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Entre évolution et révolution


Le RCL semble avoir réussi sa transition en misant sur la stabilité. 


Bien qu’au niveau orthographique ces mots soient assez proches, le sens qui leur est donné est diamétralement opposé, comme le souligne Élisée Reclus, dans son ouvrage Évolution et Révolution, paru à la fin du XIXe siècle : « L’Évolution, synonyme de développement graduel, continu, dans les idées et dans les mœurs, est présentée comme si elle était le contraire de cette chose effrayante, la Révolution, qui implique des changements plus ou moins brusques dans les faits. »

L'évolution est donc perçue comme un mouvement naturel tandis que la révolution est ressentie comme l’irruption d’une violence venant tout bouleverser. C’est avec cette ambivalence, et la volonté de ne pas générer la peur en plus des doutes venus s’immiscer dans les esprits au regard des dernières performances de l’équipe, que les dirigeants du club Sang et Or ont jonglé dans leur communication entourant l’éviction de Philippe Montanier. « Nous avons opté pour un correctif selon le constat d’une dynamique de faibles performances » a d’ailleurs temporisé Arnaud Pouille. Le terme correctif est important, il renvoie notamment à ces patchs contenant des sections de codes ajoutés à un logiciel existant.

Pouille, encore : « On peut se poser la question de prendre quelqu’un en externe ou en interne. Opter pour la solution interne avait l’avantage de nous permettre de rester dans une connaissance plus approfondies des joueurs et du club. Mais cette option n’est viable que si vous en avez une que vous jugez crédible et digne de confiance »



Car, en football, un changement d’entraîneur n’est jamais anodin, surtout pas en cours de championnat. La décision aurait pu ainsi apparaître comme un fait brusque et inattendu, autrement dit comme une révolution. « Si on en est là, c’est qu’il y a des choses à changer, rappelle quand même Franck Haise. Changer certains joueurs, les systèmes. » Concrètement, l'ex coach de la réserve a changé de capitaine, mis sur la touche quelques joueurs (Gillet, Jean) et procédé à une remise à plat des statuts et des conflits via des entretiens individuels. 

Des modifications de forme, certes, mais peu de bouleversements sur la philosophie de jeu et sur les méthodes de travail. En somme, une simple évolution répondant au mouvement perpétuel des choses. « Nous travaillons, les joueurs le faisaient déjà avant, explique le nouveau coach. Mais nous le faisons forcément avec des choses un peu différentes. Je viens avec mes idées, que nous partageons avec les joueurs. J’ai un groupe très réceptif, très sain, qui l’était déjà avec Philippe Montanier, et je sens que nous allons avancer. »

Ce souci de continuité est essentiel dans l’équilibre du groupe qui a connu, il est vrai, une dynamique de points loin des standards nécessaires pour monter en L1, mais qui était malgré tout sur le podium du classement avant le bouleversement du staff. Pas de quoi donc tout remettre en cause.


Sur le terrain, cela s’est traduit par une reconduction de la défense à trois mais sur une modification des joueurs offensifs. « On se devait de créer du lien entre nos milieux, y compris les pistons et nos joueurs offensifs, notamment nos 2 attaquants. Je voulais des attaquants plus proches les uns des autres » décrit Haise, à l’origine de ce 3-4-1-2, transmutation du 3-4-3 de Montanier.

Selon l’adjoint de l’équipe de France, Guy Stephan ce système « met de la densité au milieu, donne de la liberté aux latéraux et place un meneur dans le cœur du jeu. Cela permet aussi une bonne répartition des rôles sur le terrain. »

Le rôle de meneur de jeu qui avait disparu depuis la mise au ban du 4-2-3-1 en début de saison est ainsi revenu dans la lumière, mettant en exergue les qualités de déplacements et de passes de Tony Mauricio « L’apport de Tony Mauricio entre les lignes a beaucoup pesé. Cela a aussi créé une proximité entre les trois attaquants. » note Haise. Une liberté offensive qui s'est combinée avec celles des latéraux, Boli et Traoré. Le long de leur ligne respective, ils ont régulièrement apporté le surnombre et les décalages, profitant du peu de velléités offensives des parisiens pour ne pas trop se soucier des espaces dans leur dos.


Autre évolution notable, un regain de rigueur et de discipline collective dans l’état d’esprit qui s’est illustré par une combativité et une volonté de défendre en avançant, voulu par le nouveau coach. Une attitude relevée dans le vestiaire de Charlety par le gardien Jean-Louis Leca « Pourquoi on est arrivé là ? Parce qu’un moment donné, nous avons été plus tranquilles, plus laxistes. Les gars, je n’ai pas fait un plongeon ce soir. Pendant 11 matches, je ne veux plus faire un plongeon. Je veux voir des lions comme ça. »

Le nouvel entraîneur a apprécié le contenu : « Il y a eu des choses intéressantes dans l’état d’esprit et dans le jeu quand on a pu l’animer, quand on a pu contrer et qu’il a fallu défendre. C’est une première intéressante. L’idée était d’arriver à sortir différemment les ballons avec un peu plus de variété et de défendre en avançant, d’ être assez conquérant ».

Des points positifs qu’il s’agira toutefois d’ancrer jusqu’à la fin de saison alors que l’on sait, via les travaux d’études de Frederic Hudson, Professeur à l’Université de Columbia, que « l'existence est une succession de cycles constitués de plusieurs phases : le lancement, la désynchronisation, le désengagement et le renouveau ». Ces cycles intègrent la notion de changement. Autrement dit, tout ce qui plaît dans ce qui est nouveau pourra ensuite moins convenir lorsque le cycle sera entré dans une autre phase que celle du lancement. 


Haise, qui a peut-être déjà lu les thèses de l'universitaire mondialement connu, a anticipé les déconvenues à venir en rappelant que  « la défaite doit être un ciment et non une faille ». Il a également fait front face à la potentielle pression inhérente au club de l'Artois depuis qu'il a quitté l'élite du football français en parlant ouvertement d'un échec potentiel et en rappelant que « d'autres clubs voulaient monter autant que Lens ».

Une résilience qui rappelle les propos de Charles Pépin, le philosophe qui s'est intéressé à l'échec : « L’échec, c’est une erreur doublée d’un sentiment de défaite. Certaines erreurs peuvent être rectifiées sans nous affecter plus que ça. D’autres nous terrassent car nous y avons joué une part de nous-mêmes, liée à ce que Freud appelait l’idéal du moi : c’est notre valeur même qui est remise en question. Ce qui nous accable, c’est le fait de confondre notre personne avec notre ratage, plutôt que de l’observer comme un fait à analyser, comme l’occasion d’un apprentissage ».

Ne pas confondre Lens avec ses défaites comme pour moins en avoir peur. Voilà bien la clé du succès ! 
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