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La marche du syndrome


Le Racing, bien que cohérent dans son approche du jeu et sa gestion de groupe, recherche toujours son efficacité et sa maîtrise. 

L'une des principales difficultés rencontrées dans le football est de savoir allier le besoin de continuité d'un côté à la nécessaire adaptation d'un contexte sans cesse fluctuant, de l'autre. À travers cet équilibre à rechercher se pose la question de l'identité de l'équipe en termes de positionnement tactique, d'animation mais aussi et surtout du rôle de chaque élément dans l'entité club.

Aussi, le RCL, après avoir surfé sur la vague encore vibrante de la fin de saison passée, a connu une phase de trois matches, où tout ce qu'il pensait être acquis, s'est effondré. Avec une conséquence au compteur puisqu'il n'a récolté, au cours de cette période, qu'un seul point. Afin de ne pas sombrer, il lui a fallut redevenir le narrateur des événements qu'il a vécu pour mieux redonner du sens à son histoire d'aujourd'hui.


Concrètement, cela s'est d'abord traduit par deux achats lors de l'ultime journée du mercato, pour renforcer un secteur offensif qui paraissait, au moins quantitativement, clairement affaibli. Sur ce sujet, et sur celui du départ de Chouiar, le coach lensois avait une idée bien arrêtée : "J’espère qu’on ne le perdra pas, on serait quantitativement bien en dessous de ce qu’on avait l'an dernier. On a 70 % de l’effectif à vocation défensive. C’est difficile de trouver quelqu’un qui pourrait nous amener un plus". Les faits ont finalement bien vus le joueur formé au club partir vers Dijon, tandis que le RCL validait les arrivées de Moukandjo et Keita. 


La montée, ça se passe sur le terrain. 

Ensuite, le onze de Montanier a su évoluer tactiquement, se disposant depuis plusieurs rencontres, en un 3-4-3 inédit "On commence à assimiler le système. Cela fait plusieurs matches que nous sommes invaincus grâce à ce schéma." confie d'ailleurs Sotoca. Ce dispositif illustre surtout la nouvelle dynamique à l'œuvre dans l'Artois. Elle s'appuie sur la volonté de ne trouver les ressources qu'en soi, de travailler la structure plus que de sans cesse se projeter, en paroles notamment, vers un objectif affiché en pleine lumière, et parfois donc, éblouissant "C'est bien beau de dire que l'on veut la montée mais ça se passe sur le terrain." rappelle Mauricio, véritable homme fort du jeu lensois. Il est rejoint  par Gradit, acteur malgré lui, d'un des feuilletons du mercato sang et or : "On a affiché l'objectif un peu partout et même vous les journalistes, vous nous mettez favoris. On doit tenir ce rang".

L'innovation de ce système est en fait qu'il n'en a pas ! Il cherche simplement à valoriser les forces vives actuelles : la richesse quantitative au niveau des défenseurs centraux, le rôle des pistons, l'activité importante du duo Gillet-Cahuzac et l'apport de la ligne d'attaque en termes de placement et de qualité technique "Il restait un noyau dur mais c'était l'occasion de tout remettre à plat" avoue l'ex technicien de Rennes. Autrement dit, redéfinir les différents degrés de participation au projet de chaque joueur, recréer un élément fédérateur et identifier les facteurs de réussite. Tout ceci considérant les nouveautés du contexte.


Au point de voir émerger des relations techniques ou des profils pas forcément prévus, à l'image du jeune Boli, sur lequel Montanier tient des propos dithyrambiques "Charles a intégré le groupe cette année. Il a déjà du dynamisme et du feu dans les jambes. Tout ça, c’est prometteur. C’est un joueur polyvalent. Il a beaucoup d’activité, beaucoup de percussions". Un autre homme fort s'est révélé, il s'agit de l'ex capitaine Grenoblois, Florian Sotoca, décrit par son coach comme "un joueur complet et de fiable physiquement". Car le trio devant a pour fonction de se replier à la perte du ballon pour devenir la première ligne défensive du Racing. L'objectif est de créer le maximum de densité dans la zone du ballon. Dernière évolution notable, le duo composant le milieu de terrain, où les deux plus expérimentés de l'effectif ont pris les rênes "Ce sont des profils complémentaires avec Yannick Cahuzac qui a la science de la défense et du placement et Guillaume Gillet qui a beaucoup d’activité et qui est capable de se projeter" précise PM.

Situation de pressing défensif. 

Le visuel ci-dessus nous montre une situation à la perte du ballon. La ligne d'attaque se replie pour asphyxier le porteur et le forcer à jouer latéralement ou en retrait. Course en avant du milieu le plus proche, couverture de l'autre. Le piston coupe la liaison avec le relayeur. Enfin, le défenseur central contient l'ailier.

Ce principe d'axer son attention sur ses points forts plutôt que de chercher à travailler sur ses faiblesses dans le but de les combler est un postulat bien connu du management, dont l'idée principale est l'économie d'énergie vitale individuelle en misant sur ses atouts. Car c'est bien cette énergie propre à chacun qui permet de faire avancer le collectif pour atteindre les objectifs fixés. 

Montanier croit aussi que les résultats génèrent la confiance. Priorité donc au capital point, et à la trajectoire au classement. Jusqu'à une certaine limite "Les résultats donnent la confiance mais pas trop car on ne survole pas les matches. On a besoin de progresser." Des propos validés par ses hommes, notamment l'ex défenseur normand Gradit : "Mais on sait qu’on peut et qu’on doit faire beaucoup mieux. On fait notre petit bout de chemin, on est critiqué sur notre jeu, ce qui peut paraître logique vu de l’extérieur. Mais d’un point de vue comptable, c’est quelque chose d’intéressant".


Développer ses points forts donc, mais tout en restant particulièrement attentif et lucide dans la détection de ses points faibles. Cela passe par une approche différente. Les carences ne sont pas ce dans quoi nous ne sommes pas bons, mais sont des caractéristiques qui nous vident de notre énergie. La réponse ne pourra donc être que collective "On doit gagner en constance. Il faut l’obtenir. Quand on fait une bonne première mi-temps, on peut être ensuite moins bien, mais pas autant." lâchait d'ailleurs, à chaud, juste au sortir du match face au PFC, le technicien Artésien.

Cette série de victoires donne en tout cas du temps au staff sang et or, alors qu'il aurait pu se sentir menacé en cas de prolongation des contre-performances "On voit la pression que ce type de séries négatives met sur l'équipe" confiait en ce sens Montanier. Les axes principaux d'amélioration sont la maîtrise, la cohésion et l'efficacité, véritables leitmotiv cette saison "On a beaucoup de frustration car on a vraiment lâché la maîtrise en seconde période. C’est frustrant parce que si on avait continué sur les mêmes bases, ça aurait été différent. A nous de travailler au quotidien pour ne pas faire qu’une seule mi-temps." abondait Cahuzac samedi dernier.

Situation en possession du ballon. 
Grâce au visuel, observons la situation en possession du ballon : le porteur a plusieurs choix possible. Appui sur Gillet pour combiner ensuite avec Cahuzac ou Michelin et Mauricio. Jouer l'opposé vers Boli, dont la course intérieure de Robail a libéré le couloir, forçant le 7 adverse à une longue course de repli.

Les premiers effets du 3-4-3 sont pourtant déjà visibles : le "système aux triangles" comme il est surnommé par les puristes permet au RCL d'amplifier son nombre de passes par match : de 350 à Clermont à 457 à Grenoble par exemple. Car ce positionnement géométrique porté aux nues par Johan Cruyff offre au porteur deux solutions de passes "Le ballon nous organise et désorganise l'adversaire" notait  à cet effet Pep Guardiola, autre adepte du schéma. Toutefois, des points noirs subsistent, notamment lorsque l'adversaire s'adapte. En seconde période, les hommes de Montanier ont d'ailleurs offert un tout autre visage, bien moins rassurant "Il faut que l'on se concentre davantage" concédait Cahuzac. Un constat qui rappelle la pensée d'un des plus grands philosophe français, grand adepte de ballon, j'ai nommé JP Sartre : "Au football, tout est compliqué par la présence de l’équipe adverse."

Pour finir sur cette tactique et sur ses effets visibles, soulignons enfin l'illustration parfaite de cette culture du redoublement de passes que fut le corner débouchant sur le but de Radovanovic : grâce à  un appui, Robail se trouve en position excentrée pour centrer de façon précise sur la tête du défenseur serbe.

Penser le mouvement et pouvoir techniquement le réaliser, voici le graal que recherche chaque joueur et chaque entraîneur. Les Artésiens ne dérogent pas à la règle. Et pour vouloir oser, il faut d'abord oser vouloir. 
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