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La force du lien, le lien de la force


La mort surgit souvent, cruelle et abjecte, aux quatre coins du globe, et en tout temps.

Elle génère, plus rarement, le surgissement d'un écho limpide semblant venir tout droit du plus profond gisant en chacun. Rappelant à un individu  justement, sa part d'indivisible. 

La vie humaine est certes remplie de faits dramatiques, collectifs ou individuels, donnant corps à des tourments si prégnants parfois, qu'ils s'inscrivent dans notre ADN.

Chacune de ces douleurs ne peut être comparée à une autre, cependant, la vive émotion qu'a propagée la disparition d'Emiliano Sala a ce quelque chose de sublime.

On pense, en se la remémorant, à ces vers de Gérard De Nerval : 

Ma seule Étoile est morte, 
– et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.


Oui, le soleil noir et opaque de la mort prématurée peut éclairer jusqu'aux travées des stades.

Car on a tout dit, vu et entendu du football. Les pires élans l'ont par moment accompagnés, comme les plus beaux. La vulgarité et la bêtise de certains, joueurs comme supporters, n'ont peut-être pas d'égales, mais alors que nos sociétés modernes tendent à toujours plus d'individualisme et d'égocentrisme, ce sport, dont on nous dit que l'argent y est maître, peut encore nous prouver, çà et là, le contraire. 

Ce soulèvement venu de la tribune Loire, un soir d'hiver obscur et froid, en hommage à ce buteur argentin mort tragiquement, est aux antipodes du foot cinique et blasé que l'on observe tout le reste du temps. 

L'on a ainsi pu assister, ahuri et paradoxalement heureux, à l'irruption brutale de ce qu'on appelle l'âme d'un club. 

Ce quelque chose que des milliardaires, investissant massivement dans l'équipe de leur choix, ne pourront jamais acheter. Ce supplément qui fait d'une écharpe brandie au beau milieu d'un chant plus qu'un geste physique, une émotion durable. Infinie. Qu'il est impératif de garder pour mieux transmettre. Comme une force.


La même force a semblé irriguer les tribunes de Cardiff, le club dans lequel avait signé Sala avant son accident tragique. 

Les spectateurs ont su honorer un joueur qu'ils n'avaient jamais vu. Ils sont allés, ainsi, jusqu'au plus intime de la beauté du supporterisme et la mélodie de leur chœur était comme une fenêtre ouverte sur l'abîme du porté disparu. 

Cette vibration cosmique est venue jusqu'à Bollaert-Delelis, qui a su, humblement et pudiquement, être là, dans l'instant. D'autres endroits se sont aussi manifestés.

Quel est le lien entre tous ces chants, ces applaudissements nés d'un sentiment de devoir agir face à l'inéluctable ? Le football. Pur et simple. Comme un jeu. Vivant. 

De ces éclats, Lens absolu en a retiré une inspiration. Un souffle qu'il était essentiel de partager. La vie ce n'est pas le football, mais le football, c'est définitivement la vie. Car dans un stade tout a la dimension de ce que l'on ressent. Et l'on est un certain nombre, chaque semaine, grâce à ce sport, à se sentir, subitement, à l'égard d'un club, d'un joueur ou d'une empreinte collective, immensément quelqu'un. 

Présent et entier. 

Comme l'est, immortel, le souvenir de Sala faisant trembler les filets. Comme l'est  enfin, le souvenir de ces chants, brisant l'horrible solitude d'un fond marin.  

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