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La mutation tactique


Un succès, ça se construit. Un principe cher à Philippe Montanier. Parmi les principaux chantiers, le système tactique. 


L'on a d'ailleurs de nombreuses fois évoqué ici la révolution tactique à l'œuvre en Artois depuis l'instauration de cette défense à trois. Ces analyses partaient de l'étude d'un système posé sur papier, au coup d'envoi d'une rencontre. Issues d'une vision figée et purement théorique, ces réflexions sont, bien souvent, remises en question selon la réalité d'un match et de son résultat.

Venons donc ici au plus près du terrain et parlons d'une notion en vogue aujourd'hui chez les entraîneurs, à savoir la mutation tactique.

D'abord, pourquoi parler de mutation ?  En génétique, la mutation est décrite comme "L'apparition brusque, dans tout ou partie des cellules d'un être vivant, d'un changement dans la structure de certains gènes". En clair, toute structure vivante est amenée à changer. Hors, le schéma tactique d'une équipe est une entité vivante en ce sens qu'il doit s'adapter constamment à l'évolution d'un match, aux intentions de l'adversaire et aux différentes situations de jeu. L'organisation, comme les joueurs qui la composent, doivent donc être malléables voire déformables.


Deux temps forts sont clairement identifiés en football et permettent, à 90%, de définir l'identité de jeu d'une équipe : le jeu sans ballon et le jeu avec ballon. De ces deux fondamentaux découlent deux phases particulièrement importantes pour tous les techniciens : la récupération et la possession du ballon. C'est dans la transition de ces deux phases qu'intervient la mutation tactique "La transition attaque-défense ne se fait pas dans un même système mais par un changement de système." avance Elie Baup, consultant pour la chaîne payante BeIn.


Selon l'homme à la casquette, toute organisation est donc amenée à évoluer au cours d'un match. Le 3-4-3 à la sauce Montanier peut donc se muer en 3-4-2-1 lors de la possession de balle, et à l'inverse, devenir un 4-4-2 voire un 5-4-1 au moment du repli défensif "Pour construire et avoir de la créativité en attaque, il faut avoir plusieurs étages : les trois centraux, les deux milieux défensifs, les deux milieux de soutien et la pointe. Plus il y a de positions de joueurs et plus le jeu peut progresser." explique l'ancien coach des girondins de Bordeaux. Selon son argument, la clé du système Sang et Or se trouve donc au niveau des attaquants placés sur les ailes, à savoir Robail et Mauricio "Ce système pose des problèmes à l'adversaire lorsqu'ils se situent dans les intervalles. Il faut cependant qu'ils soient techniques pour ne pas perdre trop vite le ballon".



En venant se placer ainsi, le 3-4-3 initial devient donc un 3-4-2-1 avec les étages évoqués par Baup. Les déplacements entre les lignes vers l'intérieur du jeu des deux anciens valenciennois permettent de composer un carré avec les deux milieux défensifs que sont Gillet et Cahuzac "Cela oblige l'équipe en face à fermer l'axe et à défendre avec deux récupérateurs devant la défense pour éviter les démarrages dans le dos des deux offensifs" détaille le consultant.


Cette occupation de l'axe libère, de fait, des espaces dans les couloirs, que savent très bien exploiter Michelin à droite et le jeune Boli à gauche. Ce dernier, en étant placé très haut sur le terrain offre de nombreuses possibilités de passes et désorganise l'équipe adverse "Prenez une action où Robail plonge vers le but, poursuit l'ancien entraîneur du TFC. Le défenseur central le plus proche peut hésiter à sortir sur lui car il va craindre que Sotoca ne fasse un appel dans son dos". Une situation décrite qui rappelle le but de l'égalisation lensoise au Stade de la Source d'Orléans par Sotoca. Robail, face au but, a eu le temps de servir lancé Mauricio, sans qu'aucun défenseur ne sorte sur lui. "Avec des joueurs comme Mauricio, Boli, Robail, Banza et Sotoca, Lens possède des joueurs qui sortent très vite et bien." avait d'ailleurs admis Didier Ollé-Nicolle le coach d'Orléans.


À la perte du ballon, il n'est pas rare de voir le RCL évoluer en 4-4-2 "Cela permet d'avoir le bloc équipe le plus court et le plus compact" décrypte Baup. Il y a à la fois du monde à l'intérieur et sur la largeur, ce qui permet de coulisser et de fermer les espaces". Une mutation pas toujours évidente, malgré tout, à entreprendre, car dépendante de plusieurs mouvements coordonnés de joueurs situés à plusieurs niveaux de la structure d'équipe : les milieux offensifs, l'un des trois défenseurs et l'un de deux pistons. "Il faut avoir des joueurs qui s'adaptent rapidement et agissent ensemble". Une question de temps selon coach Montanier "Quand il y a des changements de méthode, de charge de travail, il peut y avoir un petit décalage, un temps d’adaptation plus ou moins rapide selon les joueurs".


Pour éviter un repli pas assez prompt qui offrirait des espaces dans le dos des joueurs de couloir par exemple, la solution est de muter en 5-4-1 à la perte. En effet, cette dernière ne s'opère qu'avec le seul mouvement des milieux offensifs que sont Robail et Mauricio : l'un se place dans son couloir en position basse, l'autre se recentre en soutien de l'attaquant et presse le porteur "Lors de ma dernière saison en Serbie, je jouais avec une défense à 3 derrière. Je retrouve ce système cette saison. Ça permet de presser. Je pense que c'est un bon système tactique." complète Radovanovic, l'un des éléments forts de la bonne série lensoise.

Vous l'aurez compris, le positionnement tactique au coup d'envoi d'un match d'une équipe ne peut suffire à définir ses intentions et son identité de jeu. Le système est, dans le football d'aujourd'hui, nécessairement multiple et polyvalent, tout comme le rôle de chacun des joueurs au cours d'une rencontre. La qualité d'un entraîneur est donc de savoir déceler en temps réel les besoins de son équipe et de savoir moduler les modifications à apporter, le plus rapidement possible, sans avoir forcément à passer par la case "changement de joueur".
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