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Le cas Haise


Promus en L1, les dirigeants lensois ont un dossier prioritaire à gérer : celui de l'entraîneur.



Il faut dire que la situation est atypique en Artois. Le coach en place ne l'est que depuis deux rencontres, pour autant de victoires. Mais cela reste léger au regard de la saison écoulée et du résultat obtenu, à savoir l'atteinte de l'objectif fixé.

Quelle est donc la part contributive de Franck Haise dans ce succès ? C'est à ce type de questions que les décisionnaires du club sont confrontés depuis l'annonce officielle du terme de l'exercice actuel, annonçant de facto le commencement du prochain.

Lorsque le choix de mettre fin aux fonctions de Philippe Montanier fut annoncé, le DG du Racing Arnaud Pouille avait eu ces mots "Nous avons opté pour un correctif selon le constat d’une dynamique de faibles performances. On peut se poser la question de prendre quelqu’un en externe ou en interne. Opter pour la solution interne avait l’avantage de nous permettre de rester dans une connaissance plus approfondies des joueurs et du club."

Haise a les idées claires

La nomination de Franck Haise, déjà au club, s'inscrivait donc dans la continuité du travail effectué par l'équipe précédemment en place. En connaissant l'effectif et les méthodes, l'ex coach de la réserve assurait une constance opérationnelle indispensable à ce moment particulier de la saison. Le résultat des deux rencontres suivant sa prise de fonction a donné raison au board puisque l'équipe a retrouvé le chemin de la victoire.

Haise n'a rien révolutionné ni bouleversé dans la gestion du groupe, mais a plutôt opté pour des modifications liées au jeu et au positionnement tactique, sans pour autant remettre en cause la philosophie générale développée par Montanier. "Je viens avec mes idées, que nous partageons avec les joueurs. J’ai un groupe très réceptif, très sain, qui l'était déjà auparavant, notait le nouvel entraîneur après ses premières séances d'entraînement.

L'ex Lorientais a pour lui d'être arrivé avec des idées très claires, qu'il a parfaitement su transmettre à ses joueurs sans les bousculer outre mesure. "L’idée était d’arriver à sortir différemment les ballons avec un peu plus de variété et de défendre en avançant, d’ être assez conquérant. On se devait de créer du lien entre nos milieux, y compris les pistons et nos joueurs offensifs, notamment nos deux attaquants. Je voulais des attaquants plus proches les uns des autres."


Un électrochoc philosophique

Outre le jeu, Haise a surpris par son discours général et ses principes. Il a d'emblée accepter l'éventualité d'un échec à l'issue de l'exercice en rappelant notamment que "d'autres clubs veulent monter autant que Lens".  Ce positionnement philosophique audacieux alors même que Lens trustait le haut du classement depuis de nombreuses rencontres, s'offrant même un titre de champion d'automne honorifique a agréablement surpris les observateurs mais également les joueurs.

Car figés par la peur de perdre et de voir l'avance du club sur ses poursuivants au classement fondre comme neige au soleil, ces derniers avaient perdu cet état d'esprit d'initiative et de conquête qui leur était propre jusque là. Le coach a aussi eu cette phrase qui sonne comme un électrochoc philosophique aujourd'hui : "La défaite est un ciment et non une faille."

À son passif, l'on pourrait noter que Haise a sûrement profité de l'effet du changement, selon la théorie développée par Frédéric Hudson, Professeur à l’Université de Columbia. "L'existence est une succession de cycles constitués de plusieurs phases : le lancement, la désynchronisation, le désengagement et le renouveau". Sa nomination, encore toute fraîche lorsque le confinement généralisé s'est mis en place, n'en était donc qu'à sa phase de lancement et n'a, pour l'instant, pas donc connu les prochaines étapes, notamment celle de la désynchronisation.


La faible expérience du staff ainsi que celle de l'ensemble du club au niveau de l'élite du football français peut ainsi faire redouter une telle étape en début de saison prochaine. Phase qui serait -peut-être- mieux digérée avec un entraîneur plus capé à ce niveau, et qui interviendrait plus tardivement si celui-ci entamait son mandat le 1er juillet.

Ce changement de division couplé à la situation d'un entraîneur fraîchement nommé mais en fin de contrat en juin, et dont l'objet de la mission fut qualifié de "commando" par Arnaud Pouille, offre au RCL une page blanche avant d'entamer cette période de mercato toujours particulière. Joseph Oughourlian, le Président lensois, a rappelé d'ailleurs "qu'un plan L1 était d'ores et déjà établi" et que tout le club se trouvait "dans les starting-blocks."

Des dires confirmés par Haise lui-même : "On travaille depuis de nombreuses semaines avec Florent Ghisolfi pour anticiper tous les cas de figure. Cette période de confinement n’a pas été sans travail. Je ne sais pas ce qui se décidera de mon avenir au final, mais j’ai travaillé avec Florent et les membres du staff pour préparer le mercato."


Réintroduire ou non une dose d'inconnu dans l'organisation

Dès lors, le choix est cornélien mais très clair. Confirmé l'actuel entraîneur qui fut opérationnel dans un moment d'urgence et qui a fait montre des compétences indispensables pour exercer à ce niveau ou opter pour l'arrivée d'un tout nouvel entraîneur, à l'expérience plus solide qui pourra apporter une vision plus large et sans aucun doute différente de celle qui a permis de revenir dans l'élite.

En d'autres termes, accepter ou non de réintroduire une dose d'inconnu dans l'organisation.

Une réflexion que de nombreux penseurs ont eue, comme Jiddu Krishnamurti :  “Je mène une certaine vie ; je pense d'une certaine façon ; j'ai mes croyances, j'accepte certains dogmes ; et je ne veux pas perdre ces armatures de mon existence car j'ai mes racines en elles. Je ne veux pas qu'on les conteste, je ne veux pas que l'on vienne me troubler, car je me trouverais dans l'incertitude détestable de celui qui ne sait pas. Si l'on m'arrachait à tout ce que je sais et crois, je voudrais avoir une certitude raisonnée quant à ma nouvelle condition. Ainsi il se trouve que les cellules de mon cerveau se tracent certains circuits et qu'elles refusent d'en tracer d'autres, qui comporteraient une part d'incertitude. Le passage de la certitude à l'incertitude est ce que j'appelle la peur.” L'écrivain milite pour l'inconnu qu'il associe au renouveau.

Haise lui, opte pour la continuité. Plus sûre. Plus logique. "Ce qui est certain est que ce groupe a montré ses qualités en Ligue 2 avec une régularité, malgré quelques moments difficiles. Au-delà des forces des uns et des autres, ce groupe est humainement d’une grande qualité. Maintenant, ma direction et l’entraîneur qui sera présent, moi ou un autre, prendront des décisions pour préparer la Ligue 1. Ce groupe a de très belles valeurs et mérite de monter en Ligue 1."

Il n'y a en réalité pas de bonne ou de mauvaise décision. La seule erreur à commettre serait de ne pas faire de choix ! C'est à dire de ne pas s'offrir d'éléments de comparaison, de ne pas se permettre une analyse objective de la saison et de ne pas asseoir sa prise de décision sur des éléments rationnels mis en relation avec les prochains objectifs attendus. "Cette montée, c’est une étape. Et on va continuer maintenant, rassure Arnaud Pouille. Nos ambitions, on va en discuter, les présenter avant tout au groupe, aux salariés. Franck et son staff seront reçus et l'on prendra la bonne décision pour tout le monde." 

Le cas Franck Haise sera donc très prochainement résolu.
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