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Le beau est la splendeur du vrai


Rien de beau ne peut se résumer aimait à dire Paul Valery. On tente le coup malgré tout ! 


Le beau est une notion abstraite liée à de nombreux aspects de l'existence humaine. Ces derniers varient bien sûr en fonction de chaque individu. Pour autant, nous tous avons une idée bien arrêtée et purement concrète de ce qu'est la beauté et des conditions qui font qu'elle surgit. De cette ambivalence naissent bien des débats, souvent cantonnés à des dialogues de sourds, comme tous ceux impliquant des certitudes. Paul Claudel disait "C’est ce que vous ne comprenez pas qui est le plus beau". Dans le football ou ailleurs, sa parole demeure aujourd'hui, encore d'actualité. 

Car la question est simple alors posons-la sans détour : Y-a-t-il du beau dans le football ? Chacun aura sa théorie. Certains ne jugent que par le résultat, adeptes de l'adage affirmant que "seule la victoire est belle". D'autres, plus exigeants, veulent sentir poindre la beauté dans l'élaboration du jeu collectif, voire seulement dans un type bien précis de celui-ci, à savoir la possession. Enfin, il y a ceux qui regardent le football par le prisme des individualités, et ne ressentent le beau que par un geste technique atypique, efficace et soudain, bien souvent incarné par le dribble.

Si l'on souhaitait synthétiser grossièrement l'ensemble de ces dogmes en vigueur, brandis par le premier type croisé au coin d'une rue, l'on pourrait dire ceci : le beau dans le football provient d'une équipe composée d'individualités au profil technique, qui gagne en jouant un jeu de possession. Une fois que l'on a dit cela, on se retrouve dans une voie sans issue où la somme des possibles qui subsistent est plus ou moins égale à zéro !


Partons dans une autre direction et souvenons-nous des écrits de Platon, et notamment ceux figurant dans Le banquet : "Prise en elle-même, une action n'est ni belle ni honteuse. Par exemple, ce que, pour l'heure, nous sommes en train de faire, boire, chanter, converser, rien de tout cela n'est en soi une belle action ; mais c'est dans la façon d'accomplir cette action que réside telle ou telle qualification".

Tout est là ! C'est dans la manière de réaliser une action que se trouve la beauté. Pas dans la nature de celle-ci. Par exemple, l'Inter Milan ultra défensif made in Mourinho peut très bien être aussi beau que le FC Barcelone, ultra dominateur et possessif, à la sauce Guardiola. Ce n'est qu'une question d'intention, de rigueur et de droiture. Un mouvement fluide en une touche de balle, où chaque joueur opère son mouvement de course sans ballon en anticipant la vision de son coéquipier qui en est le détenteur, n'est pas forcément plus beau que l'avancée laborieuse d'une équipe en recherche d'elle-même et de ses repères, plombée par de potentiels mauvais résultats récents. À partir du moment où cette dernière ne renonce pas ! 

L'idée est donc de pouvoir faire avec ce que l'on a, selon le contexte et l'objectif recherché "J'essaye simplement de faire jouer le mieux possible mes équipes, même si ce n'est pas toujours facile car on est tributaire de pas mal de paramètres." confirme à ce sujet Montanier. Il met ainsi en corrélation deux éléments importants : l'obligation de moyens et celle de résultats. La première impose de tout mettre en œuvre pour atteindre les objectifs. La seconde ne contraint qu'à obtenir un résultat. La nuance est fondamentale !

La question est donc celle-ci : en football qu'est-ce qu'un résultat ? N'est-ce que la donnée brute d'un score final d'une rencontre ou est-ce davantage le contenu d'un match, son ambiance, son cortège émotionnel, le comportement d'une équipe ou l'évolution des joueurs.


Lucide, le coach lensois précise sa pensée : "On s'aperçoit que tout le monde est intéressé par la victoire, le public y compris et j'ai déjà vécu des défaites où l'équipe jouait bien et qui pourtant n'étaient pas acceptées par le public et vice versa. Mais c'est sûr qu'il faut tout faire pour jouer le mieux possible, puisque c'est souvent comme ça qu'on gagne le plus de matchs. Mais entre le vouloir et le faire, il y a un fossé."

La volonté, évoquée par le technicien Sang et Or, est un concept récent en philosophie, thématisé par Descartes sous un plan métaphysique, en tant que faculté infinie par laquelle l’homme ressemble à Dieu. Kant fera passer ce concept au plan éthique : la volonté est reliée au devoir et à la loi morale. Elle est l’outil de la raison pratique. Schopenhauer en fera la force aveugle s’exerçant sur tous les êtres. La psychologie donnera un sens plus faible, au sens de forme réfléchie et pleinement consciente de l’activité.

Dans le choix subsiste le beau. 

De fait, tout ne se résume donc pas à de simples indicateurs tels que se porter constamment vers l'attaque, développer un jeu de possession ou se créer des dizaines d'occasions de but. Ni même du score d'un match. Il est davantage question de justesse et d'équilibre dans les choix et les actions. De corrélation et d'optimisation. Il est question d'alignement de planètes. Lorsque le contexte, les choix, le contenu et les émotions sont sur un même segment, sur la même partition. Aristote, de son temps avait d'ailleurs construit une idée objective du bonheur, c'était selon lui "d'agir avec justesse". Car la joie est belle. Forcément belle. Ainsi, le Lens-Dijon de mai dernier, dans son merveilleux folklore et son intensité folle, malgré le score de parité, demeure un fabuleux souvenir dans le cœur de ceux qui l'ont vécu.


En résumé, il y a du beau pour qui est prêt à le voir et à l'accepter. Il peut poindre dans la science d'un repli défensif, dans l'acharnement d'un défenseur central sur un ballon aérien, dans le tacle d'un milieu se jetant sur le ballon, interceptant une ligne de passe qui paraissait pure. Il y a du beau, encore, dans la cruauté d'un hold up réalisé sur un terrain adverse comme il en existe dans un succès abouti et large face à un adversaire qui, devant l'ampleur du fossé généré, accepte son infériorité. 

Sur cet équilibre des forces, qui, le temps d'un match peut parfois exploser, l'inventeur du football total, Rinus Michels avait son avis "Je ne m'attends jamais à ce que l'équipe adverse joue de manière aussi défensive. Mais est-ce qu'ils ont choisi ou est-ce qu'on les pousse à le faire ?". Dans le choix subsiste le beau. Et la beauté répond à tout sauf à la norme et à l'esthétisme. Elle est virevoltante comme peuvent l'être les paramètres d'un match conduisant à faire des choix. Qu'importe les choix, pourvus qu'ils répondent à la problématique de l'instant tout en s'inscrivant dans une démarche plus globale, une identité de jeu et d'esprit plus vaste.


Aussi, le célèbre catenaccio d'Helenio Herrera peut donc postuler, dans le panthéon du beau, au même rang que le grand Milan de Sacchi ou que le Barça, format rouleau compresseur, de Guardiola. Le RCL estampillé Leclerc, champion à la faveur d'un goal average favorable, peut rayonner aussi fort dans le cosmos du beau, que le PSG actuel, titré avec une quinzaine de points d'avance, et dont la maîtrise sur ses matches nationaux n'a pas d'égale. Un 0-0 arraché par une équipe de District le dimanche après-midi peut même briller aussi fort qu'une rencontre de ligue des champions entre deux cadors européens ! Car le beau n'a pas plus de limites que n'en a l'émotion qu'il suggère. 

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