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Voyage au bout de l'insulte


D'un match arrêté, l'autre. Réflexion sur l'itinéraire d'une insulte. De son fondement jusqu'à son ressenti. 



Le 16 août dernier, la rencontre opposant Nancy au Mans, dans le cadre du championnat de football de L2, a été interrompu par l'arbitre à la suite de chants proférés par certains spectateurs lorrains. En effet, le contenu de ces cris a été qualifié d'homophobe et est ainsi entré dans le protocole défini par la Direction technique de l'arbitrage. Le même phénomène a eu lieu à Bollaert-Delelis lors du match de Coupe de la Ligue, remporté par les sang et or aux pénalties. L'occasion de s'interroger sur la nature même de l'insulte et sur notre rapport avec elle. 

Les supporters de l'ASNL l'assurent, via un président d'association chez nos confrères du Monde : "Nous, on n’a rien contre les homosexuels. Quand on insulte Metz, c’est plus pour le folklore, la tradition". Des propos qui rejoignent ceux de Nathalie Boy de la Tour, Présidente de la LFP "Je ne suis pas en train de dire que ça doit le rester, mais c’est une réalité." En d'autres termes, la disqualification, par l'insulte, de l'adversaire, fait partie de l'ADN du football.

Des arguments un brin fatalistes qui ne sont pas du goût de la Ministre des Sports : "Il faut continuer d'affirmer que l'homophobie et le racisme n'ont leur place ni dans la rue, ni dans les stades". Une affirmation qui frise l'entendement mais qui ne pose pas la réelle question, presque sémantique, si ce n'est philosophique : où se trouve la nature même de l' insulte ? Est-ce dans le fait de dire de quelqu'un que c'est un "pédé" ou est-ce dans le fait de considérer que le qualificatif "pédé" est dégradant ?


Si l'on consulte le site du Centre National des Ressources Lexicales, le mot pédé est défini, dans le langage populaire, comme l'équivalent d'un "pauvre type". Il sert aussi à désigner, vulgairement, un homme homosexuel. D'affirmer de quelqu'un que "c'est un pédé" est donc soit une erreur si ce n'est pas le cas, soit l'annonce grossière d'une vérité. Mais cela ne peut être insultant, à moins de considérer l'homosexualité comme dégradant tel que peut l'être la connerie crasse suggérée chez autrui lorsque l'on dit d'un individu désigné que "c'est un connard".

Même raisonnement avec le qualificatif "enculé". Il définit, dans un langage trivial, un "péderaste passif". La passivité est donc insultante au contraire de l'activité. Par nature, en sexualité, il n'y a de dégradant rien qui n'est pleinement consenti. En prolongement, l'abstinence si elle est imposée, n'est pas plus "pure" ou respectable qu'une vie sexuelle foisonnante. Si l'on considère que de suggérer la pratique d'une pénétration anale est insultant, alors celui qui crie dans un stade "Je t'encule" s'insulte lui-même finalement. 

Gardons cette mécanique de pensée pour le mot "pute". L'insulte porte donc sur la pute (et son fils généralement) en omettant totalement le client. Hors, dans cette affaire, soit les deux statuts sont insultants, soit aucun ne l'est.


Les insultes sont donc, lorsqu'elles sont de cette nature, finalement, affaire de préjugés. En cela, l'idée de Nietzsche fait résonance : "Bien et mal sont les préjugés de dieu" (Le gai savoir). Soit, il n'y a de bien, de mal ou d'insulte, qu'à partir de moment où un individu choisit (ou s'il laisse les codes d'une société humaine définie  lui imposer) qu'il y ait bien, mal et insulte.

Les insultes dans le football, hors propos racistes, viennent, par exemple, lorsqu'on instaure des Play-offs avant un barrage, et que l'on programme un de ces matchs en pleine semaine, lorsqu'on programme des rencontres de Coupe de France, censées être jouées par des clubs amateurs, là encore en pleine semaine, ou, dans le traitement des supporters en déplacement, ou enfin, lorsqu'on associe la L2 à la marque de pizza, Domino's. Là, oui, il y a insulte faites au sport et à son lien avec ses spectateurs.

Nul ici l'idée de cautionner quelque comportement dégradant ou injurieux que ce soit. Simplement de replacer la nature des mots au centre du débat. Par ailleurs, il n'est clairement pas nécessaire de dénigrer un club ou des supporters différents de l'équipe que l'on supporte. L'adversité et la rivalité sont l'essence même de ce sport de compétition. Ôtez donc vos écharpes arborant le slogan "Anti-Lillois". Ces derniers ont un rôle à jouer dans la passion sang et or qui nous anime. Ils nous rassemblent.