Header Ads

La douceur de la patience


Pour trouver la faille face au bloc défensif proposé par Troyes, le RCL a développé une vertu : la patience.

Cette qualité est d'ailleurs, bien souvent, l'apanage des bonnes équipes.
 
Du fait des aléas du calendrier (match de Guingamp reporté à une semaine), des éliminations prématurées des Coupes mais aussi d'une incapacité à faire la différence (3 résultats nuls consécutifs), le RCL de Philippe Montanier a vu plus d'un mois s'écouler entre son succès de décembre glané face à Niort et celui obtenu contre l'ESTAC à Bollaert-Delelis.

Dans ce laps de temps conséquent en football, il a fallu aux Sang et Or faire preuve d'une force mentale conséquente pour ne pas laisser certains doutes s'implanter dans les esprits. Un travail important a été mené par le coach notamment, afin de rappeler que même si chaque match est important dans la construction d'une montée en L1, rien n'était cependant irréversible à ce stade de la saison. "Chaque match est difficile. La semaine est importante mais pas capitale" répétait-il avant cet enchaînement de matches, comme un mantra. 


L'autre point fort du Racing cette année est de pouvoir compter sur un nombre important de joueurs cadres, permettant au groupe de bien vivre ces périodes parfois frustrante pendant lesquelles les résultats sont moins en phase avec les espoirs affichés "On savait que les mois de janvier et février allaient être compliqués sur le papier" rappelle Guillaume Gillet. Un homme averti en vaut deux, et l'ex-joueur d'Anderlecht le sait. Le milieu belge tient d'ailleurs un rôle fondamental dans l'équilibre de l'équipe, aussi bien sur le terrain qu'en dehors. "On attendait la victoire depuis un petit moment avec la trêve. Elle est enfin là, devant notre public et surtout face à un concurrent direct. Ce succès est important et ne souffre d’aucune contestation tant on a dominé le match, même si l’adversaire était à 10."

Pourtant, la patience n'est pas une qualité inhérente au football. Nombreux sont les entraîneurs et les joueurs, à demander de la patience à tous ceux qui jugent leurs performances, en rappelant que le temps long est le plus précieux des atouts dont une équipe peut disposer. Même au cours d'une rencontre, il faut parfois savoir attendre son moment en gardant le fil de sa stratégie plutôt que de partir à l'abordage dans une illusion de mise sous pression de l'adversaire, générée par la précipitation et l'augmentation du rythme du match. 

Si on lit la Revue d'Éthique et de Théologie morale, on apprend que "la vraie patience ne peut pas consister à transformer la passibilité en impassibilité, car il n’y a de patience que dans l’épreuve d’être mis en mouvement par ce qui n’est pas soi". 


En somme il s'agirait de savoir "laisser les choses se donner d’elles-mêmes, comme le père, dans la parabole de l’enfant prodigue, attend que son fils revienne de lui-même. La patience est un mode fondamental de l’être au monde, qui consiste dans une confiance en la manifestation des êtres, et il s’agit donc de savoir dans quelle mesure l’analyse phénoménologique contemporaine peut réactiver l’ancienne valorisation de la patience, en lui donnant une signification très élargie pour montrer en quoi le fait d’être passible n’est pas un obstacle à la liberté de la connaissance et de l’action, mais sa condition". 

En s'accrochant et en poursuivant notre lecture, l'on notera enfin que "la patience n’est ni une pure passivité docile, ni la constance d’une volonté, elle est une certaine façon de demeurer face à ce qui se donne, qui n’est pas une simple permanence dans le temps de la substance, mais une façon de durer en endurant une relation". Un principe que les hommes de Montanier ont parfaitement appliqué au cours de ces dernières semaines jusqu'à cette rencontre face à Troyes. L'équipe de l'Aube était venue à Bollaert-Delelis défendre ses positions afin d'enrayer une série de défaites entamée en début d'année. 

Contraints d'user d'un jeu de position (69% de possession) qui n'est pas leur point fort, les Lensois ont su rester solides défensivement, pour, au fil du temps, asseoir de plus en plus leur emprise, grâce à une application technique importante et un apport de ses remplaçants, comme souvent, décisif.  "Nous savourons cette première victoire de l’année. Il y avait très peu d’espaces, il fallait être patient. Tant qu’on ne trouve pas la faille, on s’accroche. Troyes n’est pas facile à jouer. Il ne fallait laisser aucune miette, ce que nous avons fait défensivement. L’équipe a fait un match extrêmement sérieux." commentait le coach. 


Une impression que ne partagent pas les joueurs troyens, forcément un peu frustrés d'avoir dû jouer en infériorité une bonne partie de la rencontre "Lens ne nous a pas beaucoup mis en danger. Ils n’ont pas montré grand-chose mais ils ont marqué ce but alors que l’on savait qu’il fallait tenir ce nul 0-0 le plus longtemps possible." dixit Giraudon. 

La situation est aujourd'hui limpide pour les Artésiens. Solidement installés à la 2nde place, ils possèdent 4 points d'avance sur le troisième, et 8 points de plus qu'à pareille époque l'an dernier à l'issue de laquelle ils avaient arraché la 5e position et frôlé le Graal en barrages contre Dijon. 

De quoi rendre palpables leurs progrès que tous les observateurs ont constatés. Mais là encore la patience reste de mise puisqu'elle permettra aux Sang et Or de rester concentrés sur leur sujet sans trop se projeter sur le printemps qui arrive, laissant entrevoir la fin de saison. Car à mesure que s'approchera l'échéance, les nerfs seront passés de plus en plus sur le gril. 


Gillet, encore lui, n'ignore rien de cette tension mêlée à l'adrénaline d'une joie programmée et entrevue chaque jour davantage : "A nous de rester humbles, comme on le fait à chaque rencontre. La ligne d’arrivée est droit devant, mais elle est extrêmement loin. Il peut se passer beaucoup de choses, mais je suis confiant vis-à-vis de ce groupe et des personnes qui l’entourent. On a tout ce qu'il faut pour y arriver !"

Doté d'une riche variété dans ses possibilités de jeu, d'un groupe soudé et d'un sang-froid qu'il a su acquérir, le RCL semble n'attendre que son heure. Sans passivité mais avec la conviction certaine que les choses qu'il attend depuis longtemps vont enfin se donner à lui. Relisons La Fontaine : "patience et longueur de temps font plus que force ni que rage."


Photos : L'Équipe, VDN, Courrier Picard.
Citations : lensois.com
Fourni par Blogger.