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Au nord, c'était l'ambition


Le mois d'août a pris une tournure inattendue. Aussi, étudions les indicateurs permettant de juger de la qualité d'un mercato. 

"On apprend de nos erreurs car on a souvent fait des mercatos tardifs et on sait qu’une fois la préparation et les premiers matches passés, c’est plus compliqué au niveau des automatismes. L’idée, qu’on avait déjà l’an dernier, était de faire un maximum de transferts pour la reprise." confiait Arnaud Pouille, au tout début de l'été, lorsqu'on lui demander de commenter la signature des renforts de l'époque. Des propos dont la résonance sonne faux aujourd'hui tant la journée de clôture du mercato a contredit l'intégralité de son propos. Car oui, le RCL a paru toujours composer avec l'improvisation voire la panique "De manière générale sur ce mercato, on peut avoir l’impression d’un déséquilibre, mais ce n’est pas le cas. Ce mercato est assez équilibré. Il y a eu 13 départs sur le groupe pro et il y a eu 15 arrivées" analyse le Directeur général Artésien. En prenant du recul, quels sont les indicateurs permettant de juger un mercato ? On vous livre quelques pistes.

Le premier indicateur est ainsi, pour les dirigeants de club, de savoir ce qu'ils veulent, et de faire ce qu'ils ont décidé. Le fait de fixer un cap et de s'y tenir peut paraître évident à première vue mais cela requiert une coordination entre plusieurs secteurs de l'entreprise. Ainsi, la cellule de recrutement doit recueillir les remontées de l'entraîneur tout en prenant en compte la volonté des dirigeants. De même, le staff doit savoir manager de façon efficiente le groupe professionnel afin d'identifier et d'anticiper au maximum, les ambitions personnelles, les conflits potentiels ou le passif mental de chaque joueur, bref tout élément pouvant déséquilibrer la force du collectif.

À ce sujet, plusieurs cas interpellent du côté de l'Artois : Gomis, Ba, Tarhat, Duverne, Diarra ou encore Chouiar. Tous ont, d'une manière ou d'une autre, émis la volonté de partir. "Il n’y a pas eu de départs initié par le club. A chaque fois, ce sont les joueurs qui ont manifesté leur envie de partir et de jouer pour un autre maillot" confirme Arnaud Pouille. Dès lors, la position de Philippe Montanier, décrit ici-même comme le créateur d'un lien d'appartenance, autrement dit, comme la pierre angulaire de toute la dynamique de groupe qui irrigue le Racing, paraît, à la vue de ces dossiers, quelque peu fragilisée. 


Le second indicateur est bien évidemment de sortir renforcé de cette période toujours particulière. Là encore, des nuances sont à apporter. La plupart des clubs ont déjà l'objectif de conserver leurs forces vives, soumises aux pressions du marché. Ainsi, l'on considère aujourd'hui que de pouvoir prolonger un élément fondamental de l'équipe est en soi le premier des recrutements. Ne pas s'affaiblir devient ainsi, dans l'esprit de nombres de dirigeants de clubs, la condition d'une inter-saison satisfaisante. La faute à la mécanique du football : chaque club à un niveau donné est tenté de se renforcer chez un concurrent au profil financier plus faible, évoluant au niveau inférieur ou bénéficiant d'une renommée moindre. La loi du plus fort est à l'œuvre dans chaque championnat et entre les différentes ligues européennes et mondiales. À ce sujet, en évoquant son RCL, Joseph Oughourlian s'est montré catégorique : "Le cœur de cette équipe était déjà là l’an dernier."

Cependant, les sang et or ont dû se résoudre au départ de plusieurs cadres tels que Gomis et Tarhat. La vente du premier, impliqué dans 49% des buts inscrits l'an dernier étonne "J'ai énormément apprécié de travailler avec lui" confiait Montanier. De plus, le joueur formé au club, Mounir Chouiar, est allé rejoindre la L1. Une opération qui a affaibli l'attaque lensoise dixit le coach "On est quantitativement bien en dessous de ce qu’on a fait l’an dernier". Des cas particuliers selon Arnaud Pouille : "Lors de la dernière semaine, nous avons eu 2 cas à traiter. Yannick Gomis a voulu partir et on ne pouvait pas répondre aux exigences de la concurrence" détaille encore Pouille, avant d'ajouter" Pour Mounir Chouiar, son départ a été déclenché quelques semaines auparavant avec l’offre de Parme. Le projet initial était qu’il reste suite à sa prolongation, mais sur les dernières semaines, ses agents nous ont indiqué sa volonté de partir".


Le dernier indicateur se trouve dans le bilan comptable du club. Car, oui, le contrat d'un joueur n’est plus une simple charge, mais il est devenu un élément du patrimoine, un actif et plus précisément une immobilisation incorporelle. En fonction de la valorisation des éléments sortants de l'effectif rapportée à celles des éléments entrants, l'on fait varier la valeur de l'entreprise, au sens comptable du terme. L'an passé, l'arrivée de Guillaume Gillet, avait d'ailleurs été saluée en ce sens par le Directeur Sportif de l'époque, Éric Roy : "Avoir un joueur de ce calibre, c’était pour nous un objectif majeur à remplir. Il va valoriser notre groupe et notre effectif." Cette année le RCL a plutôt choisi de parier sur l'avenir "Sur les 15 achats, il y a 2 investissements : Cory Sene et Jader Valencia. Il y a eu également des investissements sur la post-formation et la formation (Oudjani, Ducrocq, Boli et Merlen)". Autres acquisitions de potentialités via les arrivées de Kembo ou Diarra.

L'étude d'un projet d'investissement a pour finalité de trouver un équilibre entre la dépense immédiate et les recettes générées échelonnées dans le temps . Autrement dit, connaître la rentabilité de chaque projet pour faire son choix.  Pour ce faire, plusieurs méthodes existent comme : le délai de récupération du capital investi (pay back), le taux de rentabilité interne (TRI). Ces outils permettent d'arbitrer dans ses projets pour choisir le plus rentable et le plus en phase avec sa stratégie d'entreprise, car rappelons-le, le développement d'une affaire doit être menée d'une manière maîtrisée en élaborant une stratégie pertinente "Cela nous permet d’inclure Charles Boli, l’une des satisfactions de ce début de saison. On a failli recruter mais on ne voulait pas céder au Panic Buy de dernière minute" complète Pouille. 

Travaillons donc sur les effectifs des trois dernières saisons. Classifions les joueurs en six catégories, en fonction du profil de chacun, déterminé par la pyramide ci-dessous. Et regardons, d'une année à l'autre, l'évolution des effectifs lensois. 

La pyramide des effectifs




Il apparaît un constat clair : selon notre étude, le RCL serait passé de cinq joueurs "A" en 2018 à sept en 2020. "On a gagné en qualité d’effectif. Souvent, on dit que lorsque l’on veut voir la qualité d’un groupe, il faut regarder le banc. Le but et le sens du recrutement c’était ça." confirme Philippe Montanier.

Autre point fort, la forte diminution des joueurs de type E ou F, conforme à la mission d'Éric Roy "Mon premier gros chantier fût de réduire l’effectif" déclarait-il en septembre 2019. Enfin, le nombre de jeunes joueurs à potentiel, catégorisés en "C" et "D" passe de six en 2018 à neuf en cet exercice 2020. À l'image de Boli, Lens sait miser sur les jeunes pépites de son vivier "On mesure le risque d'incorporer les jeunes" expliquait Éric Roy "mais on préfère prendre ce risque".

Cependant, d'accumuler les joueurs de type "A" ou "B" n'est pas l'apanage d'une réussite sportive programmée "Cela reste une force, à condition, comme ce fut le cas, que les remplaçants rentrent avec cette détermination, aucune frustration et l’envie d’apporter le plus possible.Je pense que tout le groupe joue le jeu, je touche du bois pour que cela se vérifie à chaque match." admet l'ex entraîneur rennais, bien conscient des problématiques potentielles liées à un effectif trop fourni.


La genèse de ce groupe provient d'ailleurs, sans aucun doute, de la volonté directe de l'actionnaire, Joseph Oughourlian : "Dans nos valeurs, il y a la fierté, le respect et aussi l’ambition. Depuis que je suis rentré dans ce club, je n’ai à cœur qu’une chose, c’est de ramener le club où est sa place, donc en Ligue 1, avec les grands clubs". Pour lui, selon le mercato que son club vient de traverser, l'issue de la saison est limpide : "Cette année, on doit monter en Ligue 1. Si on n’avait pas l’équipe qu’on a, je n’oserais pas le dire. Cette équipe est capable de porter ce blason et d’aller au bout."


On le comprend lorsqu'on regarde le dernier onze aligné : 4 joueurs de type A, 4 de type B, 2 de C et 1 E. Mais là n'est pas l'essentiel quand on voit les résultats récents du Racing "On avait envie d’avoir des joueurs qui avaient la volonté de jouer à Lens et d’incarner le projet" conclut le DG Arnaud Pouille. Une incarnation qu'il s'agira de vite ressentir, au risque de la perdre de vue.