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Sikora : le crépuscule d'une idole ?


Le possible maintien au poste d'entraîneur l'an prochain de l'enfant de Lens (arrivé comme attaquant à l'âge de 12 ans au club) ne ferait quasiment plus débat chez les supporters, et même jusqu'en interne chez les dirigeants, qui prospecteraient sur l'identité de son successeur. Tentative d'analyse du crépuscule d'une idole.

Lorsque son aventure en équipe première a repris son cours, en août dernier, le Racing partait de loin : quatre défaites en autant de journées de championnat, pour un candidat déclaré, publiquement et budgétairement, à l'accession en division supérieure, cela faisait désordre. La goutte d'eau fut, sans aucun doute, cet envahissement pacifique du terrain par quelques dizaines de supporters, à la toute fin d'une rencontre apocalyptique face à Brest (2-4), au cours duquel, certains, réclamaient la nomination du natif de Courrières, comme successeur d'Alain Casanova. Une réquisition entendue en plus haut lieux, accompagnée d'un remaniement d'ordre plus général : débarquement de Blanchard, mise à l'écart de Martel, arrivée de Roy.

Trois jours plus tard, dans le sud de la Bretagne, à Lorient, Sikora, fraîchement nommé, voit ainsi une rencontre de Coupe de la Ligue, se présenter à lui. L'idée est claire : mettre fin à l'hémorragie. Premier échec, puisque les sang et or sont rapidement menés 3-0, en une demi-heure de jeu. L'effroi. Il faut un ralentissement du rythme des locaux, puis une remise en question éclair des joueurs, pour voir le score se conclure à 3-2 à la mi-temps. Rien à signaler ensuite. Élimination. Mais l'ex latéral champion de France y voit matière à exploiter. Le sursaut entrouvre un espoir chez celui que l'on décrit volontiers comme "un homme d'honneur, toujours prêt à partir au combat". Un modèle d'inspiration. Insuffisant, encore, pour les trois journées de championnat suivantes, portant le total à sept défaites consécutives. La paix sociale obtenue par sa nomination connaît déjà quelques soubresauts.

Fin de carrière de joueur en 2004.

Pour autant, l'objectif est clair : maintenir le Racing à la fin de saison, même si l'illusion des Play-offs instaurés cette année, nourrira durant quelques mois l'ambition des supporters les moins lucides, incarnés par G. Martel et son fameux "tout est possible dans le foot" à l'issue d'une victoire aux Costières.

Aussi, dirigeants et supporters sont convaincus qu'une telle nomination permettra à leur club de se recentrer sur ses forces qui l'ont fait grandir et jouera le rôle de balancier avec la rénovation historique de l'organigramme (mise à l'écart de Gervais Martel au profit d'Arnaud Pouillet, et arrivée d'Éric Roy à la tête du secteur sportif). Sikora incarne tout cela. Il s'érige en rempart contre toutes les dérives passées qui ont conduit le RCL là où il se trouve. Une sorte de "totem d'immunité".

Car oui, le club aux 110 ans passés, a connu moult changements et métamorphoses, avec danger de mort imminente parfois, durant cette dernière décennie. Il a vu une banque, un Azéri ou enfin un club de football Espagnol devenir, chacun, à tour de rôle, actionnaire principal de sa structure. Il voit, alors, en son latéral légendaire, la lumière de son passé rejaillir, et pourquoi pas, de par une forme de stabilité retrouvée grâce à ce retour aux sources improvisé, une indication sur le chemin à suivre pour de nouveaux succès.

Sportivement, le premier constat du nouveau coach est avant tout athlétique. Pas d'envolée lyrique sur la façon de jouer, mais une cible déterminée : remettre à un niveau physique digne de ce nom l'effectif de l'époque. Siko fait appel à un nom ronflant pour cette mission : Robert Duverne, ex préparateur physique de l'équipe nationale, lors du fameux fiasco de 2010.

Les points arrivent. Lens va mieux, mais l'emballement n'a pas duré. Bien que la situation se soit améliorée au niveau des chiffres, (mais pouvait-elle en faire autrement, étant plafonnée à zéro pendant un mois et demi ?), elle stagne d'un point de vue footballistique. Car, finalement, on ne voit pas réellement où Sikora veut aller. Lui ne s'étale pas non plus sur le sujet. Il établit des constats d'après-match. Souvent le même.  Profusion de phrases creuses et convenues, que l'on entend dans le milieu du football : " Ne pas lâcher. Se projeter sur le match suivant. Rien à reprocher aux joueurs. C'est le foot. " Cette forme de communication, ultra verrouillée, ne le laisse cependant pas apparaître comme un élément proactif qui apporterait une vision différente pour résoudre les problèmes décrits.

Timide, et pas leader naturellement,
il est décrit comme un roc imperturbable.

Plus pragmatique que dogmatique, Sikora rappelle aussi facilement qu'il a "hérité d'un groupe déjà en place". Son équipe cherche la possession du ballon, et le jeu sur les côtés. Elle se caractérise aussi par cette faculté à être rapidement dépourvue de solutions face à une opposition regroupée et cohérente. Répétition et abus de passes latérales, lenteur dans les transmissions et les contrôles de balle, manque de mouvements et de changements de rythme. Défaillance technique. Le RCL peine dans tous les domaines. Mais la caution des sept défaites initiales, permettant de rappeler "d'où l'on vient" et que cela "était pire avant" offre une indulgence certaine au technicien.

Toutefois, de fin octobre à mi-janvier, Lens ne s'incline qu'une seule et unique fois au Havre. Elle obtient aussi, une qualification en 32e de finale de la Coupe de France. Aube d'un parcours enivrant à la fin amère, nous le verrons plus loin. En championnat, l'équipe obtient des résultats encourageants face à des équipes de la première partie de tableau comme le Paris FC, Brest, Nîmes ou Ajaccio. Sur la forme du moment, les artésiens tutoient (de nouveau) les sommets de la ligue. Puis surviennent deux réceptions (Orléans puis Sochaux) censées faire basculer du bon côté cette saison harassante. Verdict sans appel, deux défaites 0-1, et zéro tir cadré.

Le coup est rude pour tout le monde. Sikora le premier. Quelques certitudes acquises s'effritent. Le soufflé retombe. On vibre vite pour le Racing. Trop, peut-être. Et on tombe très bas. Trop, sûrement. Mais cet élan à peine entamé, et qui devait initier celui qui, on l'espère, sera à l'oeuvre l'an prochain, s'est stoppé net. Il est alors définitivement admis, à ce moment précis, que cet exercice sera celui de la pénitence et du labeur.

Euphorie des joueurs des Herbiers après le tir au but vainqueur.


Le parcours en Coupe de France qui apparaissait comme le sas de décompression des sang et or cette saison connaît une fin comme Lens y est malheureusement client : une élimination contre une équipe d'un niveau amateur (N1) en quart de finale à l'issue de 120 minutes qui sont depuis apparues comme une proposition de thèse sur ce qu'est le vide. Rideau ! S'en suivra la réception de Bourg-en-Bresse, avec l'épisode des banderoles au cœur de la tribune Marek. L'ex capitaine sang et or y est plutôt épargné.

Pour tenter d'apporter un déclic au groupe, le club décide de faire appel à un coach psychologique, en la personne de Thomas Lombard. En stage au Touquet, les langues tentent de se délier. Sikora laisse faire, n'implante aucune barrière. Noblesse et humilité. L'ex rugbyman parlera à posteriori, de "joueurs qui ne se connaissaient pas". L'expérience est positive. Un nouveau souffle poindra lors du match suivant, contre Châteauroux, pourtant en course pour l'accession. Retour du succès à domicile. Puis série de quatre matches sans défaite (dont 3 nuls).

Avec un ratio de 1,23 ppm depuis sa prise de fonction,
Sikora se situe dans le ventre mou de L2.

Le maintien, une fois mathématiquement acquis, les choses devraient se mettre en mouvement au Racing. L'ex latéral, au 434 matches de championnat sous les couleurs lensoises, qui a rempli sa mission, demeure cependant sur un fil.

Il pourrait payer son manque d'audace tactique, l'absence cruelle de progression, le déficit technique de son équipe, sa gestion hasardeuse de l'effectif (Lendric, Ephestion, Lopez) et l'impatience justifiée de l'actionnaire et de la plèbe vis à vis des résultats.

Il a, d'un autre côté, pour lui, un mercato hivernal plutôt positif : départs de joueurs en situation d'échec (Dankler, Maazou), arrivées de Dja Djédjé, Gersbach, Mesloub. Sa relation avec Roy apparaît fructueuse sur ce point. Il a aussi et surtout, à son crédit, indéniablement, son statut d'idole du club. Il est impossible de juger, critiquer ou analyser Sikora comme un autre entraîneur lambda. Cette démarche provoque irrémédiablement en chacun une sorte de conflit interne, une opposition raison/passion difficile à surmonter. Le joueur nous a fait rêver de par ses performances (champion en 1998, épopée européenne en 2000 notamment), et l'homme a véhiculé des valeurs importantes dans le football, telle que l'humilité, la fidélité, la loyauté.

Songer à son départ nous fait entendre alors, dans notre réflexion, comme un murmure froid qui citerait cette citation de Flaubert : "Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains."
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