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Critique de la raison pure



Éliminé piteusement dès le 8etour de la compétition par les amateurs du FC Dieppe (N3), le RCL va se focaliser sur son objectif.

Un choix de raison et de gestion.

Kant, dont le titre de cet article fait référence, remettait en cause l'idée que l’esprit, l’intellect, ou plutôt, pour employer son vocabulaire, l’entendement, serait une sorte de milieu neutre dans lequel viendraient se former les idées. Sa théorie est que l’entendement a une certaine forme. Cela signifie qu'il n’accueille pas les idées des choses extérieures sans les modifier, comme ce serait le cas si c’était une sorte de terrain neutre. En fait, pour devenir objet de connaissance, et se constituer en tant qu’idée, il faut que les idées se modifient de manière à s’adapter à la forme de notre entendement. Le philosophe prenait souvent l'image parlante du verre : "Pour pouvoir rentrer dans le verre, le liquide doit pouvoir prendre la forme de celui-ci, quelle qu’elle soit. De même, pour pouvoir se former en notre entendement, une idée doit pouvoir se plier à la forme de notre entendement". Imparable.

Quel est l'entendement partagé par la presque intégralité du football professionnel français ? La priorisation ! Le postulat de départ est bien connu du monde de l'entreprise. En effet, si plusieurs éléments d’un projet peuvent être ajustés au cours de sa réalisation, comme les ressources qui lui sont affectées ou son budget, il en est un sur lequel on ne peut pas agir : le temps.

C’est pourquoi la priorisation des tâches est primordiale pour la réussite d’un projet. Il est malheureusement trop fréquent de consacrer du temps et de l’argent à la réalisation de tâches qui, au final, auront une importance moindre, tout en mettant de côté des actions pourtant incontournables. Une priorisation judicieuse des travaux est donc une condition sine qua non de la réussite d’un projet. En football, et dans le cas du RCL, il s’agit donc de trier en amont les rencontres importantes de celles plus quelconques. Séparer le bon grain de l’ivraie en quelques sortes. 


Rotation d'effectif de rigueur

"Ce qui est important est rarement urgent et ce qui est urgent rarement important." déclarait l’ex Président des USA, Dwight David Eisenhower. De cet argument est né une matrice permettant à chacun d’organiser ses tâches de façon optimale. Le but ? L’atteinte des objectifs et une meilleure productivité. En foot, la finalité de son usage est surtout portée vers les résultats des matchs et la position au classement.

L’idée prévaut d’ailleurs chez la quasi-totalité des clubs tricolores, qui l’appliquent à toutes les compétitions. Il est ainsi très courant de voir les équipes B de clubs européens évoluer en Ligue Europa, les réserves s’aligner en Coupe de la Ligue ou encore des onze remaniés se frotter à des équipes de moindres calibres lors de la Coupe de France.


Le RC Lens ne fait pas office d’exception à la règle. À Nîmes, il avait présenté une équipe largement remaniée lors d’un déplacement en Coupe de la Ligue, à quelques jours d’affronter le concurrent direct en championnat Lorient. Idem, donc, lors de cette rencontre de Coupe de France, contre des Normands un peu surpris "On s’attendait plutôt à être bousculés et à devoir serrer les dents" développait d’ailleurs le gardien local. Tout le contraire s’est produit puisque les Sang et Or ont payé une entame catastrophique offrant un avantage de deux buts à leur adversaire, que les hommes de Montanier ne sont jamais parvenus à remonter "On n’a aucune excuse" pestait d’ailleurs ce dernier après le match.

Pourtant, la composition de son onze de départ, bien qu’organisé en 3-4-3 (le seul élément stable à relever) peut permettre de nuancer ce résultat décevant. En effet, l’équipe alignée sur la pelouse boueuse de Dieppe n’avait que peu de choses à voir avec celle qui est l’actuel deuxième de L2 "La Coupe permet à certains joueurs moins utilisés de s’exprimer, explique le technicien Artésien. Au moins, j’ai pu voir". Toutefois, au-delà des hommes et des compositions, la Coupe de France demande surtout de l’engagement, du panache, de l’application technique et un certain respect du football et de son esprit de compétition. Des ingrédients qui ont visiblement manqué au Racing "Ce n’est pas tant sur les individualités que l’on a perdu, mais bien sur notre niveau technique et sur notre début de match" confirmait PM.


La raison plutôt que l'émotion

En privilégiant, presque ouvertement la raison à l’émotion, Lens a fait un choix au risque de s’éloigner, par exemple, de l’esprit de Daniel Leclercq, dont les travées de Bollaert-Delelis semblent emplies depuis la disparition du Druide. Car le grand blond goûtait peu les calculs et militait pour un football total, dédié exclusivement au jeu offensif. Aussi, son équipe championne de France en 1998 avait atteint la finale de la Coupe de France ainsi que les demi-finales de la défunte Coupe de la Ligue.

Aujourd’hui, le discours est tout autre "Il faut reconnaître que ce sont les plus vaillants qui se sont imposés, concédait volontiers le Directeur Général, Arnaud Pouille. On supportera les Normands dans la suite de la compétition". Cette déclaration saupoudrée de fair-play est en réalité une façon de faire immédiatement table rase et de se tourner pleinement vers les deux dernières rencontres de championnat de l’année, tout en n’accablant pas outre mesure les manquements des joueurs.


Rappelons que ce huitième tour était tout de même le troisième match disputé par Lens en neuf jours. Deux autres suivront d’ici la trêve programmée le 21 décembre. Cette élimination « offrira » ainsi à tout le monde, une coupure totale de plusieurs jours non négligeable, puisque le prochain tour de Coupe, prévu le week-end du 4 et 5 janvier doit marquer le retour à la compétition pour les clubs professionnels concernés. Le championnat n’est lui attendu que pour le week-end suivant.

Un laps de temps qui doit permettre aux hommes de Montanier de parfaire leur récupération en vue de la deuxième partie de saison, dont l’intensité va aller crescendo "Le temps du repos est primordial dans le sport de haut niveau. Il doit être cet instant où l’on va prendre soin de son système nerveux autant que de ses forces vives et de son énergie physique, nous confie ce consultant spécialisé dans ce domaine. On parle de récupération active et de récupération passive. Cette dernière est la plus simple, elle consiste généralement à dormir et à se reposer. S’agissant de l’active, elle préserve l’activité sportive mais de façon douce. Elle permet ce que les footeux appellent le décrassage des organismes."

Une phase déjà privilégiée par Montanier lors de l’inter-saison au détriment de la préparation physique plus traditionnelle "Il fallait que chacun se ressource après presque un an de compétition. Je l’avais promis aux joueurs. On a pris le risque de démarrer moins bien". Démarrer moins bien mais pour mieux finir. Car la saison du Racing pourrait s’étendre jusqu’à la fin du mois de mai en cas de barrage d’accession. Autre élément à prendre en considération, l’élimination prématurée de tous ses concurrents directs, hormis Lorient, qui s’alignera en 32e de finale. En cas de qualification, les merlus verront leur mois de janvier se charger : 16e prévus les 18-19/01 et 8e les 28-29/01, tandis que la 21e journée de L2 est programmée le 24/01 et la 22e le 31/01.


La priorisation évoquée au début de cet article prend ainsi tout son sens et évite donc le risque d’une dispersion, toujours contreproductive "En multipliant les projets, on divise sa capacité d’investissement et sa disponibilité d'autant" note ce formateur  en entreprise, expert en organisation. Un mal propre à l’Homme selon Jean-Philippe Lachaux, chercheur à l’Inserm, pour qui le "zapping attentionnel " est une réaction. "Pour survivre, tout animal doit à la fois se concentrer sur ce qu’il fait (suivre sa piste) et se montrer attentif à son environnement. Le cerveau humain ne cesse d’osciller entre une attention focalisée sur ce qu’il est en train de faire et une vigilance aux sollicitations de son environnement. Le mode multitâche du cerveau est ainsi quasiment constant". Pour illustrer ses propos, J.P. Lachaux évoque "le dilemme du chercheur dor en train d’exploiter son petit filon tout en étant tenté d’aller voir plus loin s’il n’y a pas mieux". Ce dilemme entre l’exploitation (poursuivre le travail en cours) et l’exploration (aller voir ailleurs) est le lot quotidien de tout être humain. Il touche ainsi les joueurs Sang et Or qui ont fait le choix, consciemment ou pas, de rester focaliser sur leur travail en cours, à savoir d’arpenter le long chemin menant tout droit à l’élite du football français.

Un choix dont chacun saura se souvenir dans l’Artois en cas d’euphorie générale en mai prochain.
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