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La Gaillette, symbole d'une démarche



La Gaillette constitue le centre de vie du Racing et offre à celui-ci un outil de travail exceptionnel.
Inauguré en 2002, ce complexe regroupe la plupart des secteurs d’activité du club : bureaux administratifs, centre de formation et bien sûr centre d’entraînement de l’équipe professionnelle. Plus que de fournir le onze Sang et Or, il joue, depuis sa création, un rôle majeur dans le modèle économique de l'entité Artésienne, ce qui peut être finalement problématique. Au point de devenir, selon nous, le symbole de la démarche de résolution de problème lancée par le board actuel.

Ceci est d'autant plus vrai depuis que le RCL évolue en L2. Cumulant, dès lors, une dette structurelle à une dette conjoncturelle, il a fondé son équilibre financier sur la valorisation de ses jeunes joueurs. Le complexe de La Gaillette, dont le coût de construction est estimé à 14M, est géré par une société civile immobilière, filiale du club. Cette dernière loue les infrastructures pour 0,5M annuel.

Durant ces dix dernières années, à chaque exercice comptable,  le constat dressé était le même : des charges d'exploitations, hors dettes, deux fois plus élevées que le chiffre d'affaires du club. Les solutions d'équilibristes se sont alors succédées : prêt gagé sur le foncier de La Gaillette, réduction des charges sociales, plafonnement de la masse salariale, report d'échéances d'emprunts, délais de paiement auprès des fournisseurs, venue d'un actionnaire fantôme censé "remettre au pot", produits de cession de joueurs, formés ou non au club, pourcentage substantiels perçus sur les ventes de joueurs issus du Centre sportif Lensois.


Néanmoins, Georges Tournay tempère sur cette idée de ne voir La Gaillette que comme une réserve de trésorerie : "Sur le plan économique, on s’est tiré une balle avec la première descente en Ligue 2 en 2008. Elle n’était pas programmée. Quand il vous manque 35-40 M€ d’un seul coup, peu de clubs peuvent prendre une telle claque et se relever. Lens l’a fait grâce à ses jeunes. Le déficit étant là, il a fallu vendre des joueurs. Je pense qu’il nous a manqué un an ou deux pour mener à terme le projet de départ. On aurait pu ou dû tirer les fruits de ces jeunes: les Raphaël Varane, Serge Aurier, etc. Ils avaient vocation à jouer plus longtemps chez nous. Le projet de départ, c’était de les lancer à 19 ans, de leur offrir un contrat à 20 ans et de les vendre à 21-22 ans après les avoir rentabilisé. On a accéléré pour survivre et certains de nos jeunes – qui rêvaient de briller à Bollaert – ne sont pas partis de gaieté de cœur."

Revenons  à ce déficit à plusieurs facettes, évoqué par  l'ancien éducateur Sang et Or, en rappelant ce que sont ces deux types de dettes : la conjoncturelle est définie, selon les économistes, "comme relevant, à court et moyen terme, du niveau de l'activité cyclique de l'entité". Autrement dit, c'est le déficit creuser par le contexte économique de l'antichambre du football français : moins d'exposition donc moins de droits TV, moins de merchandising, moins d'entrées au stade, etc... La dette structurelle comme son nom l'indique "relève de la structure même" du club. Là, c'est le cœur du sujet. Le RCL, de la façon dont il fonctionne, hors contexte et éléments extérieurs, est déficitaire. Il l'est  donc par nature. Sa marge sur coût variable n'est donc pas égale à ses coûts fixes. Le seuil de rentabilité ou "point mort" n'est ainsi pas atteint. Lens, n'est pas rentable.


C'est à ce problème, que Joseph Oughourlian et Arnaud Pouille se sont attaqués la saison passée avec la mise en place d'un PSE (Plan de Sauvegarde de l'emploi) débouchant notamment sur l'externalisation de certains secteurs de l'entreprise. "La saison dernière a été très compliquée. Le résultat opérationnel a été déficitaire de 15 à 20 millions d’euros. Ou on se focalise sur cette perte ou on vend nos meilleurs joueurs. Tous les 4 ans, nous sommes en position de passer devant le tribunal de commerce. La sagesse est d’arrêter de se mettre en situation de risque. Nous en arrivons à la conclusion qu’il faut en passer par un PSE. Ce n’est pas une situation facile, mais l’idée est que le club soit pérenne sur le long terme et plus agile financièrement. Faire aussi bien avec moins de postes." confiait, à l'automne dernier, le DG du Racing.

Car, oui, l'analyse des causes du problème n'avait pas été faite dans la mandature précédente. Gervais Martel, peu au fait du diagramme d'Hishikawa, du QQOQC, du regroupement des causes par thèmes ou de l'analyse dite de Pareto, était plus adepte d'une gestion à quitte ou double dans laquelle la conjoncture venait sans cesse combler la structure. Ce temps est aujourd'hui révolu "Depuis septembre 2017, il y a eu pas mal de changements. Il faut apporter de la modernité à un club qui n'a pas pu le faire compte tenu de ses difficultés financières. L'objectif est de privilégier la rentabilité et la pérennité financière de l'entité." affime encore Pouille. Sous Martel, Lens était dans une position d'attente, persuadé du juste retour des choses, et de l'équilibre engendré par celui-là. Quitté à dégrader le présent en misant sur un futur meilleur.

La vision du duo en place aujourd'hui est aux antipodes de ce mode de fonctionnement "En foot, on ne peut pas faire des coups." dit Oughourlian, avant que son n°2 ne complète : "Ce qu'on est en train de faire c'est de retirer cette pression qui cuit les actionnaires. On met de la cohérence dans le club, dès lors, il n'est plus en danger s'il ne monte pas. La L1, c'est une ambition, mais c'est le travail qui nous fera remonter."
La vision philosophique d'un éternel instant présent qu'il s'agit sans cesse de construire plutôt que d'être dans l'attente d'un évènement dicté par une sorte de destin lumineux. L'actionnaire et son DG font donc dans l'existentialisme, cher à JP Sartre, pour lequel "L'être humain, par ses choix, dicte le sens de sa vie."


Aussi, fort de ses efforts accomplis sur sa dette structurelle, le RCL peut aujourd'hui, de nouveau compter sur ses jeunes, même si des obligations de cession sont encore inscrites dans les budgets présentés au gendarme financier. La dernière, de l'ordre de 8M, a été en partie comblée par la vente de Sagnan, issu du centre technique basé à Avion, et dont la présence en équipe première n'a pas été très longue. À moyen terme, l'idée est que les Sang et Or profitent davantage des produits de sa formation, même si ces joueurs talentueux, du fait du contexte global du football, sont forcément amenés à briller ailleurs, et donc à devenir des ressources valorisables pour le club.

Cependant, à l'image de la prolongation de contrat de Mounir Chouiar à l'hiver dernier, les choses paraissent doucement changer "Sa réflexion et celle de son entourage l'ont amené à penser que le mieux était de rester avec nous. On en est très heureux. Ne pas recruter un attaquant, c'est aussi lui témoigner notre confiance. C'est un signal fort !"abondait, à l'époque, l'ex Directeur Sportif, Éric Roy, chef du projet orienté vers la formation made in Racing. Des actes qui font échos aux mots de l'actionnaire principal lors de sa prise de pouvoir : "On est très ambitieux pour Lens.  Il ne faut pas seulement se concentrer sur l'équipe A, mais renforcer les bastions. Le but est l'autosuffisance à moyen terme."

Dont acte.