Dernières nouvelles

La faiblesse des liaisons


En proie à des manques, le RCL connaît un ralentissement dans sa dynamique de points.


La locution adverbiale « c’est mieux que rien » a vu son usage bondir en flèche dans l’Artois au sortir du piteux 0-0 concédé par les lensois devant Grenoble. Il est vrai qu’au regard de la performance du premier poursuivant (défaite de l’ACA), et du contenu proposé par les Sang et Or, ce point obtenu pouvait être perçu comme positif par un bon nombre d’observateurs, dont Philippe Montanier « On se contente du nul au regard de la prestation. Quand on n’est pas bon, il faut savoir ne pas perdre. »

Une indulgence assez vite effacée, malgré tout, par les défauts récurrents dont paraissent souffrir les actuels 2nd du championnat de L2. « Quand vous êtes faible techniquement, que vous loupez autant de passes, de contrôles, c’est compliqué de faire quelque chose d’acceptable. » fustigeait d’ailleurs le coach. Des manques déjà apparus plusieurs fois cette saison, mais bien souvent gommés par la puissance physique déployée, la bonne occupation des espaces proposée et la rapidité constatée lors des phases de transitions.

Pour rappel, il existe deux types de transition. La défensive qui voit l’équipe en possession du ballon passer à une phase sans ballon. Et, donc, l’offensive, qui voit l’équipe sans ballon passer à une phase de possession. Les forces lensoises cette saison étaient concentrées autour de ces deux passages obligés que doivent affronter toutes les équipes de football au cours d’un match.

La faiblesse technique et le manque de précision dans les enchaînements de passes contraignant le Racing à n'avoir pas d'autres options, le jeu de position par exemple, étant beaucoup plus exigeant en terme de qualités footballistiques. Un problème que connaît 90% des équipes professionnelles en France. 


Dès lors, l’idée de Montanier était simple : c’est lors de ces phases que peuvent se créer les déséquilibres au sein d’une équipe, leur maîtrise est donc primordiale. Des failles creusées dans les défenses adverses poindra la lumière des victoires Sang et Or. Cette philosophie d’attaques verticales associée à une volonté de défendre en bloc sans forcément presser haut, est la recette du succès actuel. 

Elle est aussi l’explication du moins bien constaté dernièrement. Car le RCL connaît plus de difficultés à passer d’une phase à l’autre « Nous devons trouver plus de liant dans le jeu et ça payera, analyse Yannick Cahuzac, pièce maîtresse du milieu de terrain artésien. Le travail, il n’y a que ça de vrai et c’est comme ça que nous allons atteindre notre objectif. »

Lors de la transition défensive, l’équipe semble davantage coupée en deux que lors des matches précédents. Il y a moins cette impression de bloc compact maîtrisant la totalité des espaces et la progression adverse. « Grenoble a été compliqué à jouer. Ils ont bien joué le coup sur les contres avec des joueurs rapides. » observe Corentin Jean. Il est rejoint par son coéquipier Cahuzac « Nous restons solides, même si nous avons concédé une ou 2 occasions car nous nous sommes ouverts. »


D’où peuvent provenir ces quelques défaillances inédites ? Sans doute de l’adversaire lui-même qui appréhende chaque semaine un peu plus les potentiels points faibles du onze artésien. Aussi, et surtout, de l’application et de l’engagement des joueurs présents sur le terrain côté lensois. De quoi faire regretter chez certains les absences de ceux s’étant assis sur le banc. Ce fut le cas notamment pour Radovanovic ou Sotoca. Le premier pour ses qualités de placement, de dureté sur l’homme et de premier relanceur, le second pour son repli défensif et son dévouement collectif.

Car du côté de la transition offensive, le constat n’est guère plus encourageant. Comme déjà évoqué, un déchet technique important a été observé avec fatalisme par le coach, tout comme un manque criant d’idées créatives et de mouvements pouvant générer un déséquilibre de la défense adverse. 

Et cette observation vaut aussi bien pour la première relance, provenant généralement des défenseurs, comme pour les passes cherchant à transpercer les lignes dans les trente derniers mètres adverses « Ils ont été solides et nous n’avons pas trouvé les solutions en nous adaptant. Nous nous sommes mis en danger tout seul et nous avons fait des erreurs techniques. C’est frustrant, témoigne encore l’ex toulousain Jean. Grenoble bloquait nos schémas de passes. Il y a eu du déchet, c’était difficile pour tout le monde. »


Jean, était celui qui avait su débloquer une situation similaire rencontrée lors du dernier match face à l’ESTAC, recroquevillé devant ses buts car en infériorité numérique. Cette fois, les entrants n’ont guère apportés de solutions. 

Toutefois, le RCL ne peut (et ne pourra) s’en remettre à une décision individuelle pour faire basculer la décision d’une rencontre. Il va lui falloir [ré]inventer une solution collective et maîtrisée. « Un mauvais match, ça arrive ! tempère Cahuzac. Il va falloir que l’on travaille. Rien n’est fait, il faut travailler au quotidien, c’est comme ça qu’on y arrivera. » Son entraîneur abonde dans le même sens, celui de la dédramatisation, notamment au regard des chiffres et du classement, dans lesquels le RCL figure en très bonne posture. « Nous sommes en février, si on avait gagné, ça n’aurait rien changé. »

Mais, il va s’agir pour le Racing de retrouver, au plus vite, la cohérence qu’il a construit à l’entame de cet exercice, et sur laquelle il a pu reposer depuis. Elle passe par une gestion de groupe renforcée, au détriment d’une logique de statuts ou d’équipe. Une difficulté reconnue par le coach : « Ce n’est pas facile tous les jours de gérer quand tout le monde est sur le pont alors que 23 joueurs sont prêts à jouer pour onze place sur le terrain et 7 sur le banc ». 

Elle passe aussi par une recherche constante de sérénité à mesure que l’atteinte de l’objectif approche et que la pression médiatique et populaire accompagnant l’idée qu’un retour dans l’élite est possible se fait forte. « La maîtrise du stress, c’est ce qui fait la différence entre les champions et les autres, note PM. J’ai eu l’occasion de parler avec Claudio Bravo que j’ai eu à la Real Sociedad après son départ à Barcelone. Il m’a dit que la grosse différence, c’est qu’il y a une énorme pression, mais qu’elle les laisse imperturbables. Il faut souhaiter que nous ayons une pression énorme sur la fin de la saison, ce sera bon signe. Il faut profiter de ces moments même s’il y a de l’appréhension. Souvent, elle met en éveil et permet de donner le meilleur de soi-même ».

Enfin, par le jeu et la boucle d’amélioration continue qu’il doit irriguer au sein de l’effectif. Boucle entretenue par le staff quotidiennement et portée par le coach, qui n'hésite d'ailleurs pas à citer Mandela à ses joueurs « Soit je gagne, soit j'apprends. »

Apprendre, de soi-même et des autres, c’est ainsi que la route s’est dessinée au lendemain du barrage retour et c’est ainsi qu’elle continuera de se tracer jusqu’au sommet encore lointain, mais de plus en plus imaginé, d’un bonheur collectif et historique que l’on aura tous bon temps de savourer et partager.


Citations : lensois.com
Photos : Voix du Nord, Ouest France, rclens.fr