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L'art du conservatisme


Pourtant adepte des équipes protéiformes, Philippe Montanier paraît manier cette saison l'art du conservatisme.


Adepte des équipes protéiformes, adaptables en fonction « de la qualité des joueurs et de leur complémentarité », Philippe Montanier semble pourtant enclin à maintenir le système actuel, faisant fi de la dynamique de points plutôt sur la pente descendante ces temps-ci.

« On peut évoluer dans un système à trois défenseurs. Ponctuellement, oui. Toute la saison, non. Il y a d’autres formules qui sont possibles. » rétorquait le coach à l’aune de la saison en juillet dernier. Dans son esprit, il imaginait un RCL flexible, au bloc compact et à la hauteur variable selon les situations de matchs et les adversaires. Pas forcément adepte des relances courtes et du jeu de position, il voulait que son équipe soit en phase avec la mentalité du Nord « A Lens, c’est le fief du jeu vers l’avant, de la générosité. Quand il y a une culture club, il y a forcément un impact et on essaye d’être en adéquation avec ça. »

Se définissant comme un pragmatique et imaginant ses stratégies en fonction des joueurs à l’inverse des entraîneurs dogmatiques qui imposent coûte que coûte leur vision du football à leur effectif « il y a des entraîneurs qui ne changent pas de système et on peut de toute façon gagner avec tous les schémas. Ce qu’il faut, c’est avoir une méthodologie et s’y tenir. Dans le foot, on peut gagner de différentes manières, quels que soient les courants de pensée », PM semble néanmoins peu enclin à bouleverser les équilibres, quand bien même la tendance est au ralentissement au niveau de la progression au classement mais aussi du point de vue du contrôle des matches.


Le technicien n’y voit d’ailleurs aucun lien de cause à effet « Je ne vois pas le rapport. On a pris 2 buts en 4-2-3-1, rappelle-t-il. Toutefois, on peut toujours s’adapter. Face à Châteauroux, on fait une bonne première mi-temps en 3-4-3. On ne concède qu’un tir, mais on prend un but. On revient, on change de système en 4-2-3-1. Cela nous déséquilibre défensivement, mais cela nous arrange offensivement. Ce qui est dommageable est d’avoir été extrêmement friable sur 20 minutes. Il faut vite corriger cela. »

Le coach Sang et Or fait donc un choix clair : il pointe les erreurs individuelles condensées sur une vingtaine de minutes selon lui, plutôt que les manquements collectifs ayant amenés ses hommes à être menés au score à la pause. « Ce sont des défaillances individuelles. Un coup, ce sont les défenseurs, un coup, c’est l’arbitre. Malheureusement, cela fait partie du foot. » Car, certes, le 3-4-3 permet une bonne occupation des espaces sur la largeur du terrain comme le démontre la théorie des cinq couloirs, établie par Pep Guardiola.

Ce dernier, en effet, découpe le terrain en cinq bandes verticales, dans lesquelles les joueurs doivent se positionner. L'objectif est double : étirer le bloc adverse et multiplier les solutions de passes pour le porteur. Ainsi, les joueurs ne vont pas vers le ballon dans un mouvement d'inspiration, mais doivent plutôt attendre dans un espace bien défini que celui-ci vienne à eux.


Une approche qui touche ses limites lorsqu’elle mal utilisée, comme ce fut le cas récemment par les Lensois. D’une part les pistons et les milieux ont tendance à décrocher pour demander le ballon en position basse. Un mouvement contre-productif dans l’animation proposée. Car dans cette configuration, décrocher c'est accroître un avantage numérique qui existe déjà.

Le seul résultat est alors une désertion de zones situées plus haut sur le terrain. « La défense à trois offre un surnombre originel par rapport à la ligne de pression adverse, bien souvent constituée d’un seul voire de deux joueurs. Le porteur du ballon doit venir fixer l’attaquant afin de libérer ses coéquipiers de la défense. Ces derniers doivent faire l’effort de proposer un décalage. » explique l’analyste vidéo de Leipzig, dont l’équipe vient de faire une démonstration quasi parfaite de l’usage du 3-4-3 en Ligue des champions.


Un mouvement devenu rare au sein de l’équipe artésienne, notamment depuis l’absence de Gradit, meilleur relanceur en défense. La tentation, à laquelle les joueurs ont bien souvent succombée, est donc d’allonger la relance ou de solliciter un décrochage des milieux relayeurs, plus habiles techniquement.

Offensivement, en plus de pâtir d’une désertion et donc d’une infériorité numérique, ces longues relances sont difficiles à exploiter du fait de l’impossibilité de jouer les seconds ballons. Car si les relayeurs décrochent défensivement, ils ne peuvent se projeter devant pour soutenir leur ligne d’attaque et ainsi reconstituer les triangles de passes que proposent le schéma en 3-4-3.


La bonne disposition des joueurs favorise la formation de triangles naturels. Les joueurs peuvent ainsi multiplier les appuis-remises, essayant de trouver en une touche des partenaires face au jeu. Le schéma idéal est celui-ci : passe intérieure d'un défenseur central à l'un des attaquants ; remise vers un milieu relayeur face au jeu ; ouverture dans l'espace vers un des deux pistons de côté. Trop peu observé dernièrement dans le onze lensois.

Par ailleurs, les ailiers cherchent moins à se situer dans les espaces intermédiaires, pourtant les plus difficiles à défendre pour l’adversaire, et les pistons, sans doute éprouvés physiquement, ne parviennent plus à occuper pleinement les couloirs, ne contraignant donc plus le bloc d’en face à s’étendre et se disloquer. Lorsque ces situations se produisent, les approximations techniques viennent, par moment, gâcher l’opportunité offerte.

Dans l’illusion d’un contrôle de la verticalité et de l’horizontalité, Montanier semble donc s’être mué en conservateur, alors même que, nous venons de le voir, ses hommes semblent de moins en moins capables de faire un bon usage du système tactique actuel. Cela dit, l’aspect physique compte également puisqu’on constate que le RCL n’a plus forcément la mainmise sur le tempo, et ne parvient plus à opérer un pressing agressif et collectif sur le porteur du ballon adverse. Manquant de puissance, et de variété face aux oppositions rencontrées, le collectif artésien ne s’en remet plus dernièrement que sur des éclairs individuels.


L’idée du staff, en fonction du travail foncier opéré en janvier, est donc de voir son équipe retrouver un second souffle à l’aube du printemps et du sprint final. Il s’agirait donc, d’ici là, de faire le dos rond et de rester accrocher à des principes et des certitudes qui l’ont menés, il est vrai, jusqu’à une solide deuxième place au classement. « Il n’y a pas le feu au lac, précise JL Leca, gardien du Racing. Nous avons toujours 2 points d’avance. Nous avons notre destin entre nos mains. Si on gagne les 13 prochains matches, personne ne peut nous rattraper. »

Peu de chances donc de voir un système à quatre défenseurs poindre le bout de nez dans les rencontres à venir. Quand bien même les solutions offensives à disposition pourraient le permettre, en associant, par exemple, un joueur de fixation tel que Sotoca à un joueur de profondeur du profil de Jean, ou en positionnant Robail et Mauricio en milieux offensifs rentrés dans l’axe permettant de maintenir la combinaison avec les latéraux. Ni d’offrir du temps de jeu à des joueurs de couloirs comme Boli ou Keita « Jules est victime de la concurrence importante en attaque. »

La solidité défensive affichée jusqu’à présent, en dehors du trou d’air observé à Châteauroux, plaide en faveur du maintien de l’existant. En effet, la défense à trois permutable en un alignement à cinq offre une capacité de couverture importante, permettant de palier à la lenteur de certains joueurs et à une compensation entre joueurs plus faciles.


Pourtant, selon Ancelotti, « le 4-4-2 est le meilleur système d’un point de vue défensif » en plus de doter le secteur offensif d’un nombre important de joueurs et de solutions. Des qualités défendues depuis des années par Christian Gourcuff qui voue un culte à cette organisation « C'est déjà une organisation en zone. Pour moi, le 4-4-2 en ligne, c'est à la fois le système le plus rationnel et le plus souple. Le plus rationnel d'abord en ce qui concerne l'occupation de l'espace et les changements opérés lorsqu'on passe d'une phase défensive à une phase offensive. Le plus souple aussi parce qu'il permet de s'adapter à toutes les qualités individuelles des joueurs. »

Adaptabilité et souplesse, deux valeurs pourtant chères à Philippe Montanier. L’ex coach du FC Lorient ne s’arrête pas là et poursuit sa logorrhée « Il y a des relations fortes par paires, mais aussi beaucoup de triangles. Les joueurs occupent une zone avant de charger un joueur. Comme le marquage n'existe pas, il faut la participation de tous. Derrière, on se sert pas mal de ce que j'appelle le 1+3 : un qui sort sur le porteur et trois qui couvrent derrière. Ensuite, le fait de jouer en ligne, ça permet d'optimiser l'espace, d'utiliser la largeur pour mieux, en phase offensive, voir un milieu excentré rentrer alors que son latéral déboule. Pour les milieux axiaux, ils ne sont pas réellement à plat. Il y en a toujours un qui monte, et un qui reste en retrait. »

Des arguments qui collent parfaitement à la philosophie du jeu déployée jusqu’à présent par les Sang et Or. De ces idées, initiées par le grand Arigo Sacchi à l’AC Milan, est apparue une proposition de onze que nous partageons pour conclure.


Cette équipe n’est que théorique, et son animation resterait à démontrer. Elle sert en tout cas le propos de cet article, le même que celui tenu par Philippe Montanier au commencement de la saison : « Dans le foot, on peut gagner de différentes manières, quels que soient les courants de pensée et les systèmes mis en place. »

Chiche !



Citations : lensois.com, So foot, L'Equipe.
Photos : But football, rclens.fr, lensabsolu.
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