable en remettant le club sur une base de coûts tenables."

En choisissant Franck Haise comme entraîneur de l'équipe première, le Président assure également au secteur sportif une forme de continuité avec la philosophie développée par Philippe Montanier, le prédécesseur du poste. De quoi garantir, pour un temps au moins, une forme d'apaisement dans le vestiaire et sur le terrain.

Accepter le changement de statut, se préparer à perdre davantage, se renforcer de joueurs aimant jouer le maintien sans dénaturer la dynamique qui a permis l'accession, ni bouleverser l'équilibre du vestiaire, voilà donc, s'il y en avait une, la recette idoine pour une bonne première saison en L1. Au Racing de s'y préparer. "On est dans les starting-blocks." conclut le fondateur d'Amber Capital. Le contraire fut étonnant.




Citations : Ouest France, France Football, But Lens, rclens.fr
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