Header Ads

Black Friday


Esquisse de portrait de celui qui vient de nous quitter et qui symbolisait la grandeur du RCL. 


L'on pourra tout lire, tout entendre et tout se remémorer durant les jours qui vont suivre la disparition de Daniel Leclercq, mais il était important, pour Lens absolu, de trouver quelques mots à la hauteur du bonhomme.

Le grand blond, comme il était surnommé, reste à ce jour l'unique entraîneur titré avec le RC Lens. C'était en 1998, un autre siècle, une autre époque. Celle où le jeu prévalait sur l'enjeu, où les moyens justifiaient la fin et non l'inverse "Il incarnait le football total. Il voulait qu'on marque des buts. Il fallait jouer dans cette optique là." se souvient Yoann Lachor, champion avec le Druide. Une ligne directrice confirmée par le Président de l'époque Gervais Martel "Je me souviens que lors des causeries d'avant-match, il ne parlait jamais de l'équipe adverse. Seule son équipe l'intéressait. Le jeu, c'était sa vie. Toute sa vie. C'était un gars exceptionnel qui puait le football. Il sentait les choses". Leclercq voyait les choses ainsi : dans son amour du football vivait son amour des joueurs au sein duquel figurait son amour de l'Homme, et de la puissance des convictions. 

Leclercq c'était donc d'abord une certaine idée du jeu intimement mêlée à celle du Nord et de l'Artois. Pour lui, Lens devait pratiquer un football en adéquation avec ses racines minières, ouvrières et modestes. Une identité ressentie des années plus tard par Éric Carrière : "Lens a la culture du foot britannique, du jeu direct, de l'agressivité... C'est tout de même l'identité du club, ça se ressent dans le jeu".

Le Druide était donc de ceux pour qui le jeu surpassait tout le reste. "Les tactiques ne sont pas choisies pour convenir aux meilleurs joueurs. Elles doivent convenir à notre jeu." disait Valeri Lobanovski, illustre entraîneur du Dynamo Kiev. Un concept que partageait indéniablement le technicien lensois.


L'équation résolue dans son esprit a donné ce football ultra offensif, exigeant, combatif et généreux dans les intentions. Une abondance d'efforts érigée comme un dû que son équipe devait à son public "Faire plaisir aux supporters était l'un de ses leitmotivs. Il fallait être digne d'eux et il nous rappelait souvent que des gens galéraient pour venir aux matches. On n'avait pas le droit de les décevoir, il fallait véhiculer des valeurs de combattants" confie encore Lachor. Une réussite, tant chaque lensois, ayant eu la chance d'assister à un match durant cette période, en garde un souvenir heureux. 

Ce lien revigoré entre la ferveur des tribunes et la joie des joueurs à être ensemble sur le terrain pour avancer vers un but commun fera la force du RCL made in Leclercq. Il l'emmènera au plus haut du foot français le temps d'une saison. Ce lien encore l'obligeait toujours à une exemplarité dans le comportement. Humilité, rigueur et travail. Souci du détail, tempérance, noblesse et gloire du labeur. Des maîtres mots pour lui. Exigence qu'il imposait également à ses hommes pour en tirer le meilleur par la suite. Ce que confirme Anton Drobnjak, le buteur de l'équipe : "Daniel était très calme à l'extérieur mais il savait motiver une équipe. Je ne suis jamais entré en conflit avec lui. Le monde serait plus beau s'il y avait davantage de gens comme lui". Martel ajoute : "C'était un homme intransigeant. Avec tout le monde. Mais je n'ai pas connu de grands entraîneurs qui ne l'aient pas été".


Un grand entraîneur, technicien et meneur d'hommes, voilà le descriptif rapide et concis de Leclercq qui reste le plus juste. S'y limiter serait omettre son fait principal : celui d'avoir été à l'origine de la plus profonde joie ressentie par tous les supporters du Racing, un soir particulier du 9 mai 1998. Ce même soir qui a vu Bollaert-Delelis devenir un écrin lumineux, fervent et sublime, au cœur de la nuit, et qui, aujourd'hui, brille dans tous les yeux des amoureux du RCL, à chaque instant où ce souvenir refait surface.

Le Druide se place donc aussi et surtout sur le plan de l'émotion et de la passion. La même qui irrigue depuis des générations toutes les personnes qui suivent de près ou de loin le club Artésien. Daniel Leclercq est au cœur de la légende Sang et Or car son œuvre, au sein du club, est ce souffle qui permet à celui-ci d'avoir pu traverser toutes les turpitudes qu'il a connues dans un passé récent. 

C'est ce souffle qui amène des gens à faire des centaines de kilomètres pour assister à une pauvre rencontre de L2 un lundi soir. Ce souffle qui fait résonner si fort les chants repris à l'unisson. Ce souffle, enfin, qui fait du temps qui passe, non la somme des émotions perdues, mais l'addition de celles vécues intensément que l'on conserve en soi comme un bien éternel. 

Adieu Daniel. 

Fourni par Blogger.